dimanche 9 février 2014

La faucille sur le gâteau




A gauche, à Saint-Quentin, nous avons vécu la semaine des programmes municipaux. Après le PS, sous forme de journal distribué dans les boîtes aux lettres, c'était hier soir au tour du PCF, lors d'un repas salle Paringault. Corinne Bécourt, secrétaire de section et n°2 sur la liste, a lancé la soirée, terminant son intervention par un appel à "lutter contre la droite, le patronat, la grande bourgeoisie et la social-démocratie". L'unique social-démocrate parmi l'assistance a dû frémir ...

Puis c'est Olivier Tournay, tête de liste communiste, qui a exposé le programme, en la jouant moderne, power point à l'appui (vignette 1). Son intervention a été très structurée (7 points partagés chacun en deux parties : le bilan critique et les propositions), argumentée de chiffres, fort de son expérience de conseiller municipal. De fait, le "programme de rupture" qu'il défend est très largement inspiré de l'actuelle opposition, dont il reprend plusieurs thèmes et revendications. Sa ligne directrice, c'est la défense et l'extension des services publics municipaux :

1- L'eau : elle sera gratuite jusqu'à 15m3 de consommation par an et par personne. Après, il y aura deux types de tarifications : le tarif utile (entre 15 et 50m3) et le tarif confort (au-delà de 50m3). Pour parvenir à cette baisse du prix de l'eau, la régie privée, assurée par Veolia (dont le contrat arrive à son terme l'an prochain), sera remplacée par une régie publique. L'entretien du réseau sera plus efficace, les fuites seront réduites.

2- Les obsèques : un service public sera créé, pour subvenir aux situations douloureuses que l'actualité met régulièrement en relief, des familles modestes confrontées à un décès, dans l'incapacité de supporter financièrement le coût de la sépulture et de l'enterrement.

3- Le transport : il n'y aura plus de parking aérien payant sur l'ensemble de la ville, mais des zones à disque. La grille des tarifs des bus, trop élevés, sera revue, en instaurant la gratuité pour les enfants et les chômeurs. Les lignes de transport seront repensées afin de mieux desservir la ville. Le financement de cette politique des transports s'appuiera sur une renégociation avec la Caisse des Dépôts (qui est le financeur depuis que les bus ont été privatisés en 2004) et sur une augmentation du Versement Transport (payé par les entreprises) de 0,6% à 0,85%.

4- Le logement : baisse immédiate des loyers, construction de nouveaux logements sociaux, fin de la vente du patrimoine public.

5- La jeunesse : création d'une nouvelle crèche, fixation de la dotation municipale par élève à 60 euros (Gauchy, c'est plus de 100 euros !).

6- Culture et sport : la droite l'avait promise depuis longtemps, le PCF la fera, la salle des musiques amplifiées. Une Maison des Sports sera installée dans les locaux restaurés de l'ancienne école Plein Air.

7- C'est la mesure qu'Olivier Tournay qualifie d'emblématique, parce qu'elle résume bien l'esprit et les interventions en séance des élus de l'opposition municipale : la fin du parking payant de l'hôpital. Même si ce n'est pas du ressort direct de la Municipalité, tout sera mis en oeuvre pour établir la gratuité.

Il y a les discours, il y a l'ambiance. L'Internationale donne le ton, offensif et chaleureux. Mais après, c'est surtout Ferrat et Moustaki, Adamo ou Clo-Clo, dans un climat très années 70, seulement interrompu par Stromae. Le Communard, un kir au vin rouge, débute la soirée et délie les langues. Le couscous royal, c'est pour l'estomac. Au dessert, nous avons droit à une superbe pièce montée, impressionnante mais pas très montée, confectionnée par un camarade, Loïc.

