jeudi 6 mars 2014
Têtes d'affiches
Xavier Bertrand est le Hitchcock de la vie politique saint-quentinoise. Il nous aura fait attendre pour sa déclaration de candidature, il aura dévoilé sa liste dans les dernières heures : l'attente et le dénouement, c'est tout l'art du suspense, qui maintient l'attention et fait parler, y compris parmi les adversaires. Sauf que l'histoire ne se termine par aucun crime, bien que la politique réponde, dit-on, à une logique de tueur. La disparition la plus notable est celle de Stéphane Lepoudère. Et puis, pas de grosses surprises (c'est sans doute ce qu'il y a de plus surprenant !) : dans les 13 premiers, qui correspondent aux postes actuels d'adjoints, il n'y a que deux entrées. Les nouveaux sont surtout dans la deuxième moitié de la liste. Comme quoi l'art du suspense a aussi ses limites en politique.
Finalement, ce non changement dans la continuité est peut-être une illustration de l'adage populaire : on ne change pas une équipe qui gagne, depuis trois élections municipales consécutives. Et puis, la multitude probable des postulants à une liste donnée gagnante se tranche en gardant les anciens : pas de déçus chez eux, pas de jaloux chez les nouveaux. Enfin, des têtes depuis longtemps connues sont des repères pour les électeurs : un adjoint, ça prend du temps à être usiné ; la bleusaille devra faire ses preuves et recevra ses galons la prochaine fois. Si la droite gagne, le changement de génération se fera en 2020 (six ans, c'est si vite passé). La promotion Pierre André 1995 demeure aux manettes. Elle tiendra donc, en cas de victoire, un quart de siècle.
L'ouverture à gauche est maintenue et élargie, avec la venue de Frédéric Alliot, en bonne position. Chronologiquement chevènementiste, maire-adjoint à la mairie socialiste de Soissons, dauphin désigné du député Jacques Desallangre, il deviendra, si les Saint-Quentinois en décident, adjoint de l'UMP Xavier Bertrand. Il y a des parcours qui laissent songeur. Rêve ou cauchemar, vous avez le choix ... Freddy Grzeziczak, ancien chevènementiste lui aussi, monte dans la hiérarchie, de la 12e à la 5e place.
Monique Ryo est l'indéboulonnable n°2, Christian Huguet, en n°3, représente la vieille garde (qui ne se rend pas, comme le savent les grognards de Bonaparte), Pascale Gruny rejoint la tête de liste (elle passe de la 24e à la 4e place), Frédérique Macarez incarne le professionnalisme (actuellement directrice de cabinet), les centristes Philippe Vignon et Paul Gironde, jusqu'à présent conseillers délégués, entrent dans les rangs des adjoints, Maurice Dutel ferme le ban, ce qui est normal pour un colonel. Parmi les personnalités du monde associatif, je retiens surtout la présence de Bernard Delaire, très connu, depuis fort longtemps, pour ses activités dans le théâtre et en faveur de la basilique.
A 15 jours ou presque du premier tour, en cette fin de dépôt légal des listes et ce début de campagne officielle, nous avons donc nos candidats, 225 Saint-Quentinois exactement, répartis en cinq choix possibles. Chaque citoyen se prononcera en fonction des projets, des sensibilités, des compétences. Têtes connues à droite, têtes nouvelles à gauche, voilà en gros les têtes d'affiches. La décision se fera entre la continuité rassurante et la nouveauté prometteuse. Vous connaissez mes options. J'éprouve bien sûr l'amertume personnelle de ne pas en être, moi qui aspirais à devenir le chef. Mais la politique ne repose ni sur les sentiments, ni sur les intérêts : les principes prévalent sur tout le reste. Je continuerai à commenter avec passion l'actualité politique municipale. A tous, je souhaite une bonne et belle campagne, et à mes camarades la victoire.
