samedi 15 février 2014

Baroud d'honneur



L'Aisne nouvelle, dans son édition d'aujourd'hui, rapporte le souhait de Michel Aurigny, conseiller municipal POI (Parti ouvrier indépendant), d'inscrire à l'ordre du jour du prochain conseil municipal, le 03 mars, la réforme des rythmes scolaires, et le refus de la Municipalité d'accéder à cette demande. Cette séance sera tout à fait particulière : la dernière de la présente mandature, juste avant l'élection municipale. L'actuelle opposition de gauche y fera ses adieux : quel que soit le résultat du scrutin, on ne reverra plus cette alliance baroque entre gauche classique et extrême gauche. La ligne et la liste de Michel Garand, tête de liste socialiste, inaugurent une période nouvelle, qui tourne la page de la radicalisation. Il n'est donc pas surprenant que Michel Aurigny veuille se rappeler à notre bon souvenir, tenter un baroud d'honneur avant de disparaître. Il faut se rappeler que l'union gauche-extrême gauche, c'est à lui et à son parti qu'on la doit, à travers un protocole d'accord rédigé en 2007 par leurs soins et signé par des socialistes alors déboussolés par la division.

Aurigny et ses amis sont anti-socialistes, tendance révolutionnaire, et ça ne s'est pas arrangé depuis la victoire de François Hollande. Il est donc logique qu'il participe à son dernier conseil municipal en s'opposant à une réforme chère au parti et au gouvernement socialistes, celle des rythmes scolaires, sur laquelle Michel Garand et la section PS de Saint-Quentin ont organisé leur première réunion de campagne. Je suis d'ailleurs surpris que la Municipalité n'accède pas au voeu de Michel Aurigny : si j'étais Xavier Bertrand, lui aussi hostile à cette réforme, je laisserais faire, je donnerais à l'élu d'extrême gauche la parole ; il n'y a pas mieux qu'un lambertiste pour détruire une politique social-démocrate ; même la droite n'est pas forcément aussi efficace ...

Quoi qu'il en soit, je veux répondre aux quatre arguments avancés par Michel Aurigny :

1- Le POI a récolté plus de 250 signatures contre la réforme et en conclut que "c'est bien le signe d'un refus majoritaire". Si je sais bien compter, sur l'ensemble des parents ayant à Saint-Quentin des enfants scolarisés à l'école primaire, nous sommes très loin, avec 250 personnes, de la majorité. Cette pétition n'est donc que le signe d'un mécontentement minoritaire, comme il en existe inévitablement dès qu'une grande réforme est mise en oeuvre.

2- Le projet de Vincent Peillon "remet en cause l'égalité entre les écoles. Ce n'est plus l'école de la République ..." Je ne vois pas en quoi l'égalité est menacée par la réforme des rythmes scolaires. Pendant très longtemps, la semaine scolaire a été de 4,5 jours : est-ce que le POI protestait alors contre une école non républicaine ? C'est Nicolas Sarkozy qui a instauré les 4 jours d'école : est-ce qu'il est plus républicain que les socialistes ? Qu'on arrête avec ces jugements excessifs, à l'emporte-pièce ! Le gouvernement aide financièrement TOUTES les écoles qui passent aux 4,5 jours : voilà l'égalité réelle.

3- La suppression de la coupure du mercredi entraîne "la disparition des activités sportives et culturelles lors de ce temps de pause". Non, la réforme ne fait rien disparaître du tout : au contraire, elle permet d'ouvrir les élèves à de nouvelles activités, en particulier les élèves de milieux défavorisés, qui n'ont pas les moyens de se les payer.

4- Il y a "confusion entre l'enseignement et des activités qui n'y ont pas leur place". Non, il n'y a aucune confusion : les heures d'enseignements sont clairement identifiées et distinctes des heures d'activités périscolaires. La crainte est infondée.