Regardez bien (vignette 2) le dessin que font les choux à la crème et au chocolat, avec leur nougatine : vous ne reconnaissez pas ? Mais oui, c'est bien ça, cerise sur le gâteau, c'est-à-dire faucille et marteau que Corinne, qui n'a pas le couteau entre les dents mais entre les mains, s'apprête à découper. Je ne sais plus si j'ai mangé un morceau de faucille ou un bout de marteau. Une boisson bourgeoise, le champagne (pourquoi la gauche n'y aurait-elle pas droit ?), a permis de trinquer à la victoire, chacun mettant derrière ce mot ce qu'il voulait, bien persuadé en ce qui me concerne qu'une seule chose compte en politique : c'est de gagner, c'est d'exercer des responsabilités, pas d'être un éternel opposant, un témoin impuissant, un spectateur inutile.

A table, nous avons longuement discuté, Jean-Luc, Corinne, Olivier, Alain, Fatima, Valérie, Mauricette et quelques autres, sans toujours s'entendre, non à cause de nos divergences, mais de la musique (au passage, pourquoi ce sont toujours les femmes qui dansent ?). Bertrand, Garand, le premier tour, le second tour, le communisme, la social-démocratie, tout ça pétillait dans nos têtes comme les bulles de champagne. Au milieu de nos nombreux désaccords, deux constats ; l'un est malheureux : il n'est pas normal que dans une ville telle que Saint-Quentin la gauche soit aux abonnés perdants depuis bientôt 20 ans. L'autre est plein d'espoir : les élections municipales sont ouvertes comme jamais, avec un Xavier Bertrand moins populaire que Pierre André, une probable liste FN qui va troubler le jeu, des socialistes qui se sont donnés un candidat inattendu et des communistes qui ont choisi l'autonomie.

En sortant de la salle Paringault, à 00h25, j'avais les yeux dans les étoiles. Les cocos sont gonflés à bloc, ils y croient à fond. Mais qu'est-ce qui les fait bouger comme ça ? Leur matos de campagne est bien fichu, j'ai l'impression que la presse les a plutôt à la bonne, leur liste est composée de profs, d'ouvriers et de chômeurs. Encore 6 semaines à attendre pour savoir ce que tout ça va donner : je sors de Paringault et je voudrais déjà être à Fervaques ! Avant de m'endormir, une idée folle m'est passée par la tête : et si la presse organisait un débat entre Michel Garand et Olivier Tournay, pour voir les convergences et les oppositions (XB, avant le premier tour, restera sur son empyrée) ? Mais c'est peut-être l'effet secondaire et tardif du Communard, que j'ai avalé trop vite ...

samedi 8 février 2014

Fier d'être socialiste



Le Courrier picard, dans sa page "Municipales 2014", remarque que le poing et la rose, emblème des socialistes, sont absents du programme de Michel Garand. Seule la mention "PS" figure (quand même !) en bas de la quatrième page, parmi d'autres sigles politiques à l'origine de la liste. Ce refus de l'ostentation est-il une forme de dissimilation, de tromperie sur la marchandise, ou de complexe, d'embarras à manifester clairement son soutien à un gouvernement actuellement pas très populaire ? Non, pour plusieurs raisons :

1- Une élection municipale est un scrutin local, avec un programme local. Il est bon et obligatoire de savoir qui présente et constitue la liste, mais une grande partie des électeurs se détermineront sur les propositions et la personnalité des candidats, pas sur leur couleur politique. On ne juge pas la confiture à l'étiquette sur le pot, mais à son contenu.

2- Le parti socialiste n'est pas le seul à ne pas se mettre en avant ; tous les partis agissent ainsi, et ils ont raison. Xavier Bertrand ne proclame pas haut et fort qu'il est UMP, alors qu'il en a été le premier responsable national. Dans une élection législative, c'est bien sûr différent, le choix des électeurs détermine la politique nationale, chaque parti hisse ses couleurs.

