lundi 6 mai 2013
Le compte y est
Un an aujourd'hui de présidence Hollande : contrairement à ce que disait hier Mélenchon, le compte y est, et très largement ! C'est parce que je suis socialiste que je dis ça ? Eh oui, encore heureux ! Un socialiste est forcément satisfait d'une politique socialiste. Quoique j'ai quelques camarades hésitants, voire critiques. Moi pas : je prends tout en bloc, j'adhère entièrement. Soutien aveugle ? Non, soutien objectif et argumenté. Ecoutez-moi un peu :
Le but, il n'y en a qu'un seul, c'est l'emploi, car le chômage frappe d'abord les couches populaires (les autres, elles arrivent toujours à se débrouiller). Pour relancer l'emploi, il faut relancer la croissance, l'activité des entreprises, notre système de production. Pour ça, le gouvernement a sorti la grosse artillerie : pacte de compétitivité et réforme du marché de l'emploi, qui porteront inéluctablement leurs fruits, assez vite. L'emploi, c'est la première des justices sociales. Mais il y a aussi la solidarité nationale. Ecoutez-moi encore :
Le gouvernement a rétabli la retraite à 60 ans. Pas mal, non ? La taxe sur les plus hauts revenus à 75% a butté sur des réserves constitutionnelles, mais l'idée, d'une façon ou d'un autre, passera. Et puis, il y a toutes ces réformes de société, qui vont changer la vie : les rythmes scolaires, en vue d'une transformation plus globale du système éducatif ; le mariage pour tous, bien sûr ; le non cumul des mandats, pour bientôt.
Y a-t-il des échecs, des renoncements dont on pourrait se plaindre ? Aucun ! Ah oui, il y a des résistances qui empêchent certains projets de se faire, mais le gouvernement n'y est absolument pour rien : par exemple, le vote des étrangers, à cause du Sénat qui bloque (la majorité de gauche est insuffisante). Même en cherchant bien, je ne vois pas en moi une trace de déception, une petite contrariété, un zeste d'hostilité.
Alors, tout va bien ? Non, rien ne va jamais bien tant que la courbe du chômage n'est pas inversée. Mais nous y allons, les outils sont là. Les seuls reproches que je fais dans cette première année du quinquennat, ce sont les fameux "couacs", quand des ministres, des députés ou des responsables du parti ne se montrent pas solidaires. C'est insupportable, et on pourrait vraiment s'en passer ! Je crois aussi que le gouvernement devra songer à élargir sa base électorale en s'ouvrant au centre, puisque Mélenchon nous claque la porte au nez.
Mais, me direz-vous, tout ce mécontentement qui monte, ça ne vous dérange pas ? Non, ça ne me dérange pas. En tout cas, pas plus que ça. Cette insatisfaction me semble même "normale", pour reprendre un terme à succès. Et elle ne préjuge absolument de la suite, pour laquelle je suis assez optimiste (une réélection d'Hollande est envisageable en 2017, contre toute apparence). Pourquoi ? Parce que l'impopularité s'explique d'abord par le contexte historique : le gouvernement est en train d'expérimenter quelque chose qui ne s'est jamais fait en France, une ligne politique qui n'a jamais été tenue, la social-démocratie. La droite libérale est contre, l'extrême droite encore plus ; et la gauche est forcément réservée, ce n'est pas dans ses traditions. Combien y a-t-il de sociaux-démocrates authentiques en France ? Très peu (à Saint-Quentin, il n'y a que moi qui revendique haut et fort cette identité !). Il est donc logique qu'il y ait des doutes et des hésitations. D'un certain côté, tant mieux : Hollande-Ayrault seront jugés aux résultats, et c'est très bien comme ça. Dans un an, nous en reparlerons, et vous verrez : le deuxième anniversaire sera très différent.
Enfin, depuis une quinzaine d'années, la France est entrée dans une société de l'insatisfaction. La droite en a été victime hier, la gauche en pâtit aujourd'hui, mais ça ne préjuge pas de la suite. L'impopularité est culturelle, pas politique. Dans un monde individualiste, on ne voit que son intérêt particulier, on oublie l'intérêt général : du coup, les gens ne sont et ne seront jamais contents. Mais les moments d'élection donnent l'occasion de retrouver l'intérêt général et de s'exprimer par rapport à lui (et pas par rapport à soi). Nous vivons également dans une société de l'urgence : les gens veulent tout, tout de suite, ignorant que la politique n'est efficace que sur le long terme (mais la suite et la fin du quinquennat corrigeront ce défaut de vision).