Le POI a donc choisi, pour le 03 mars, de sortir du conseil municipal par le haut, en imprimant son identité anti-social-démocrate : ça ne me choque pas, à chacun ses opinions, tout le monde ne peut pas être socialiste ! J'espère au moins que les élus PS sauront lui répondre et ne seront pas dupes de cette intervention. Et je me pose une question que personne ne songe à poser à Michel Aurigny : le POI présentera-t-il une liste aux élections municipales ? En 2001, il l'avait fait et obtenu 5%.

vendredi 14 février 2014

Au boulot les robots !




Il n'est pas interdit, même en période électorale, d'aborder des sujets de fond. Quel est le problème dont souffre Saint-Quentin ? La désindustrialisation, qui se traduit par un taux très élevé de chômage. Comment y remédier ? Voilà la seule question vraiment intéressante que devraient se poser les candidats aux élections municipales. Un petit livre, paru aux Editions du Quesne en septembre dernier, essaie de répondre, d'apporter des solutions. L'auteur est un jeune homme que j'ai rencontré lors du salon du livre de Noël à Saint-Quentin : il s'appelle Robin Rivaton, a fait Sciences po et a travaillé comme consultant. La préface est de Pierre André.

Saint-Quentin a connu deux révolutions techniques, qui ont conditionné son développement économique : le métier à tisser au XIXème siècle, la machine-outil au XXème siècle. Aujourd'hui, le textile a disparu et les effectifs de MBK ont fondu. Qu'est-ce qui peut les remplacer ? Le robonumérique, comme l'indique le titre de l'ouvrage ("Relancer notre industrie par les robots", en vignette). En photo de couverture, on reconnait le célèbre Nao, qui travaille à l'INSSET.

Mais les robots n'ont jamais eu bonne réputation : on les accuse volontiers de déshumaniser le travail et surtout de voler l'emploi aux hommes. La littérature de science-fiction a largement exploité ces craintes fantasmatiques. En réalité, il n'en est rien, et c'est même le contraire : grâce au robonumérique, le savoir-faire de l'ouvrier est revalorisé (la machine-outil l'astreignait à un travail répétitif et abrutissant) et chaque robot installé aboutit à la création de deux ou trois emplois nouveaux (d'ici cinq ans, sur tout le territoire national, 85 000 à 130 000 emplois sont envisageables). Depuis les années 80, la robotique industrielle n'est pour rien dans le chômage de masse.

La révolution robotique a l'avantage d'être très compétitive (8% depuis 2000 au niveau mondial), tout en maintenant en France le coût du travail. Elle permet de garder chez nous les sites industriels, et même d'attirer les entreprises étrangères. Les coûts de fabrication, d'installation et de fonctionnement sont en baisse et la rentabilité en hausse.

Le tableau serait idyllique s'il n'y avait pas une tache noire : la France a pris dans ce domaine énormément de retard, alors que la demande mondiale de robots progresse. Nous sommes à la traîne aussi bien dans l'usage que dans la production. Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a mis en place en mars dernier un plan robotique. Le livre de Robin Rivaton démontre magistralement l'importance stratégique de ce secteur économique et par quels moyens assurer son développement.

Je ne sais pas si Saint-Quentin, le mois prochain, restera une municipalité UMP ou deviendra socialiste. Mais il n'est pas impossible que d'ici quelques années, nous soyons une ville robonumérique ! En attendant, précipitez-vous sur la centaine de pages très denses et très stimulantes de l'ouvrage de Rivaton. Au boulot les robots !

jeudi 13 février 2014

La fin des préaux



Je ne sais plus qui donnait cette définition minimaliste de la politique : "dire des choses à des gens". De fait, l'action politique, c'est rencontrer, écouter, échanger. Pendant longtemps, la grande tradition républicaine réunissait les candidats aux élections sous les préaux d'école, dans des discussions vivantes où le public était nombreux et curieux. Aujourd'hui, c'est fini : une campagne électorale moderne doit s'adapter aux nouvelles formes de communication, car il n'est pas question de renoncer à contacter les citoyens, à dialoguer avec eux, mais autrement qu'autrefois.