3- Les citoyens savent très vite, en lisant un programme, en parcourant une liste, à qui ils ont affaire. Mettre son drapeau dans sa poche ne servirait à rien : il y a toujours un bout qui dépasse. Aucun ambiguïté, aucune confusion ne sont donc possibles.

4- L'impopularité du gouvernement doit être assumée et affrontée, sans se cacher. On ne gouverne pas pour être populaire, mais pour être utile. Ce qui compte, ce sont les convictions et les projets pour lesquels on a été élu. La popularité est un sentiment très capricieux, avec des hauts et des bas. Elle ne doit susciter aucun état d'âme, ni d'enthousiasme, ni de déprime.

Michel Garand a raison d'indiquer sobrement son appartenance politique, et de se battre sur une ligne purement locale. En tant que postulant au titre de maire, c'est ce qu'il doit faire. C'est aussi une condition de la victoire, en ne politisant pas à outrance le scrutin, en visant un électorat beaucoup plus large que celui de la gauche.

Ceci dit, la politique du gouvernement doit être soutenue et défendue. Mais c'est le rôle du parti, pas du candidat. Ce soutien et cette défense doivent être permanents, pas seulement en période électorale. Car aucune victoire n'est non plus possible localement sans un parti socialiste fort et dynamique. Si le candidat est la tête, le parti est le socle : il faut les deux pour gagner. Des socialistes qui ne seraient pas fiers de leur politique, de leur gouvernement, bref qui ne seraient pas fiers d'eux-mêmes ne parviendraient jamais à convaincre les autres, qui sont souvent indifférents, sceptiques ou hostiles.

Une réunion a été organisée cette semaine sur les rythmes scolaires, l'an dernier déjà. C'est bien, mais il faut aller plus loin, entrer dans le disque dur de la politique gouvernementale, le "pacte de responsabilité". Expliquer, démontrer, faire oeuvre de pédagogie. S'adresser aux entreprises locales, se tourner vers les demandeurs d'emploi : faire le lien entre ce qui se fait nationalement et les retombées sur Saint-Quentin. Il y a tant de méconnaissance à dissiper, de malentendus à lever ! Michel Garand gagnera grâce à Michel Garand, mais aussi grâce à un parti socialiste sûr de lui-même, actif et offensif.

vendredi 7 février 2014

Naissance du vallsisme



L'émission politique de France 2 "Des paroles et des actes" est un véritable marathon, pour son invité, qui doit tenir pendant deux heure trente face aux questions d'interlocuteurs de toutes sortes, pour le téléspectateur aussi, qui doit rester durant tout ce temps devant son écran, ce qui n'est pas toujours évident. Bien souvent, je décroche avant la fin, j'apprécie certains moments, mais pas forcément la totalité de l'émission. Hier soir, j'ai été passionné de bout en bout, je n'en ai pas manqué une seconde. L'invité était le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls.

J'ai d'abord été frappé par son physique, sa présence, forte et singulière. Son visage a le sourire rare, contrairement à beaucoup d'hommes politiques qui nous rejouent Monsieur Dents Blanches (référence à la candidature du centriste Jean Lecanuet à la présidentielle de 1965). Quelqu'un qui sourit souvent est généralement une tête à claques. Chez Valls, j'apprécie l'austérité, la sévérité, la gravité du visage, qui est tout à fait à la hauteur de la fonction et de la situation. Un homme public qui a systématiquement le sourire aux lèvres est quelqu'un qui a quelque chose à cacher. La bassesse et la facilité en politique, c'est de vouloir séduire. Manuel Valls n'est pas dans ce registre-là, et c'est très bien.