Enfin, nous vivons dans un monde sans fidélité ni enthousiasme, deux vertus qui sont étymologiquement de nature religieuse (la foi et la divinisation). Il n'y a plus de grands personnages, comme pouvaient l'être de Gaulle ou Mitterrand (surnommé "Dieu" !), qui provoquaient autour d'eux des adhésions très fortes. Hollande est un président "normal" avec des électeurs "normaux", c'est-à-dire qui ont toujours un reproche à faire, tant il est vrai que rien n'est jamais parfait. Mais insatisfaction d'un jour n'est pas insatisfaction toujours ! C'est comme les commerçants à Saint-Quentin : jamais contents de la Municipalité de droite mais votant toujours pour la Municipalité de droite ! Allez, François, Jean-Marc et tous les autres, continuez, courage et fierté : bon anniversaire de gouvernement !
dimanche 5 mai 2013
Les outils et le balai
J'étais cet après-midi à Paris, par hasard de passage du côté de la Bastille, où j'ai croisé pas mal de manifestants Front de gauche avec leur balai : non, franchement, chez moi ça ne passe pas. L'objectif de leur rassemblement, c'était de dénoncer "l'austérité". Quelle austérité ? La politique de la France n'a strictement rien à voir avec ce qui se passe en Espagne, en Grèce ou ailleurs. L'austérité, c'est quoi ? Baisser les salaires, supprimer des emplois publics, diminuer les retraites. Que fait le gouvernement Hollande-Ayrault ? Il ne touche pas aux salaires, il crée de l'emploi public quand il le faut (60 000 postes dans l'Education nationale), il consolide le système des retraites (maintien du départ légal à 60 ans). Où est "l'austérité" là-dedans ? Uniquement dans les fantasmes de Jean-Luc Mélenchon ...
Que propose le Front de gauche ? "La VIe République" (c'était le mot d'ordre du défilé). Tu parles d'un objectif ! Je ne crois vraiment pas que les Français attendent de la gauche un débat institutionnel sur un changement de régime ! Ce qui les préoccupe, c'est l'emploi, le pouvoir d'achat, le logement, la santé, l'éducation de leurs enfants, pas de savoir s'il faut adopter une nouvelle Constitution. La VIe République, c'est la proposition bateau de ceux qui rament à trouver une issue politique à leur vain combat. Le plus rigolo, c'est que Mélenchon aspire à devenir Premier ministre de Hollande ! Alors ça, ce n'est plus la VIe mais carrément la IVe République, qui se prêtait parfois à ce genre de combinaison : un "révolutionnaire" qui cohabite tranquillement avec un social-démocrate qui aurait fait appel à lui ! C'est n'importe quoi ...
Mélenchon n'est d'ailleurs pas le seul à dérailler au Front de gauche. De retour de Paris, j'ai lu, dans le Courrier picard d'aujourd'hui, les propos qu'a tenus Clémentine Autain de passage à Amiens. Ecoutez, c'est renversant : "L'alternance de François Hollande est sans doute l'alternance de trop". Oui, vous avez bien lu (et elle se prétend de gauche !). Mais il y a pire, ceci : "Comme je ne vois pas de différence entre la politique de Sarkozy et celle de Hollande, après tout, pourquoi l'UMP et le PS ne gouverneraient-ils pas ensemble ?" Stupéfiant, non ? Je vais vous dire : Mélenchon et Autain insultent le PS et se moquent du monde, tout simplement. Et je m'en désole. Je ne demande à personne d'adhérer béatement à ce que fait le gouvernement. Mais là, les critiques, stupides, insensées, gratuites, dépassent les bornes.
Une mauvaise journée ? Pas du tout, puisque j'ai terminé devant ma télé, ce soir, en regardant Jean-Marc Ayrault. Solide, sérieux, constant et cohérent, oui, c'est vraiment le chef de gouvernement dont nous avons besoin. Bon, quand on n'est pas social-démocrate, je comprends qu'il ne plaise pas. Mais moi, ça me convient tout à fait. Et puis, la solidarité est totale entre le président de la République et son Premier ministre, et ça, c'est essentiel dans cette Ve République que Mélenchon veut abroger pour la remplacer par on ne sait quoi (les institutions du Venezuela, peut-être, puisqu'il en est grand admirateur ?).
Le choix est simple : soit les adeptes de la "boîte à outils", qui sont en train de donner à la France les moyens de la croissance et de l'emploi dans la justice sociale ; soit les partisans du "balai" qu'on brandit et qu'on agite en déplaçant beaucoup d'air et de poussière, en préconisant le grand ménage à défaut de la grande révolution. Il y a en moi du sang d'ouvrier et pas de domestique : je préfère les outils au balai.
samedi 4 mai 2013
On ne lâche rien !
C'est assez singulier : deux manifs totalement différentes, et même opposées, vont se dérouler à Paris ce dimanche derrière un slogan identique, "On ne lâche rien !". D'un côté les anti-mariage homo, qui ne désarment pas malgré le vote de la loi, de l'autre le Front de gauche, très remonté contre la politique social-démocrate du gouvernement.