Cette réflexion chez moi est ancienne, mais réactivée ce matin en lisant l'article de L'Aisne nouvelle consacré à la première réunion de quartier de Michel Garand, tête de liste socialiste aux élections municipales à Saint-Quentin. Les expressions font mal : "réunion publique sans public", "rendez-vous manqué", "échec cuisant" et même "ambiance moribonde" (!). L'effet médiatique est évidemment désastreux : les socialistes donnent l'impression de ne parler qu'à eux-mêmes et de n'intéresser personne.

Pourtant, les problèmes que pose le quartier Saint-Jean sont multiples, et c'est un quartier qui vote à gauche, notamment au bureau de l'école Clin : les feux de poubelles réguliers, surtout du côté de la rue Denfert-Rochereau, les difficultés sociales de la cité de Billion, la circulation trop rapide dans la rue de la IIIème DIM (alors qu'il y a deux sorties d'écoles !), l'utilisation du centre Plein Air, etc. Le départ du théâtre de la Manufacture de la rue de Flavigny a éloigné du quartier tout un public, la multiplication des petites cours dans la rue Kennedy pose elle aussi un certain nombre de difficultés en matière de cohabitation. Plus généralement, c'est un quartier aux réalités très disparates, très éclatées : il y a peu de rapport entre la partie vers l'hôpital et celle qui jouxte le centre-ville, à la frontière du boulevard Richelieu.

Michel Garand n'est pour rien dans l'échec ressenti par la presse à la suite de la réunion de mardi. Depuis au moins une bonne quinzaine d'années, les réunions politiques de quartier ne marchent plus. Déjà, en 2001, bien que la tête de liste ait été une députée et que toute la gauche à l'époque ait été rassemblée, les réunions de quartiers n'attiraient pas grand monde. Pourtant, on réclame partout de la "proximité" ! Et les problèmes dans nos quartiers sont nombreux, sur lesquels nos concitoyens aimeraient bien interpeller et questionner les candidats ! Mais la formule "réunion de quartier" ne fonctionne bien qu'en présence d'élus sortants, des adjoints et du maire, connus de la population et censés, de par leurs responsabilités, pouvoir répondre aux demandes concrètes.

Candidat à la tête de liste municipale, j'avais bien sûr, et depuis longtemps, réfléchi à toutes ces questions et préparé un plan de campagne. Je crois que les réunions de quartier doivent être remplacées par des permanences dans des lieux publics très fréquentés : marchés, bistrots, centres commerciaux, ... (dans l'espace bien sûr autorisé). Au lieu de quatre ou cinq grandes réunions de quartier, il peut y avoir plusieurs dizaines de permanences, annoncées à l'avance par affiches, tracts ou communiqués de presse. Tous les candidats de la liste sont sollicités à tenir ces permanences, pour une durée qui n'excède pas les deux heures.

Ces permanences doivent impérativement être assurées par au moins un habitant du quartier ou du coin (car la notion de "quartier" recouvre un territoire tellement vaste, on le voit avec Saint-Jean, qu'il vaudrait mieux raisonner et agir en termes de "micro-quartiers"). S'il n'y a pas une tête reconnue par les habitants, ceux-ci ne viennent pas, ne s'arrêtent pas. Il faut que le cadre soit plus ou moins convivial, que les rencontres soient personnalisées et ne durent pas plus que ne le souhaite le visiteur. Ce qui plombe la réunion de quartier, ce qui la condamne définitivement, c'est qu'à part les militants convaincus d'avance, plus personne, dans la société telle qu'elle est devenue, n'accepte de perdre deux heures de sa soirée pour écouter des propos qui ne le concerne pas toujours directement. On peut sans doute le déplorer, mais les choses sont ainsi.

Autre moyen de toucher la population : les rencontres avec les dirigeants et les responsables de structures et d'associations. Il ne faut pas croire qu'une élection se joue et se gagne à travers les activités seulement publiques (ouvertes à tous). Mais la démarche doit être aujourd'hui beaucoup plus ciblée, en direction de publics spécifiques. Ce qui n'empêche pas les candidats, en accord avec les structures visitées, d'inviter la presse, bien au contraire. La droite saint-quentinoise mène une campagne essentiellement invisible, mais très efficace, au vu de ses résultats passés, sans qu'elle ait besoin de fortement médiatiser ce qu'elle fait.