Ce qui me frappe ensuite chez lui, c'est son regard, qui n'est pas un regard habituel d'homme politique : ses yeux sont à la fois très clairs et très vifs, très concentrés sur son interlocuteur. Il y a des politiques qui ont des yeux de veau, qui ne regardent pas vraiment ou partout à la fois : lui, c'est un regard d'oiseau, fixé sur son vis-à-vis. Le corps de Valls est très droit sur son siège, la tête légèrement redressée, le menton un peu en avant, les mâchoires sans doute moins crispées que d'habitude, mais pas non plus relâchées : l'allure de cet homme trahit une extrême concentration, une maîtrise très calculée de soi. C'est ce que j'aime chez lui, c'est pour moi une sorte de modèle : le maintien politique dépourvu de laisser aller.

Ce que je retiens enfin, dans la forme de son expression, c'est l'absence d'humour, de plaisanterie, d'ironie (les rigolos y verraient sûrement un défaut !). La parole de Valls est sans ambiguïté, sans lapsus (il n'en a commis qu'un seul en cours d'émission, vite rattrapé), sans allusion, sans double langage. Il fait de la politique une activité sérieuse, en charge de régler les problèmes et les souffrances des Français : ce n'est pas un exercice qui prête à rire ou à sourire. Oui, Manuel Valls est un pas marrant : qu'il en soit mille fois remercié !

Je ne suis pas toujours d'accord avec le ministre de l'Intérieur, mais sa force de conviction, sa rigueur de démonstration, sa cohérence personnelle sont si grandes qu'il provoque presque malgré moi mon adhésion. On ne peut que se ranger à son avis lorsqu'on l'écoute. Sa façon de dire "oui" ou "non", qui tombent comme des coups de sabre, alors que tant d'hommes politiques louvoient, tergiversent, se tortillent et nous entortillent, me ravit, m'impressionne. A la fin de l'émission, même Franz-Olivier Giesberg, qui charrie généralement l'invité, s'est montré inhabituellement respectueux. Il a eu cette formule révélatrice et définitive : "nous avons assisté ce soir à la naissance du vallsisme". Oui, en effet, je crois que mon camarade ministre est appelé à un bel avenir politique, à occuper peut-être un jour les plus hautes destinées.

jeudi 6 février 2014

Circulez, y'a à voir !



Dans mon billet d'avant-hier, j'ai résumé le programme du candidat socialiste aux élections municipales de Saint-Quentin, en soulignant les points qui, à mes yeux, me semblaient les plus importants, en précisant que toute lecture était subjective, avec un ressenti qui peut être différent d'une personne à une autre. J'en ai la preuve ce matin à la une de L'Aisne nouvelle, qui fait son gros titre sur une mesure qui avait échappé à mon attention, que je n'avais même pas signalée dans mon commentaire. A ma décharge, elle ne figure pas dans les 5 engagements ni les 10 projets phares de Michel Garand, mais elle est discrètement inscrite parmi les Propositions pour nos quartiers, à la rubrique Centre-ville, ainsi libellée : "intégration des circulations douces (vélos, véhicules lents ...) sur la place de l'Hôtel de Ville". Le Courrier picard d'aujourd'hui, qui commente également le programme de Michel Garand, n'a pas plus que moi repéré cette idée.

L'Aisne nouvelle en donne une interprétation un peu plus extensive, en parlant de " mise en place - ou de retour - d'une circulation automobile et de vélos sur la place de l'Hôtel de Ville". Le journal en fait même le sujet de son prochain sondage, dont le libellé confirme le sens radical qu'il en donne : pour ou contre le retour de la circulation automobile place de l'Hôtel de Ville ? Les explications de Michel Garand, donnée au journal, semblent aller vers cette définition élargie, qu'il ne dément pas, qu'il justifie par le souhait de désengorger les artères bouchées aux heures de pointes et de "ramener du mouvement dans le centre-ville". Nous ne sommes donc plus dans un simple accès aux vélos, sous forme de pistes cyclables, ni d'une ouverture limitée aux "véhicules lents" (le terme est très restrictif, il ne désigne que les vitesses de moins de 40km/h, c'est-à-dire les tracteurs, les engins agricoles ou les calèches touristiques) mais dans une "redéfinition du plan général de circulation".