Débat à hauts risques
L'Aisne nouvelle et le Courrier picard organiseront jeudi prochain, à l'Ecole nationale de musique, un débat entre les cinq candidats à l'élection municipale de Saint-Quentin. A cette annonce, je suis partagé entre l'enthousiasme et l'inquiétude. Enthousiasme parce que l'initiative est excellente pour la démocratie, et c'est à ma connaissance la première fois qu'un tel débat aura lieu dans notre ville. Mais justement : inquiétude, comme toujours pour une première fois. Car si Xavier Bertrand, qui avait tout intérêt à répondre non à l'invitation, a accepté (son timing de campagne est de tout maîtriser et de s'exposer le moins possible, en travaillant le corps électoral en profondeur), c'est qu'il y trouve des avantages. Mais lesquels ?
Je vois cinq profits que le maire sortant peut en tirer, qui sont autant de risques pour Michel Garand, son principal opposant :
1- La tenue du débat et la participation du maire peuvent sous-entendre qu'il n'y aura qu'un seul tour, donc victoire probable de Xavier Bertrand. Généralement, le traditionnel débat a lieu entre les deux tours, pour confronter et départager les deux derniers en lice.
2- En s'affrontant à ses quatre adversaires, qui forcément l'attaqueront, en feront la cible principale, Xavier Bertrand se retrouvera sans peine au centre du débat, seul contre tous, les autres se déterminant par rapport à lui, lui les entraînant sur son terrain et jouant à la victime, un registre qui plaît énormément (hélas) aux Français.
3- A rebours, la candidature de Michel Garand prend le risque de se banaliser, un parmi quatre opposants, qui en matière de contestation seront toujours plus revendicatifs qu'un social-démocrate raisonnable. La concurrence entre les prétendants pourrait alors l'emporter sur la lutte contre le sortant.
4- A cinq, un véritable débat n'est guère possible. Il n'y a que le duel, le face à face, radiophonique ou télévisé, qui puissent donner lieu à des échanges approfondis (à l'automne dernier, Michel Garand avait proposé un tel débat avec Xavier Bertrand, sans qu'il y ait de suite). Ce qui signifie que le débat sera essentiellement un exercice de communication en vue de l'article de presse du samedi. A ce jeu-là, celui de la communication, Xavier Bertrand est rodé, le déroulement de sa campagne le prouve. Il entre donc dans l'arène avec une longueur d'avance, techniquement.
5- L'Aisne nouvelle et le Courrier picard ont la bonne idée d'inviter le public, mais sans quota de places réservées à chaque candidat, à ce que j'ai compris. Le risque, c'est de voir la droite remplir l'auditorium et faire la claque : sa capacité de mobilisation est évidente (voir la réunion d'hier soir sur le handicap à Matisse). L'effet serait forcément fâcheux pour Michel Garand.
De toutes ces remarques, il ne ressort pas que Michel Garand doive renoncer à ce débat, refus qui serait catastrophique. Mais sa participation ne sera pas une promenade de santé et doit être soigneusement préparée, ce qu'il fera, je n'en doute pas. Le candidat socialiste gagnera à marquer sa différence, se battre sur son programme, ignorer l'adversaire, ne pas l'attaquer personnellement et surtout ne pas paraître un opposant parmi d'autres opposants. Prendre de la distance, de la hauteur, adopter une tenue et un ton qui le rendront d'emblée "mairisable" (comme on parle de "présidentiable"). Les Saint-Quentinois ne voteront majoritairement pour lui que s'ils sentent en lui le maire qu'il veut être, qu'il peut être, qu'il doit être. Alors, un débat à hauts risques peut devenir une opportunité, une rampe de lancement, un début de victoire.
mercredi 5 mars 2014
Une campagne qui roule
Hier soir s'est tenue, dans la salle du quartier de Vermand, la quatrième réunion publique de Michel Garand, tête de liste socialiste. A ses côtés, la conseillère municipale Nora Ahmed-Ali a confirmé que sa présence sur la liste était au titre de EELV (voir billet de samedi dernier et ses commentaires). Avec le MRC, un nouveau venu : le représentant d'IDG (Initiative démocratique de gauche, présidée par Roland Renard).
