mercredi 21 décembre 2016

L'Allemagne exemplaire



Comme on juge un politique dans la défaite, on juge un pays face au malheur. Après l'attentat de Berlin, les réactions de l'Allemagne ont été exemplaires de dignité, de retenue et de sang froid. Hélas, on ne peut pas en dire autant de la France, à la suite des tragédies du Bataclan et de Nice. Le contraste est saisissant.

Les médias allemands ont été exemplaires. A la différence des chaînes d'information françaises, ils n'ont pas versé dans le voyeurisme, le sensationnalisme, c'est-à-dire le spectacle et l'impudeur. Surtout, les télévisions d'outre-Rhin n'ont pas diffusé ces vidéos amateurs, nombreuses chez nous après le Bataclan et Nice. Les journalistes devraient censurer, par déontologie, ces "témoignages" scandaleux, qui n'apportent strictement rien à l'information, qui ne font que rajouter du malheur au malheur.

La classe politique allemande a été exemplaire. A part l'extrême droite (mais on n'attend pas moins d'elle), les autorités se sont retrouvées soudées dans l'indispensable unité nationale, en de telles circonstances. En France, sauf après la tuerie à Charlie hebdo, les responsables politiques se sont divisés, et c'est affligeant. Chez nous, très vite, dans une sorte de course à la communication, les politiques se jettent sur le premier micro venu ou s'affichent devant n'importe quel caméra.

La chancelière Angela Merkel a été exemplaire. Elle ne s'est pas précipitée pour donner des explications qu'on n'a pas, le soir même de l'attentat. Elle a fait quelque chose qu'en France nous ne savons plus faire : elle a attendu. Les Français sont devenus incapables de patience. On veut savoir : du coup, on raconte n'importe quoi, surtout du bien saignant, de l'impressionnant ou du délirant. Mais le plus exemplaire chez Angela Merkel, c'est qu'elle n'a aucunement reculé sur son admirable politique migratoire, qu'hélas la France, même sous un gouvernement de gauche, n'a pas osée. Je retiendrai ces mots de la chancelière : libres, ensemble et ouverts les uns aux autres.

Les forces de l'ordre en Allemagne sont exemplaires. Elles ne misent pas sur ces déploiements policiers ostentatoires que nous affectionnant tant en France et qui ne sont guère efficaces. Je ne sais plus qui disait que le Français se sentait rassuré à la vue d'un uniforme, y compris à la tête de l'Etat (nous avons dans notre histoire une belle collection de porteurs de képi et de sabre). La police allemande agit dans la discrétion, elle mise essentiellement sur le renseignement.

La société allemande est exemplaire. Elle n'incrimine pas les institutions, ne soupçonne pas ses représentants, ne bascule pas dans le débat sécuritaire et identitaire, qui est hélas notre spécialité nationale.

Si la France n'est pas exemplaire, c'est aussi parce qu'elle a peur : l'Allemagne est frappée, et on a l'impression que notre obsession, c'est la protection des marchés de Noël ... dans l'hexagone. Les analyses sont souvent médiocres. Un exemple : considérer un marché de Noël, qui est un lieu de commerce et de divertissement, comme un symbole chrétien, c'est bien la preuve que nous ne sommes plus un pays chrétien, que nous ne savons plus rien de ce qu'est le christianisme.

Autre exemple consternant : l'imputation du massacre à Daech, parce que l'organisation terroriste l'a revendiqué. Mais cet Etat meurtrier est prêt à récupérer à son compte n'importe quel coup de folie à travers le monde ! Est-ce à nos médias de s'en faire la caisse de résonnance, d'accréditer une responsabilité que nous ignorons (le tueur n'a même pas été arrêté) ?

Oui, l'Allemagne est exemplaire et la France ne l'est pas. Mais il n'est jamais trop tard.

15 commentaires:

Philippe a dit…

Allemagne exemplaire !
Un point de vue divergent ! 
Le Troisième Reich a été à l’origine de la guerre qui pour l’instant n’a pas été surpassée en nombre de victimes. De plus dans le cadre de cette hécatombe gigantesque le Troisième Reich a commis une longue liste de crimes de guerre et de génocides en tout genre la Shoah, le Porajmos, la mise à mort systématique des handicapés etc..
Ce Troisième Reich a bénéficié de l’assentiment d’une majorité écrasante du peuple allemand de l’époque et ceci quasiment jusqu’au bout …
Je soupçonne donc que cette apparente perfection allemande ait quelque chose à voir avec un sentiment de repentance qui lui interdit toujours de désigner un quelconque ennemi …
Cette « exemplarité » a tellement désigné des innocents comme n’ayant pas le droit de vivre : juifs, gens du voyage, communistes et francs maçons qu’elle n’ose pas désigner ni qualifier des assassins !