C'est un pavé (inattendu) dans la mare, ou plutôt dans la place de l'Hôtel de Ville. Ironie de l'histoire : c'est la dernière Municipalité de gauche qui avait interdit la circulation sur la place, c'est la prochaine qui pourrait la rétablir ! La mesure est symboliquement forte : si la gauche a perdu en 1995, c'est en grande partie à cause du réaménagement de l'hyper-centre. L'architecture était peu au goût des Saint-Quentinois (les fameuses ailes d'avion et la soucoupe volante, aujourd'hui disparues), le déplacement du monument de 1557 (motif identitaire, aujourd'hui place du 8 Octobre) était perçu comme sacrilège. Sans parler de l'immense vide que libérait la place et des plaques glissantes du début. Ce retour des voitures d'où elles avaient été chassées a des allures de revanche de la gauche sur elle-même. On dit qu'on est puni par où on a péché, mais ce peut-être aussi l'occasion d'un rachat ou d'une rédemption ...

La proposition, qui est une petite révolution (étymologiquement, une révolution est un retour, comme le mouvement des planètes !), implique toute une série de mesures techniques : les terrasses des cafés ne pourront plus subsister, des rues piétonnes seront forcément ré-ouvertes à la circulation pour accéder à la grande place, les animations habituelles (la plage d'été notamment) subiront des modifications. C'est un projet incontestablement ambitieux, tel du moins que le présente L'Aisne nouvelle ce matin. Peut-il être populaire et porteur pour la gauche ? Les automobilistes, qui pestent contre les embouteillages, y verront un espoir ; les commerçants, qui demandent à ce qu'il y ait plus de passages, en seront sans doute satisfaits. A vrai dire, on ne sait pas ce qu'une idée, lancée dans une campagne électorale, peut devenir, si la sauce peut prendre ou pas. Quoi qu'il en soit, je me réjouis que le débat soit lancé. J'écrivais hier que la publication du programme de Michel Garand allait donner un cours nouveau à cette campagne jusqu'à présent un peu tiède : c'est fait !

mercredi 5 février 2014

Entre réalisme et optimisme



La presse locale aime-t-elle Michel Garand ? La question se pose sérieusement, après deux papiers pas très positifs, l'un de Cyril Raineau il y a 15 jours dans le Courrier picard, l'autre de Samir Heddar hier, dans l'édito de L'Aisne nouvelle. En gros, et pour le dire brutalement, le premier reproche au candidat socialiste d'être mauvais, le second d'être absent. Quand on est socialiste et soutien de Michel Garand, il y a alors trois réactions possibles :

1- L'indifférence : la presse est peu lue, elle ne fait pas une élection, tout ça n'a aucune importance.

2- Le déni : la presse se trompe, nous trompe, elle est vendue à la droite.

3- La réflexion : la presse fait son métier, commente ce qu'elle ressent, elle est influente, il faut l'écouter.

Vous connaissez mon choix, toujours le même depuis toujours : prendre en considération ce que dit la presse, non pas forcément la suivre, mais au moins réfléchir avec elle, et répondre lorsqu'il le faut, ce que je vais essayer de faire.

Samir Heddar avance trois constats qui font, selon lui, que la gauche saint-quentinoise est "résignée" et "inaudible" :

a- "Michel Garand souffre d'un déficit de notoriété". Pierre André, avant de l'emporter en 1995, n'était pas énormément connu des Saint-Quentinois. Gilles Demailly, avant de devenir maire d'Amiens en 2008, n'était pas non plus très connu de la population. Je pourrais multiplier les exemples dans lesquels un "déficit de notoriété" n'interdit pas la victoire. A contrario, la notoriété n'est pas forcément un gage de réussite (là aussi, de nombreux exemples l'attestent). En politique, la notoriété découle surtout du fait d'être élu. Olivier Tournay, conseiller municipal et tête de liste PCF, part forcément avec une longueur d'avance. Chez les socialistes, il n'y a qu'Anne Ferreira, en tant que vice-présidente du Conseil régional de Picardie et ancienne députée européenne, qu'on peut créditer d'une certaine notoriété.