Après la publication du sondage ce week-end, les réactions étaient attendues. Le candidat n'a nullement été impressionné ni démotivé par les résultats de l'enquête. Au contraire, "c'est pour nous très encourageant", a-t-il dit d'entrée. Ce sondage, qualifié de "honteux" puisqu'il y a proximité entre le commanditaire et le commandité, "entre dans un plan de campagne pas brillant". Les autres griefs : des personnes ont été interrogées plusieurs fois, certaines ne sont pas inscrites sur les listes électorales à Saint-Quentin. En conséquence, Michel Garand demandera à ce que le coût du sondage soit intégré dans les comptes de campagne de Xavier Bertrand.
Outre les thèmes déjà développés lors des réunions précédentes (voir billet du 25 février), la rencontre a surtout mis en avant les questions et projets liés au transport, circulation et stationnement, avec quelques nouvelles propositions du candidat :
1- La municipalité, l'agglomération et le pays financeront deux heures de stationnement gratuit dans le parking de l'hôpital. La gratuité totale ne pourrait se faire qu'en dénonçant le contrat qui lie à la société chargée de sa gestion et qui conduirait à lui verser des indemnités trop élevées. Cette possibilité, retenue par la tête de liste communiste, est donc exclue.
2- Le parking de la place du marché, actuellement payant, sera gratuit dans la première demi-heure de stationnement, à l'exemple de ce qui se fait à Cambrai.
3- La place de l'Hôtel de Ville aura une voie de circulation automobile afin de ramener de l'animation au centre-ville. Un sondage de L'Aisne nouvelle a montré que plus de 60% des opinions exprimées étaient favorables à ce projet.
4- Un plan de contournement de la ville pour les camions sera mis à l'étude, afin de remédier aux passages dangereux et à leurs nuisances, notamment en vue de libérer la rue Georges Pompidou.
5- Un parking à un étage, gratuit et de 700 places, sera construit à gauche de la gare, après discussion avec la SNCF. La gare en elle-même, qui a un cachet historique et architectural, ne sera pas affectée par cette construction. Le projet de Xavier Bertrand est de faire, lui aussi, un parking, mais ... à droite, après destruction des actuels bâtiments, et sans étage. Michel Garand reproche à ce choix d'obliger les automobilistes à faire 800 à 1 000 mètres à pieds, dans une région régulièrement pluvieuse. Pour la petite histoire, il raconte que Napoléon Bonaparte, venu inaugurer la gare, a été acclamé pour la première fois par des "vive l'Empereur" (qu'il n'était pas encore). Alors, aujourd'hui, vive qui ? Garand ? Bertrand ? Mais la décision ne se prendra pas aux applaudissements ...
6- Le transport par bus sera gratuit pour les aînés, et la gratuité totale, à l'image de ce qui se fait à Nancy, sera étudiée.
Parmi les interventions de la salle sur ce sujet, Jean-Robert Boutreux (PRG) a proposé une réflexion sur la multi-modalité, c'est-à-dire la liaison entre les différents moyens de transport à partir de la gare (bus, voiture, vélo, ...), en rapport avec les destinations (hôpital, lycées, ...), afin que le centre-ville ne soit pas un noeud de circulation. Nora Ahmed-Ali est allée dans le même sens, en souhaitant une réduction de la circulation dans le centre. Laurent Elie (MRC) a souligné l'usage qui pouvait être fait du PDE (Plan de déplacement des entreprises), favorisant une concertation entre élus et chefs d'entreprise, afin de mettre en place une offre de service aux salariés en vue de leurs déplacements.
Bref, c'est une campagne qui roule, à tous les sens du terme ! Au fil des réunions, Michel Garand est plus à l'aise, plus maître de son sujet, plus grave aussi dans l'expression de son visage, comme si la charge de maire s'imposait progressivement à lui. Je le trouve très libre, sincère dans son propos, et surtout, dans le ton de sa voix, dans son allure générale, je sens monter son plaisir à faire campagne. Finalement, la politique ne dépend-elle pas aussi du plaisir qu'on y prend ?
mardi 4 mars 2014
Le der des der
Hier soir, au Conseil municipal de Saint-Quentin, ce n'était pas 14-18, mais quand même le der des der, l'ultime séance de la mandature. Au balcon, le bruit courait que la liste de Xavier Bertrand serait diffusée demain matin [donc aujourd'hui] sur sa page Facebook. Des noms circulaient, de présents et d'absents. Parmi les conseillers de droite rejoignant leurs places, on s'essayait à repérer les visages tristes et les figures joyeuses, les recalés et les heureux élus. Pas facile.