Emmanuel Mousset a dit…

A votre avis, est-ce que j'ai dit, est-ce que je pense que le Troisième Reich était exemplaire ?

Philippe a dit…

non évidemment
mais je disais que l’actuelle exemplarité est de très très basse intensité car elle est liée à un passé collectif fait d’horreurs ............. « à la puissance 3 ».

Erwan Blesbois a dit…

Pour l'instant les Français ont eu 16 morts à l'attentat de Charlie Hebdo, dont sept fleurons du dessin ou de la vie intellectuelle française + quatre victimes juives en raison de leur confession ; 130 mots dans les attentats du 13 novembre ; Le couple de policiers de Magnanville ; 86 morts dans l'attentat de Nice : Le prêtre égorgé de l'attentat de l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray. Soit un total de 235 morts dans les attentats récents en 2 ans, sans compter les victimes de Mohammed Merah (7 morts, 6 blessés) , contre 12 morts pour les Allemands. Quand ces derniers auront autant de victimes que les Français, on reparlera de la réaction "exemplaire" des Allemands... C'est tellement facile de dénigrer ses compatriotes et de faire l'éloge de l'Allemagne, un réflexe très français !

J a dit…

Evitons de généraliser, s'il vous plaît...
L'attentat de Nice ne rend pas exemplaires les décisions gouvernementales qui ont suivi !
L'attentat du 11 septembre ne rend pas phénoménales les suites décidées à Washington...
L'attentat de Sarajevo de 1914 ne rend pas les conséquences internationales s'ensuivant normales.
L'attentat de Berlin, pas davantage ne cautionnera ce qui sera décidé pour marquer le coup.
Lorsqu'il est attenté à la vie d'autrui, de n'importe qui et pour n'importe quel motif, on n'est en droit de n'attendre qu'une seule chose : une décision de justice par une cour de justice indépendante des pouvoirs, de tous les pouvoirs.
C'est pour quand, ça ?

Maxime Lépine a dit…

À ce que je sache, nos politicards n'ont rien décidé du tout après l'attentat de Nice.

Maxime Lépine a dit…

Je ne suis pas sûr que ce soit une question de nombres tout ça mais bon pourquoi pas? Votre raisonnement se tient.

Maxime Lépine a dit…

Effectivement le passé pèse très lourd (voire trop lourd) sur la politique allemande. Si la décision d'accueillir des centaines de milliers de migrants fut motivée par des raisons démographiques et économiques, les Allemands se sentent aussi obligés d'être ouverts et tolérants.

Philippe a dit…

"une décision de justice par une cour de justice indépendante des pouvoirs, de tous les pouvoirs.
C'est pour quand, ça ?"
Cela n'arrivera jamais ... cela s'appelle une utopie qui se heurte à la nature humaine imparfaite et non perfectible ...

A a dit…

"dont sept fleurons"...
S'ils n'avaient pas été "sept fleurons", n'auraient-ils pas été tout autant dignes de compassion, d'émotion et de regret dans le plus pur registre de l'humanité souffrante tous les sept ?
Vous cautionnez par les termes que vous employez ainsi certains propos d'aucuns se croyant des personnalités de haut rang regardant vers le bas pour parler des citoyens normaux (comme un ancien premier ministre par exemple, souvenez-vous en si vous le voulez bien).
De même, des victimes en raison de leur confession sont-elles davantage à considérer que les autres ?
Vous parlez de la facilité de dénigrer ses compatriotes ?
Vous êtes pris en flagrant délit de dénigrement, vous-même, Monsieur Erwan Blesbois !
Je ne vous demande pas de faire acte de contrition, je vous prie de respecter tout autant les uns d'ici comme les autres de là et même de l'au-delà...

Erwan Blesbois a dit…

Je fais mine d'adhérer un peu aux valeurs de l'élite pour être entendu d'elle. Mais A., sachez que dans mon for intérieur, je ne suis pas dupe de ces "valeurs" imposées par l'oligarchie bobo. Je suis un partisan de l'égalité la plus stricte, même si cela peut choquer certains, davantage partisans d'une spiritualité de la sélection (le fameux "cercle de la raison", qui ne serait partagé que par une petite élite éclairée, selon laquelle la majorité des hommes serait incapable de faire preuve de raison).
Sachez A. que je partage vos valeurs, mais je dois faire preuve de "prudence", car dans ma famille et dans mon entourage, pratiquement tout le monde a totalement adhéré à l'idéologie élitiste, en voie d'effondrement, j'en ai conscience. Mais attention aux violences qu'engendrera fatalement, une rupture trop brutale. Ce que nous devons éviter à tout prix dans la rupture nécessaire et inévitable avec une logique de l'inégalité entre les Hommes propre à l'idéologie "progressiste" élitiste, c'est la violence physique.