Enfin, il y a un incontournable, quoique très classique : c'est le grand meeting de fin de campagne, auquel on ne peut pas échapper. C'est une démonstration de force, un moment d'enthousiasme. Je ne vois que la venue d'un leader national à Saint-Quentin qui puisse vraiment mobiliser.

L'impact médiatique négatif de la réunion de mardi fait oublier une nouvelle importante mesure annoncée par Michel Garand : la construction d'un parking à un étage devant la gare, afin d'éviter les déplacements sous les intempéries qu'impliquerait l'actuel projet de la Municipalité. Avec la réouverture à la circulation de la place de l'Hôtel de Ville, c'est sans doute la deuxième proposition la plus inattendue du programme.

mercredi 12 février 2014

Question d'organes



Hier soir, au bar La Mine, à Guise, c'est une drôle de question que nous nous sommes posés en café philo : Qui suis-je sans mes organes ? (vignette 1). Mais il y avait finalement beaucoup à dire sur notre corps et ses organes. Cet après-midi, à l'IUTA de Laon, j'ai donné une conférence sur le thème déjà traité ailleurs plusieurs fois : la pensée et la vie de Simone Weil (vignette 2). J'ai parlé pendant deux heures, il m'en aurait fallu quatre ... Prochain rendez-vous, lundi prochain, à Saint-Quentin, pour le ciné philo, avec Nymphomaniac, de Lars von Trier , suivi d'un débat sur le sexe au cinéma. Encore une question d'organe !

Il n'y a qu'une seule politique



En ce début de campagne des élections municipales, l'aile gauche du parti socialiste vient de publier une tribune dans laquelle elle affiche son désaccord avec la politique gouvernementale. Ce texte est notamment signé par Anne Ferreira, membre du Bureau national du PS, c'est-à-dire la plus haute instance dirigeante du parti.

Le titre même suffit à me faire condamner la démarche : "Il n'y a pas qu'une seule politique possible". Mais si, il n'y a qu'une seule politique possible : celle du candidat Hollande en 2012, voulue par les Français à travers leur vote majoritaire, appliquée depuis lors par le gouvernement. Dans le parti, surtout à l'approche d'une élection, il n'y a qu'une seule politique à défendre, une seule politique possible ou concevable.

Un parti politique n'est pas un club de pensée où l'on disserte théoriquement sur des politiques "possibles" : c'est une organisation militante qui soutient son gouvernement et sa ligne politique. Quand viendra le temps du congrès, des motions seront déposées, discutées et adoptées. En attendant, il faut se battre contre les adversaires, pas discutailler entre nous.

Je retiens quatre points dans ce texte présenté par l'aile gauche :

1- Le rejet du pacte de responsabilité, qui est pourtant un acte fondateur de la politique gouvernementale. Les 30 milliards d'euros d'exonérations aux entreprises sont nécessaires pour relancer l'emploi. L'aile gauche doute, n'y croit pas, s'inquiète. Pas moi : la baisse des charges et du coût du travail est un élément important pour favoriser la création d'emplois. Et si la droite dit la même chose, ça ne me dérange pas, je n'en éprouve aucun complexe : ce qui compte, ce sont les résultats, et pas de chercher à se définir ou à se distinguer par rapport aux autres.

2- La critique des 50 milliards d'économies dans la Fonction publique. Pourtant, qui peut croire qu'on peut laisser filer la dépense, se creuser les déficits ? On ne défend pas le "modèle social français" en ne prenant pas à bras le corps le problème de son financement, qui sape les bases de son existence même. Oui, il y a des économies à faire, un peu partout, il y a des abus, des gaspillages, des dépenses inutiles : au nom de quoi la gauche ne s'y attaquerait pas ?

3- Le texte de l'aile gauche demande à ce que le parti socialiste soit "le relais des aspirations mais aussi des mécontentements". Non, notre parti n'a pas à être la voiture-balai de tout ce qui traîne dans la société. Nous n'avons pas à être le réceptacle, la chambre d'écho et encore moins d'enregistrement de toutes les contestations possibles et imaginables. Le parti socialiste doit être une voix, pas essentiellement une oreille. On ne va tout de même pas être le "relais" des bonnets rouges ou des anti-Hollande !