Le grand débat a porté, une fois de plus, sur la réforme des rythmes scolaires. A part Jean-Pierre Lançon (PS), tout le monde était contre. Pour Michel Aurigny (POI), dont les nuances sont seulement mathématiques, c'est même la République qui est mise en danger ! Il lègue à la postérité, lui qui ne siégera plus, cette formule testamentaire : "Ce gouvernement poursuit et aggrave la politique du précédent". Derrière son visage impassible, lui l'athée militant vient de prononcer un singulier requiem aux "sociaux-traîtres" (les socialistes, dans la liturgie lambertiste).
Le chef de file des "sociaux-traîtres" en question n'a plus de file, ni n'est plus chef. C'est l'aboutissement d'un parcours, la vérité d'un destin. Jean-Pierre Lançon, entre une absente et une muette, défend dans la solitude la plus complète la réforme à laquelle, comme moi, il croit. Xavier Bertrand, jusqu'au bout, n'aura éprouvé à son égard aucune estime, ni indulgence, même pas la considération que peuvent se porter sur le champ de bataille les adversaires. Moi qui observe le combat à la jumelle, je m'astreins à la compassion.
Au fond, Jean-Pierre aura endossé pendant six ans un costume beaucoup trop grand pour lui, une armure dans laquelle il a flotté, un combat cruel pour lequel il n'était pas fait. Xavier Bertrand ne l'aura pas gratifié d'une dernière cigarette avant la mort. Entre le maire et l'opposant, on s'est échangés des noms d'oiseaux : "chant du cygne" pour qualifier la dernière intervention de Jean-Pierre Lançon, qui a préféré se qualifier de "vilain petit canard", lançant un cri vengeur et mystérieux à l'adresse du premier magistrat : "On se reverra !"
En guise de testament, c'est Edith Piaf qu'a convoquée Jean-Pierre Lançon : "Non, rien de rien, non je ne regrette rien", et surtout "je ne regrette pas d'avoir permis à certains partis [POI, LO, NPA] d'avoir pu être représentés". Merci, je m'en serais bien passé : cette opposition qu'on ne reverra plus n'était pas socialiste, elle débordait à l'extrême gauche, son centre de gravité était le communisme orthodoxe défendu par Olivier Tournay. La dernière séance, anti-gouvernementale, en aura été, s'il le fallait encore, la spectaculaire démonstration. Les socialistes saint-quentinois n'ont pas fini d'en payer la facture, tandis que LO et le PCF en espèrent les dividendes dans trois semaines.
Pendant ces six années de mandat, jamais l'opposition n'aura applaudi l'un des siens, jamais sauf hier soir, lorsque Olivier Tournay s'en est pris, une fois de plus, à la vidéo-surveillance. Ces applaudissements disaient tout : le chef de file caché et maintenant dévoilé de cette opposition, c'était lui, le jeune et talentueux communiste ! En politique, des applaudissements, ça ne trompe pas. Et le plus surréaliste, c'est que le chef de l'opposition en titre a lui aussi applaudi, comme à son propre enterrement, puisque le programme socialiste des municipales valide les caméras, souhaitant raisonnablement en rester à l'existant.
A la fin, au dehors, Xavier Bertrand salue tous les participants, dont certains ne franchiront plus la porte. Devant l'Hôtel de Ville, des petits groupes se forment comme sur un parvis d'église à la sortie de messe. Frank Mousset et Carole Berlemont sont désespérément silencieux, Nora Ahmed-Ali est tout sourire. Michel Aurigny propose d'aller boire un coup, mais Anne Zanditenas est déjà partie. Je m'éloigne et j'entends au loin les derniers cris de Jean-Pierre Lançon qui se perdent dans la nuit. C'est fini.
lundi 3 mars 2014
Dir cab
L'annonce, dans le Courrier picard de samedi, de la présence de Frédérique Macarez, directrice de cabinet du maire Xavier Bertrand, sur la liste municipale de celui-ci (que nous connaîtrons très prochainement), a pu surprendre, poser des questions et susciter des réflexions. En effet, la tradition politique française véhicule depuis longtemps l'idée d'une stricte séparation entre le politique et l'administratif, les élus et leurs fonctionnaires. Les salariés d'une municipalité sont soumis à la neutralité politique, au service du pouvoir en place, quelle que soit sa sensibilité. C'est un gage d'efficacité, de professionnalisme et de continuité (en cas d'alternance).