A a dit…

"Je fais mine d'adhérer un peu aux valeurs de l'élite pour être entendu d'elle. Mais A., sachez que dans mon for intérieur, je ne suis pas dupe de ces "valeurs" imposées par l'oligarchie"
Poule mouillée !
Tartufe !
Truffe !
Si vous êtes ainsi, retirez tous vos propos antérieurs pour regagner un tant soi peu de la crédibilité !
Il n'y a jamais de honte à faire amende honorable.

Erwan Blesbois a dit…

Là c'est vrai je le reconnais, qui je suis moi pour faire constamment la leçon aux autres, au nom de quelle vertu dont je serais l'unique dépositaire ? Je comprends que cela en énerve plus d'un. Mais bah, je n'ai même pas envie de me justifier à vos yeux, vous m'avez piégé sur quelques mots maladroits, mais je ne retirerai rien de mes propos antérieurs. Je ne vous connais pas, vous ne me connaissez pas même si vous croyez me connaître, restons en là...
Et arrêtez de m'insulter, moi je ne vous insulte pas mais je vous méprise et je ne vous respecte plus, ça oui...
Il n'y a rien de plus à dire à des gens teigneux et vindicatifs (là je vous titille un peu) dans votre genre, toujours à chercher la faille, la petite bête, susceptible de faire s'écrouler le système entier. Mais le système ne s'écroulera pas, n'en déplaise à votre ressentiment contre moi. Bon je persiste et signe : oui la perte de sept artistes de valeur est pour moi plus considérable que celle de sept individus lambdas (dont je pourrais faire partie, je me range du côté des lambdas). Et oui, tuer des juifs en raison de leur confession religieuse est plus choquant pour moi que faire des victimes parmi une foule anonyme (dont des juifs pourraient faire partie, mais par hasard). Je ne sais pas pourquoi j'ai voulu jouer le copain et la complicité avec vous, comme si on était deux bons populos contre les "méchantes" élites, mais je ne recommencerai plus.

Erwan Blesbois a dit…

Bon je persiste et signe : oui la perte de sept artistes de valeur est pour moi plus considérable que celle de sept individus "lambdas" (dont je pourrais faire partie, je me range du côté des "lambdas"). Et oui, tuer des juifs en raison de leur confession religieuse est plus choquant pour moi que faire des victimes parmi une foule anonyme (dont des juifs pourraient faire partie, mais par hasard). Et je suis cohérent avec moi-même, car nous sommes tous collectivement à l'échelle de la société mondialisée, hormis peut-être Emmanuel Mousset, contaminés par des valeurs d'égoïsme et d'individualisme imposées de l'extérieur, particulièrement depuis le tournant libéral impulsé par Thatcher et Reagan. Et je ne m'excepte pas du lot, non que je fasse preuve de mauvaise foi et cherche à me dédouaner de mes responsabilités ou de l'usage de ma "liberté". Si tant est que cette dernière notion de "liberté" que je mets volontairement entre guillemets ait un sens, et ne soit pas un préjugé de philosophe, quand la science ne voit partout que du déterminisme social, familial ou génétique, peu importe... Ceci dit bien joué A., je vais être beau joueur vous m'avez mouché, effectivement je ne suis pas à proprement parler un "homme du peuple". Mon statut ontologique, je l'ai déjà dit ici je crois, est d'être un bobo excommunié de sa classe. Je ne cherche pas la compassion, ni à faire pitié en disant cela, c'est seulement une réalité douloureuse.

A a dit…

Les sept individus "lambdas" étaient possiblement d'excellentes mères de famille, de très bons papas, de parfaites mamies, de formidables papys, des jeunes extraordinaires en devenir et je m'arrête là de sembler entrer dans votre raisonnement.
"Chaque fois... C'est Mozart qu'on assassine" n'a t'il pas été dit ?
Je souscris.
Être pour la conservation de la biodiversité et contre la sacralisation du vivant, c'est un idéal nullement dépassé.
Chaque fois qu'il sera fait mal à un "petit" c'est à Moi que vous l'aurez fait a sensiblement dit Quelqu'un il y aura bientôt deux mille ans, ça ne vous touche en rien ?