4- Le texte préconise le rassemblement de la gauche, jusqu'au PCF et à Jean-Luc Mélenchon. Certes, l'union c'est très bien, c'est même indispensable, mais ça ne doit pas devenir une ritournelle qui tourne sur elle-même, à vide : de fait, Mélenchon condamne violemment la politique du gouvernement et les dirigeants du parti socialiste. Je le déplore, je préférerais qu'il en soit autrement, mais ça ne m'empêche pas non plus de dormir, ni ne me gâte l'appétit. Je prends les choses telles qu'elles sont : la désunion n'est pas le fait du PS, mais du Parti de Gauche, et dans une moindre mesure du PCF, qui ont fait d'autres choix politiques que les nôtres, qui ont pris leurs responsabilités. Ce sera, comme toujours en démocratie, aux électeurs de juger.

Je comprends les hésitations, les réticences et les critiques de mes camarades de l'aile gauche. Le fond du problème, c'est qu'ils ne sont pas de culture social-démocrate, alors que la politique du gouvernement est social-démocrate. Ils le vivent mal, c'est logique. Mais quand on ne se sent pas bien quelque part, on en tire les conséquences. Le pire, c'est le ressentiment, la haine de soi, en être sans en être.

mardi 11 février 2014

Création d'un parti picard



En politique, il est normal de s'engueuler, de s'affronter, de cliver : c'est le sel de la démocratie. Je regrette que notre vie publique soit parfois insuffisamment haute en couleurs, trop politiquement correcte, trop raisonnable, sage, technocratique, abandonnant dangereusement l'esprit de lutte et le lyrisme aux seuls extrêmes. En revanche, je déteste les conflits artificiels, les postures de combat, les positionnements inutilement agressifs. Lors de la dernière séance du Conseil régional de Picardie, la semaine passée, nous avons été servis !

D'abord, il y a eu une incroyable et anormale unanimité pour défendre les frontières administratives actuelles de la région picarde : PS, UMP, centristes, chasseurs, communistes, PRG, EELV, MRC, FN, tous étaient d'accord, tous ont adopté le même texte proposé par le président de l'assemblée ! A-t-on déjà vu, sur un autre sujet, une pareille communauté d'idées ? A ma connaissance, non. Et c'est tout à fait étrange : pourquoi, sur la question très politique de la réforme régionale, n'y a-t-il pas des clivages, des points de vue différents, un véritable débat ? Peut-être que Claude Gewerc, le président et mon camarade, a donné la réponse, en annonçant la naissance d'une nouvelle formation politique, à ce qu'il semble : "Mon parti, c'est la Picardie", a-t-il dit. Je ne le suivrai pas, je reste au PS ...

A la suite de ce vote unanime, que croyez-vous qu'il se soit passé ? Ils se sont tous engueulés, non plus comme des Picards, mais comme ces incorrigibles Gaulois d'Astérix, toujours bagarreurs. Pourquoi ? Parce que Christophe Coulon, le leader régional de l'UMP, a présenté sa propre motion, copié-collé de la délibération majoritaire rose-rouge-verte, refusée cependant par la gauche. Pourquoi ? Parce qu'en 2009, la gauche avait présenté, sur le même sujet, une motion identique, alors refusée par la droite. Bref, j'te fais c'que tu m'as fait. En d'autres termes, plus on se ressemble, plus on se querelle.

N'étant pas adhérent du nouveau parti de Picardie (PP), je ne réfléchirais qu'en homme de gauche, socialiste : pourquoi défendre les anciennes provinces ? pourquoi exalter le glorieux passé ? Quand on est de gauche, on regarde vers l'avenir, on n'hésite pas à bousculer les vieilles habitudes, on accepte d'ouvrir ses horizons, y compris géographiques. Coulon, Gewerc, Guinot et les autres, c'est Pavlov : dans le réflexe, pas dans la réflexion. A droite, je comprends ; mais à gauche ! Nous sommes réformateurs, modernes et internationalistes, pas réacs, chauvins et ringards !