b- Michel Garand "aurait dû depuis longtemps s'imposer et s'exposer davantage". C'est un reproche ancien, qui remonte à une dizaine d'années, qui s'adresse à la gauche en général, depuis que le PS a perdu le siège de député, qu'il est donc moins visible politiquement. A quoi s'ajoute un problème récurrent de communication, domaine dans lequel la gauche locale n'a jamais été très à l'aise. A la différence d'Odette Grzegrzulka, Michel Garand est un héritier, pas un fondateur. Il doit gérer une situation qui lui est bien antérieure. Ca ne le condamne pas à l'échec, mais ça explique certaines difficultés actuelles.

c- "La division de la gauche". Là encore, elle n'est pas du fait de Michel Garand. Les communistes ont choisi l'autonomie, c'est leur droit, ce n'est pas forcément pénalisant pour la gauche, mais ça oblige le parti socialiste à prendre sur lui, à se montrer fort, offensif pour demeurer en tête et impulser une dynamique d'union.

Le métier de la presse est d'être réaliste, le devoir des militants politiques est d'être optimiste. Je vois trois données nouvelles qui peuvent changer le cours de la campagne dans les prochains jours et les prochaines semaines :

- La publication du programme : c'est fait (voir mon billet d'hier), Michel Garand va pouvoir maintenant se battre sur des idées, des projets, et non plus seulement s'en prendre à Xavier Bertrand.

- L'annonce de la liste : c'est pour très bientôt. Les noms de personnalités de la société civile, que les Saint-Quentinois pourront identifier et apprécier, joueront en faveur du candidat socialiste.

- Les réunions publiques : la première a eu lieu avant-hier, c'est donc un début. Mais c'est dans ce genre de mobilisation qu'une dynamique peut progressivement se constituer.

Et puis, dans la perspective de la victoire, il y a un dernier élément, un peu mystérieux, difficile à anticiper, très subjectif : une ambiance, un enthousiasme, une énergie personnelle du candidat, un élan collectif. Il faut que les Saint-Quentinois sentent qu'il y a à gauche un chef, des troupes, un espoir, un avenir, que les socialistes en veulent. Il reste 7 semaines pour le prouver.

mardi 4 février 2014

Revue de détail



Une réunion politique, ce n'est pas seulement des discours, un contenu, mais des tas de détails, d'anecdotes que personne ne voit et que mon oeil américain repère. Hier soir, en arrivant à la réunion de Michel Garand, dans la mairie-annexe rue de Ham, le panneau d'affichage à l'entrée de la salle était barré d'affiches ... du PCF : la faucille et le marteau, c'est aussi chez les camarades la colle et le pinceau ! En sortant, tout à la fin, le panneau était couvert d'affiches socialistes, comme un miracle.

A l'intérieur, Michel Garand ressemble à un député, mais le vrai, Emeric Bréhier, est en jean, tenue décontractée, sans cravate. A la table, pas de traditionnelle brochette des puissances invitantes : Arnaud Battefort, Stéphane Bizeau, Jacques Héry, Jean-Pierre Lançon, Jean-Luc Letombe, Michel Garand, tous présents sur le carton. Garand, Bréhier, Bizeau, trois à la tribune, c'est bien, ça suffit, et le public ne craint donc pas les discours à répétition.

En pro, Bréhier se lève pour parler et tout de suite, c'est frappant, sa voix et ses gestes me font penser à quelqu'un, mais je ne sais pas immédiatement qui, et puis ça me revient : Vincent Peillon ! Le secrétaire national à l'éducation a les mêmes intonations, une prononciation mouillée de certains mots, des mouvements de mains qui rappellent le ministre ! Le mimétisme en politique, c'est dingue. Il commence par une allusion au Courrier picard, sans le nommer, qui l'avait qualifié, dans ses échos de campagne, de "tête peu connue" : le camarade du national n'a pas trop aimé, mais il ne fait pas la tête, il garde le sourire (un pro, je vous dis).