Dans la réalité, c'est très différent. Les directeurs de cabinet sont souvent des militants engagés, même s'ils ne le mettent pas en avant. Philippe Mignot, directeur de cabinet du président du Conseil général de l'Aisne Yves Daudigny (PS), a été durant plusieurs années responsable fédéral du parti socialiste. Christophe Coulon, directeur de cabinet du maire de Laon, Antoine Lefèvre (UMP), est aussi conseiller régional, chef de l'opposition en Picardie. La séparation du politique et de l'administratif, qu'on serait tenté de calquer sur la séparation laïque des églises et de l'Etat, est donc très largement une fiction (mais elle demeure pour certains un idéal).
La tendance d'un engagement des administratifs dans la vie politique semble être un mouvement général et national. Jérôme Lavrilleux, à Saint-Quentin, a ouvert la voie : directeur de cabinet de Pierre André, puis conseiller général, encore aujourd'hui directeur de cabinet de Jean-François Copé, et demain député européen. Dans ma ville natale, à Saint-Amand-Montrond, Emmanuel Riotte, ancien directeur de cabinet du maire Thierry Vinçon, fait partie de ses colistiers. Je me demande si le phénomène n'est pas favorisé par deux facteurs : une complexification de l'action municipale, qui exige de faire appel à des professionnels de l'administration ; une difficulté à recruter des élus en capacité d'assumer pleinement et efficacement leur fonction (autrefois, à gauche, les syndicats et les associations étaient des viviers, qui préparaient, par les responsabilités qu'on y exerçait, aux fonctions électives : ces sources de recrutement se sont considérablement restreintes).
Qu'un salarié d'un élu devienne à son tour élu n'est pas sans poser de questions. D'abord, il y a un risque de recrutement endogène des élus, puisés au même sérail, celui de l'administration locale. Ensuite, l'administratif est un serviteur de la collectivité territoriale qui l'emploie, avec la vertu de discipline qui en ressort, alors qu'un élu est un citoyen, un militant, un homme libre de toute allégeance, uniquement guidé par ses convictions, n'ayant de comptes à rendre qu'à la population qui l'a choisi. Enfin, le soupçon de politisation de l'administration peut naître, à constater les passerelles entre l'administratif et le politique.
Mais là encore, il y a loin des principes aux réalités. Beaucoup d'élus considèrent le maire (de droite comme de gauche) comme leur patron, envers lequel ils sont autant disciplinés qu'un fonctionnaire peut l'être envers son employeur (à Saint-Quentin, c'est flagrant, et c'est d'ailleurs ce qui fait la force de la municipalité sortante). Et puis, de fait, un directeur de cabinet, qu'on le veuille ou non, exerce un pouvoir politique, et c'est aussi vrai pour Frédérique Macarez que pour Philippe Mignot. Au contraire, nombre d'élus se pensent d'abord comme ayant des fonctions de représentation, délaissant le pouvoir effectif à l'administration.
La circulation entre les deux sphères, administration et politique, salariés et élus, a commencé il y a bien longtemps, au plus bas niveau des assistants parlementaires, qui sont des techniciens, des employés du personnel politique, avant d'en faire à leur tour partie. Les exemples sont nombreux : Jean-Louis Bricout, député de Thiérache, a été assistant parlementaire de son prédécesseur Jean-Pierre Balligand, lui-même assistant parlementaire de son prédécesseur, Maurice Brugnon. Xavier Bertrand a été assistant parlementaire du sénateur Jacques Braconnier, avant de devenir député de la circonscription.