Pourquoi la gauche picarde ne s'interrogerait-elle pas intelligemment sur le devenir de sa région ? Pourquoi ne réfléchirait-elle pas sur une ouverture aux Nordistes, aux Champenois, aux Normands, aux Parisiens ? C'est ce que préconise, dans le Courrier picard du 02 février, Thierry Mandon, porte-parole des députés socialistes : "Il ne serait pas idiot que les Picards se posent des questions sur la durabilité de leur région et sur les gens avec qui ils aimeraient collaborer". Arnaud Montebourg, qui est autant Bourguignon que nous sommes Picards, milite pour que sa région fusionne avec la Franche-Comté. Pourtant, la Bourgogne pourrait elle aussi se replier sur son identité, refuser tout rapprochement, tout changement !

Dans cette affaire, je ne peux pas croire que je sois le seul socialiste de Picardie favorable à la réforme gouvernementale ! En tout cas, s'il me prenait idée de candidater pour la liste socialiste aux élections régionales de l'an prochain, ce serait à nouveau mal engagé pour moi : je ne suis pas inscrit au parti de la Picardie ...

lundi 10 février 2014

PS-PCF : le débat



La presse locale de ce matin accorde une bonne place au programme municipal d'Olivier Tournay, tête de liste communiste à Saint-Quentin (voir billet d'hier). Le sentiment qui s'en dégage est plutôt positif. L'Aisne nouvelle parle d'un programme "très social", le Courrier picard souligne sa "logique". Olivier est talentueux, sympathique et disponible, il passe bien auprès des journalistes, qu'il respecte. Mes camarades socialistes ne sont hélas pas toujours aussi inspirés (Samir Heddar, rédacteur en chef de L'Aisne nouvelle, se voit obligé, dans l'édition d'aujourd'hui, de recadrer Jean-Pierre Lançon, actuel chef de file de l'opposition municipale, pour des propos malvenus).

Contrairement à Michel Garand, Olivier Tournay a choisi de médiatiser la publication de son programme, d'en faire un événement collectif : ce qui lui a permis de donner à la presse de larges explications, des précisions et des compléments. Sa présentation publique a été une réussite, d'où l'on retenait le sérieux, l'argumentation et le chiffrage. Mais la forme, importante, ne doit pas faire oublier le fond : le débat, légitime, entre socialistes et communistes est lancé, puisque nous sommes, de fait, en concurrence (et en attendant la confrontation avec la droite, quand nous connaîtrons son candidat, sa liste et son projet). Ce débat PS-PCF doit être honnête, respectueux et utile : au second tour, il faudra bien se rassembler, rechercher des convergences.

Dans le programme d'Olivier Tournay et de ses amis, je vois quatre absences, quatre désaccords, quatre différences avec le programme socialiste, que je veux défendre :

1- Olivier écarte d'emblée, par principe, le thème de l'emploi, qualifiant de "menteur" ceux qui s'en emparent, sous l'argument que ce thème n'est pas une compétence municipale. Je suis en désaccord total avec cette façon de voir. Bien sûr, la lutte contre le chômage est une prérogative nationale. Mais les municipalités ont leur mot à dire, peuvent engager une action, faciliter la création d'emplois. Xavier Bertrand demande d'ailleurs à ce que ce soit l'un des points sur lequel il veut être jugé. Et la gauche devrait ne rien proposer en la matière ? Non, c'est inconcevable. Contrairement au programme communiste, le programme socialiste s'engage sur l'emploi : Michel Garand propose notamment une clause dans les marchés publics municipaux en faveur de l'emploi local.