Les trois intervenants, y compris l'invité, sont concis, ce qui est rare dans l'Aisne, où les discours politiques sont parfois affreusement longs. Dans la salle, au début, certains hésitent entre écouter les orateurs et lire le programme municipal qu'on vient de leur distribuer, et qui forcément attise la curiosité (je choisis personnellement la seconde solution). En cours de soirée, il y a parfois des paupières qui se ferment, mais je ne sais pas si c'est de fatigue ou de concentration. Quelques personnes prennent, sérieusement, des notes. D'autres ont gardé leurs manteaux, comme ces élèves en classe pressés de partir, ou alors des gens qui n'ont pas très chaud.

Dans ce genre de réunion, le premier rang est toujours intéressant à observer. Quelqu'un de normal, n'importe où, ne se met jamais spontanément au premier rang. Pour s'y asseoir, il faut le vouloir ou y être invité. Ce sont les plus politiques qui s'installent à cet endroit (d'où il est difficile pourtant de partir discrètement). Mais le fond de salle est tout aussi intéressant à observer. Deux jeunes gens, autour d'une table, à l'écart, comme s'ils ne faisaient pas partie de la réunion, s'affairent au dessus d'un ordinateur : des assistants d'Emeric Bréhier ? Non loin, très visibles, les deux seuls à rester debout : Jacques Héry, n°3 sur la liste municipale, et Stéphane Andurand, n°5, discutent (mais de quoi ?), surveillent (mais quoi ?).

Très vite, le public est invité à poser des questions ou à faire des commentaires. Jean-Robert Boutreux, du PRG, quitte la salle à plusieurs reprises. Comme il est le seul, on ne voit que lui : ce n'est pas l'appel de la prostate, mais du portable. Jean-Pierre Lançon, secrétaire de section, se lève pour prendre la parole (les autres intervenants restent assis). Sa forte voix capte très vite l'attention. Il fait un tour sur lui-même, comme un derviche tourneur, jette un coup d'oeil du côté des journalistes, qui ne sont plus là. Tout à la fin, à la limite de la clôture de séance, Jacques et Stéphane semblent en compétition pour dire un dernier mot. Jacques débute en disant qu'il veut "rebondir sur Jean-Pierre Lançon", ce qui déclenche les rires (dans ma tête, je les imagine en sumos ou bibendums).

Quand c'est terminé, que Michel Garand a à peine fini de conclure, des gens déjà se lèvent et ne tardent pas à partir. Aucun pot de l'amitié ne les retient. Moi-même, je file (j'ai l'habitude de cette réaction : maintenant, c'est comme ça, les gens ont des tas d'autres choses à faire). Pourquoi vous livrer tous ces détails inutiles, amusants ou dérisoires ? Parce que s'ils n'étaient pas là, s'ils ne me distrayaient pas, est-ce que je consacrerais deux heures de mon existence à écouter des discours et des interventions que je connais par coeur ?

Un programme tranquille



Le voici, le voilà : la presse l'attendait, la gauche l'espérait, la droite le surveillait, les socialistes l'ont reçu hier soir lors de leur réunion publique (voir billet précédent), les Saint-Quentinois l'ont eu ce matin dans leur boîte aux lettres, il s'agit bien sûr du programme municipal de Michel Garand (vignette 1 et 2), tête de liste socialiste aux élections municipales à Saint-Quentin. Avec cette publication, et même si l'actuel maire, Xavier Bertrand, ne s'est pas encore déclaré candidat, la campagne électorale commence vraiment, des propositions étant mises sur la table, à débattre.