Qu'on soit directeur de cabinet ou assistant parlementaire, on n'est jamais un simple administratif, gestionnaire ou technicien quand on est au service d'un politique. D'ailleurs, les uns comme les autres ont souvent la carte du parti en poche, l'élu ayant besoin de s'assurer de leur fidélité. La loi sur le cumul des mandats va contribuer à la clarification et mettra un terme au dir cab tout puissant, quand l'élu était pris par de multiples fonctions. Surtout, je crois que nous assistons à une importante évolution : fini l'élu pot de fleur, coupeur de ruban, balbutiant des textes écrits pour lui et qu'il ne comprenait pas forcément, habile à se glisser sur la photo pour le journal du lendemain, jouant plus de la poignée de main que de son cerveau. Nos concitoyens, plus exigeants qu'autrefois, demanderont de plus en plus des élus actifs, compétents et responsables. C'est aussi bien comme ça.
dimanche 2 mars 2014
Ce n'est qu'un jeu
C'est le jeu du moment, le jeu du remaniement. Personne n'en sait rien, seul le chef de l'Etat décide, mais tout le monde a son avis. Ce ne sont pas vraiment des pronostics, plutôt des préférences. On parle de "jeu politique" : n'est-ce pas ça aussi ? Alors, à mon tour, je joue, et puis c'est dimanche ...
Il y a bien sûr les sondages, qui sont à leur façon des sortes de jeux. Le Journal du Dimanche estime que Laurent Fabius est le ministre le plus populaire (on croyait que c'était Manuel Valls, mais non). D'un autre côté, un ministre qui traite d'affaires (étrangères) qui ne concernent pas directement les Français ne peut qu'échapper à l'impopularité, alors que tous les autres, y compris le ministre de l'Intérieur, y sont exposés.
Paris-Match voit les choses autrement : là, c'est Valls qui vient en premier, pour succéder à Jean-Marc Ayrault. Trop facile : il arrive en tête de tous les sondages (sauf ce matin dans le JDD), il est donc logique que les Français le mettent à Matignon. Et pour le remplacer à l'Intérieur, c'est Ségolène Royal qui est choisie (ce qui est bien avec ce jeu, c'est que chaque citoyen peut se prendre pour un président de la République constituant son gouvernement).
Le Figaro, lui, a complètement assumé la dimension ludique, en offrant à ses lecteurs la possibilité de choisir entre cinq possibilités, comme dans un jeu télévisé. Je reprends chacune, je commente et, moi aussi, je décide entre les postulants au poste de Premier du gouvernement :
1- Michel Sapin : sérieux, économiste et hollandais, il serait parfait pour mettre en application le pacte de responsabilité, qui sera la grande affaire des prochains mois. Mais justement : il est trop sérieux, trop économiste, trop hollandais. Un Premier ministre doit d'abord être très politique. Ayrault est très bien, mais il est trop frère jumeau de Hollande. Un fusible (je crois toujours à cette vieille théorie gouvernementale) ne doit pas ressembler à la centrale électrique. Les Français n'auraient pas l'impression d'un changement.
2- Claude Bartolone : sympa, séducteur, malin, bien vu des députés socialistes, il apporterait une touche de nouveauté, et même une touche de gauche, qui remonterait un tantinet le moral de l'aile gauche du parti. Mais à la différence de Sapin, Barto est trop politique. Et ça, en politique, on s'en méfie (l'idéal pour réussir en politique, c'est d'avoir l'air de ne pas en faire : alors, on peut aller très loin). Et puis, quelqu'un de sympa, séducteur, malin est forcément un peu léger. Bartolone restera pour toujours, dans les mémoires socialistes et dans celle de Hollande, le lieutenant de Fabius.
3- Laurent Fabius, justement : est-ce qu'un ancien plus jeune Premier ministre de France pourrait faire un bon vieux nouveau Premier ministre ? Fafa en a l'expérience, l'étoffe, la gestuelle, l'oeil et le sourcil, sans parler du costume. Mais je n'y crois pas : en politique, ce n'est pas dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes. Fabius, ce serait du Mitterrand réchauffé, à déconseiller. Aux Affaires étrangères, c'est un seigneur ; à Matignon, ce serait une erreur. Je ne suis même pas sûr qu'il le souhaite ; il a tant donné ...