2- Il en découle une autre différence entre les deux programmes : celui des communistes a une forte dimension sociale, ce qui est très bien (et plusieurs propositions d'Olivier Tournay sont judicieuses). Mais le volet économique est totalement ignoré : ce n'est pas, contrairement aux socialistes, un programme d'investissement, de grand chantier et de développement de la ville. Michel Garand s'adresse aussi aux entreprises, aux commerçants. Par exemple, il propose la création d'une galerie marchande en centre-ville. C'est une dimension qui est absente des mesures communistes, en vertu de choix politiques dont je comprends parfaitement la cohérence, mais auxquels je n'adhère pas du tout : pour défendre et développer Saint-Quentin, y compris et surtout dans la lutte contre le chômage et le soutien aux couches les plus défavorisées, on ne peut pas en rester à faire du social, il faut avoir des perspectives économiques, à la mesure de la ville.

3- Olivier Tournay, dans son travail d'élu municipal, a fait de la dénonciation de la vidéo-surveillance un marqueur identitaire de son action. Je ne reviens pas sur les termes précis de ce débat, nous aurons sans doute l'occasion d'en reparler : dès le départ, j'étais favorable à une utilisation mesurée et raisonnable de ce système de prévention et de protection. Le programme communiste choisit de ne rien dire des problèmes de sécurité. Le programme socialiste l'évoque, l'assume, propose, parce que c'est une préoccupation de nos concitoyens (dont il ne faut pas non plus exagérer l'importance). Michel Garand s'engage à lancer un programme "Quartiers Apaisés" et à créer des "Offices de la tranquillité". Si Olivier devient maire, que fait-il des caméras qu'il n'a pas cessé de critiquer ? Le renoncement à ce dispositif a un coût. Et par quoi nos amis communistes souhaitent-ils le remplacer ? Il y a vraiment là matière à débat.

4- Mon dernier désaccord de fond n'est pas programmatique, mais stratégique (j'ai suffisamment dénoncé en son temps les alliances passées entre le PS et l'extrême gauche pour qu'on ne s'étonne pas que cette dimension stratégique soit pour moi importante, et même fondatrice d'une démarche politique). Le parti socialiste a des alliés : le PRG, le MRC et EEVL. Olivier me répondra sans doute que ces partis sur Saint-Quentin ne représentent pas grand chose, et il aura raison, puisque c'est la vérité. Mais ce qui m'intéresse, c'est le sens politique : choisir de passer des alliances. La liste communiste est close sur elle-même. Elle pouvait se rapprocher du Front de gauche, qui existe dans notre ville, qui a eu des candidats aux élections. Elle pouvait aussi s'adresser aux partis d'extrême gauche, NPA, LO, POI, avec lesquels le PCF a localement travaillé, dans l'opposition, pendant six ans. Mais non (et j'en comprends les raisons) : la section locale a préféré demeurer dans la fidélité intégrale à sa ligne politique, ce qui l'honore. Mais pour se faire élire par une majorité de la population, il faut forcément s'allier, s'ouvrir. En défendant strictement son identité communiste orthodoxe, Olivier Tournay limite son champ d'influence politique et ses chances de succès électoral. Michel Garand, en ne mettant pas en avant son étiquette politique (mais sans la dissimuler non plus), en allant chercher des alliés, rend plus crédible une possible victoire.

Qu'on me comprenne bien : je l'ai déjà dit, je souhaite que la liste communiste fasse le meilleur score possible, parce que je suis persuadé que sans elle, ou pire, contre elle, aucune victoire de la gauche n'est envisageable à Saint-Quentin. Mais j'ai à coeur, dans cette élection, de défendre le parti qui est le mien, son candidat et son programme. Je reconnais, dans les propositions d'Olivier Tournay, beaucoup de pertinence et de cohérence, mais ma pertinence et ma cohérence sont différentes. Mon voeu le plus cher, c'est que les communistes fassent partie de la prochaine majorité municipale, si les Saint-Quentinois décident d'accorder leur confiance à la gauche (ce n'est pas gagné). Olivier et plusieurs de ses amis sont en capacité d'exercer des responsabilités. Dans l'idéal, il faudrait que le PS et le PCF, tout en débattant loyalement de leurs programmes respectifs, s'engagent mutuellement, pour le second tour, à se retrouver et à s'unir. On a le droit, même en politique, d'être idéaliste, non ?