Je vous donne mon appréciation, forcément subjective, d'abord parce que je suis engagé, socialiste, mais aussi parce que, ces dernières années, j'ai porté un regard critique sur les choix politiques de mes camarades locaux. C'est un premier coup d'oeil que je vous livre (mais la première impression n'est-elle pas la bonne ?), sachant que des commentaires plus approfondis suivront, et qu'il y aura nécessairement des comparaisons à faire avec les programmes des autres candidats.

Formellement, techniquement, la présentation est irréprochable, organisée, claire, soignée, attractive. Le format journal est parfait ; il nous change agréablement des traditionnels catalogues de campagne, qui ennuient à la lecture (que personne d'ailleurs ne lit). Quant au contenu, ma première réaction, c'est la modération du programme, dont les mesures ne prêtent pas à polémique, demeurent raisonnables. Pas de rupture saillante avec la politique du maire sortant (dont le nom n'est jamais cité), pas de projets contestés ou abandonnés.

La différence d'avec l'actuelle opposition municipale est très marquée, aucuns de ses thèmes favoris évoqués régulièrement lors de son mandat ne sont repris : pas de municipalisation des services (contrairement à ce que propose Olivier Tournay, tête de liste communiste), pas de retour de l'eau ou de la restauration scolaire dans le public, pas de condamnation radicale de la zone franche, pas de renoncement à la vidéo-protection, pas de hausse d'impôts, pas de parking gratuit à l'hôpital, ... Ce changement de ligne n'est pas une surprise, le choix de la tête de liste l'impliquait, mais il est toujours bon de le saluer, tant le récent passé est un passif pour la gauche social-démocrate.

Parmi les nombreuses propositions, que je laisse à votre jugement, quelques-unes ont particulièrement retenu mon attention (mais je crois que tout lecteur fonctionne ainsi). Sur l'emploi, problème n°1 à Saint-Quentin, Michel Garand suggère d'insérer des clauses sociales et locales dans une partie des marchés publics municipaux, une préférence Saint-Quentinoise en quelque sorte, afin de privilégier l'embauche de la main-d'oeuvre locale. Dans le domaine social, il propose la gratuité des transports urbains pour toutes les personnes âgées. En matière de culture, l'art a la part belle, ce qui est normal dans la Cité des Pastels : création d'un festival des arts et des musiques de rue et d'une semaine des arts en automne.

Un grand chantier et une surprise : la Cité des sciences et de la découverte, qui me fait penser à un mixte entre la Cité des sciences et de l'industrie et le Palais de la découverte à Paris. Mais comment ne pas songer aussi à un contre-projet à la Cité de l'image et du son défendue par l'actuelle Municipalité ? Parmi les initiatives en matière économique, il y a l'idée d'une galerie commerçante en centre-ville (le retour des Oriels ?).

Et puis, quelque chose de singulier, un programme keep cool en direction des différents quartiers de la ville : les Quartiers Apaisés et les Offices de la tranquillité, cette dernière mesure regroupant un médiateur de la tranquillité publique et une plate-forme téléphonique, en accès permanent, pour prévenir des litiges. Dans le détail, le marché de Neuville, actuellement les jeudis matins, sera étendu au samedi après-midi. Un foyer de résidence pour personnes âgées sera construit dans le quartier Saint-Martin. A ce propos, j'ai repéré une seule coquille : un centre social à Saint-Martin existe déjà, en attente d'un nouveau local (en revanche, il n'y a pas de centre social dans le quartier du Faubourg d'Isle).

En parcourant ce programme, je pense à la formule de François Mitterrand, la force tranquille. Oui, c'est un programme tranquille, sans excès ni invraisemblance. J'ai presque envie de dire : un programme rassurant. Il reste maintenant à en assurer la promotion militante après publication, tant il est vrai que le meilleur programme demande à être expliqué et défendu avec énergie et enthousiasme. Oui, la campagne, cette fois, commence vraiment !