4- Manuel Valls : c'est le chouchou des médias, de l'opinion et d'une partie de la droite, donc tout le monde pense à lui. Pourtant, le principe qui veut qu'étant bon à une place, on sera bon à une autre place, est complètement faux. La compétence ne se transfert pas. Elle est par définition spécialisée. Valls est un très bon ministre de l'Intérieur, mais je le vois mal à Matignon : son image est trop droitière (pour rétablir l'ordre, c'est parfait ; pour diriger la France et réveiller le peuple de gauche, beaucoup moins).
5- Martine Aubry : c'est la dernière possibilité (à part le lapin blanc qui sort du chapeau), et je l'ai mise à la fin parce que c'est elle qui a ma préférence. Elle ne s'entend avec personne et surtout pas avec Hollande ? Mais en politique, personne ne s'entend avec personne (il n'y a que les neuneus qui sont copains avec tout le monde parce que ce sont des suiveurs). Et puis, je ne suis pas trop partisan d'un couple bien assorti à la tête de l'Etat : quand le Premier ministre ressemble à son président, les deux sont perdants. A la différence de Bartolone qu'on n'arrive pas toujours très bien à situer et à suivre, Aubry est clairement et depuis toujours social-démocrate. C'est presque de famille chez elle, ce qui aide. Mais son grand avantage sur Valls et Sapin, c'est qu'elle est plus marquée à gauche (ne me demandez pas pourquoi, c'est purement une question d'image). Elle a aussi la génétique en sa faveur : c'est une femme, et la parité au sommet de l'Etat serait bien vue. Enfin, Aubry est une personne d'autorité, ce qui ne serait pas mal venu par les temps qui courent.
Quant au gouvernement, il serait question de le resserrer, ce qui est en effet une bonne idée. Comment restreindre l'équipe ? Très simple, il suffit de ne pas reprendre tous ceux dont on n'entend jamais parler (il y en a quelques-uns). Un homme public qui n'a aucune image publique, ce n'est pas un homme public. Si plusieurs doivent partir, quelques-uns peuvent entrer, toutes les personnalités socialistes qui pour le moment n'y sont pas : Ségolène Royal au premier chef, qu'on ne peut pas laisser sous-utilisée ; Bertrand Delanoë, puisqu'il cessera bientôt d'être maire de Paris ; et pourquoi pas un petit quelque chose pour Jack Lang. Et les écologistes, on les vire ? Non, surtout pas : il faut leur laisser la responsabilité d'une éventuelle rupture, puisque l'ambivalence est de leur côté. Mais les socialistes, eux, ont le devoir de rassembler, les leurs et les autres. Je verrais bien aussi l'introduction de quelques centristes, mais là, le jeu devient un peu plus compliqué.
Et puisque nous sommes en train de remanier, autant continuer dans la lancée : remanions aussi à la tête du parti ! J'aime beaucoup Harlem, il me rappelle ma jeunesse, mais je trouve qu'il a mal vieilli (moi aussi, peut-être). Je ne retrouve plus le fougueux leader charismatique de SOS racisme que j'étais allé applaudir il y a trente ans sur la place de la Concorde. Il est devenu un apparatchik cravaté et costumé, conciliant avec tout le monde (c'est-à-dire n'exerçant son autorité sur personne). C'est un gentil garçon plein de bonne volonté, parfois gaffeur : il nous faudrait comme chef de parti un guerrier sans scrupules, tant les temps sont durs pour la gauche. J'en vois un qui a l'armure : Stéphane Le Foll.
Ce gars-là n'est pas fait pour s'emmerder avec les paysans ni perdre son temps dans des conciliabules européens. Premier secrétaire, ça lui irait comme un gant (de fer). Grand, mâchoires carrées, un peu brutal, ne s'en laissant pas compter, le verbe haut et clair, tranchant comme une épée, c'est l'homme qu'il nous faut, pour remettre au pas les militants sceptiques et indisciplinés et de l'ordre dans tout le parti. Et c'est un hollandais pur jus, ce qui ne gâche rien. Aubry à Matignon, Le Foll à Solférino, c'est le gouvernement et le PS en ordre de marche pour les prochaines batailles électorales, qui ne seront pas de tout repos. Bon, mais tout ça n'est qu'un jeu. Qu'importe d'ailleurs : à part le travail, je ne connais rien de plus sérieux que le jeu.
samedi 1 mars 2014
Tête froide et coeur chaud
Le sondage CSA sur les intentions de vote à Saint-Quentin pour les élections municipales est préoccupant pour les socialistes, rassurant pour l'UMP, encourageant pour le PCF, enthousiasmant pour le FN. Mais ce que j'en retiens, c'est le degré d'incertitude : la liste LO n'a pas été intégrée dans les pronostics, l'hypothèse d'une quadrangulaire au second tour (envisageable) n'a pas été testée.
Et puis, il y a les variables propres à tout sondage : l'écart possible de 4 points entre les estimations et les résultats (ce n'est pas rien), l'instantanéité d'un sondage (qui ignore la dynamique et l'évolution ultérieure d'une campagne : en trois semaines, beaucoup de choses peuvent encore se passer).
Enfin, il y a le principe démocratique, sacré en République : avant le résultat, ce n'est pas le résultat ! Un sondage a sa valeur scientifique, mais ce n'est pas l'élection. L'histoire politique est pleine de sondages au final démentis par les faits.
La droite aurait tort de s'exciter à la lecture de ce sondage et la gauche d'en être désespérée. Il n'y a pas non plus à délégitimer cette enquête d'opinion, en la soupçonnant de manipulation, dans un réflexe purement défensif : c'est un travail parmi d'autres, classique en période électorale. Il faut avoir la tête froide, garder un esprit positif et se montrer offensif : ce sondage ne doit pas nous inviter à la déprime mais au courage. La victoire appartiendra à ceux qui la feront, parce qu'ils l'auront voulu et y auront cru : elle ne sera pas le résultat mécanique de mouvements d'opinion. La gauche doit tirer de ce sondage des leçons pour elle-même et pour la suite de sa campagne :
1- Lutter contre le FN : le sondage montre bien que l'extrême droite prend des voix à gauche et que sa présence nuit plus au PS qu'à l'UMP. Les voix égarées du Front national, c'est aux socialistes d'aller les chercher !
2- Se rapprocher du PCF : se mettre dès maintenant dans la perspective d'une union PS-PCF au second tour, sans laquelle il n'y aura pas de victoire possible. Jusqu'à présent, les relations entre les deux partis ont été plutôt tendues, créant un climat peu propice au rassemblement.
3- Clarifier avec EELV : l'incompréhensible rupture avec les Verts doit être rapidement solutionnée. Il est évident que Michèle Cahu, conseillère régionale déléguée, ferait meilleure figure sur la liste que Nora Ahmed-Ali, dont la candidature ne semble pas avoir été validée par les instances de son parti. Quoi qu'il en soit, partir au combat sans le soutien officiel des écologistes est inconcevable.
4- Recentrer le programme : jusqu'à présent, Michel Garand a détaillé, réunion après réunion, un programme copieux, dans lequel il faudrait sélectionner quelques points forts, pour rendre plus lisible l'offre politique des socialistes. Par exemple, les offices de la tranquillité sont une bonne idée, à développer beaucoup plus, d'autant que la sécurité est un thème privilégié par le sondage (35%). En revanche, la circulation et le stationnement préoccupent moins qu'on ne le croit habituellement (12%).
5- Améliorer la communication : impeccable dans la communication écrite (les supports de campagne à distribuer), la campagne socialiste est à revoir dans la communication orale et les contacts avec la presse. Les articles sont, depuis le début, plutôt mitigés. Les polémiques entretenues sur Facebook contre les journalistes locaux n'arrangent évidemment rien. La page Facebook du candidat mériterait d'être plus active et plus largement diffusée.
J'ai bien conscience qu'il est plus facile de dire que de faire. Mais se taire ne serait pas non plus une solution. Et puis, à la place qui est la mienne, je fais avec ce que j'ai. A mes camarades, je rappelle aussi qu'une élection se joue à la psychologie : garder la tête froide, avoir le coeur chaud, c'est ce qu'il nous faut.
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