On ne lâche rien ? Ce slogan m'est totalement étranger. Je ne l'ai jamais prononcé pour quoi que ce soit, je n'y pense même pas. Pourquoi ? Parce que je considère que c'est un mot d'ordre obtus, fanatique, irréaliste. C'est tout le contraire de l'ouverture, de la négociation, du compromis qui sont chers à ma culture social-démocrate et à ma pratique de vie. "On ne lâche rien", c'est le cri de ralliement des partisans du rapport de force. Et qui débouche sur quoi ? A force de ne "rien lâcher", ils perdent tout. Mélenchon ne sera jamais Premier ministre (quelle lubie, quelle folie !), les anti-mariage pour tous ne verront même pas la loi honnie d'eux abrogée lors d'un éventuel retour de la droite au pouvoir. "On ne lâche rien !" c'est le cri de rage des impuissants, c'est une clameur de défaite et de désespoir.
En bonne politique républicaine, il faut lâcher d'un côté pour gagner de l'autre, savoir transiger, chercher si possible une formule de consensus, pratiquer le donnant-donnant (que Ségolène Royal avait rebaptisé le "gagnant-gagnant"). Quand deux parties s'affrontent en démocratie, ce n'est pas le combat du bien et du mal, de la lumière contre les ténèbres, mais des points de vue différents qui débattent, qui essaient éventuellement de s'accorder, qui donnent au peuple le soin de trancher. Lâcher du lest (comme on le dit d'une montgolfière), ce n'est pas se compromettre, c'est s'élever.
Attention, je ne mets pas les deux manifestations de demain sur le même plan : Mélenchon conteste la politique actuelle, c'est son droit, il fait son travail de militant mais je n'adhère pas à sa radicalité. Il n'empêche que cet homme et son mouvement sont de gauche, ont appelé à voter Hollande l'an dernier et méritent donc, à ce double titre, d'être écoutés. En revanche, les adversaires du mariage homo s'opposent à une loi qui vient d'être votée, qui ne pourra être remise en cause que par une autre majorité, qui ne devrait donc souffrir, du point de vue des principes juridiques et de l'esprit républicain, d'aucune contestation (pour ma part, je n'ai jamais dans ma vie militante manifesté contre une loi que la représentation nationale venait d'adopter).
A ceux qui s'écrient "On ne lâche rien !", je conseille de se relâcher un peu, cool et zen, en leur rappelant que la passion politique, qui est une très belle chose, n'exige pas l'intransigeance mais au contraire le discernement et l'esprit de composition.
vendredi 3 mai 2013
Des places à prendre
La politique, ce sont des convictions, des stratégies, des alliances mais aussi des places à prendre. Ce dernier souci, qui n'est pas déshonorant, n'exclut pas les idées, mais il les relativise. On a aussi tort de croire que la politique, c'est forcément la recherche de la victoire. Non, car celle-ci n'assure pas forcément qu'on aura une place, tant elle devienne chères quand on gagne. En revanche, des rentes sont possibles dans la défaite. C'est un jeu assez subtil de positionnement personnel, vieux comme le monde. La seule réalité tangible en politique, c'est bien celle-là : quoi qu'il arrive, il y a des places à prendre, à se partager. La victoire, c'est un objectif incertain, tant la défaite est hélas beaucoup plus fréquente. Même quand la place est dérisoire et parfois minable, elle est toujours bonne à prendre : c'est un investissement pour l'avenir. Une place, en politique, ça ne se refuse pas.
Ma réflexion est encore plus vraie dans un scrutin de liste, où les premières places sont gagnantes, y compris quand on est perdant. C'est le jackpot. Les élections municipales en sont l'illustration. Une place à prendre, c'est une case à remplir, comme dans un formulaire administratif. Ce qui compte, ce n'est pas tant la personne que l'étiquette : l'astuce, c'est de trouver la bonne qui vous permettra d'occuper la case. Par exemple, à Saint-Quentin, c'est de cette façon qu'un individu aussi bouffon qu'Antonio Ribeiro a pu s'imposer, les mains dans les poches. La place à prendre, c'était celle étiquetée "MRC", vide après la défection de Freddy. Le vide attire le vide : c'est ainsi que Ribeiro s'est trouvé parmi les premiers, alors qu'il venait de la planète Mars.
Pour l'an prochain, même cinéma : des places à prendre, qui y va ? Stéphane Monnoyer ne présentera pas de liste autonome, il en est incapable et tout le monde le sait. Il fait donc habilement semblant, en espérant une place à gauche. Stéphane est présent dans les réunions socialistes, n'en dit pas trop, se montre aimable, grogne contre XB pour prouver qu'il est des nôtres, pour présenter des gages de bonne foi : c'est le métier qui rentre, ce petit a ses chances, comme Ribeiro en son temps.
Mais il y a des places qui sont fléchées sans avoir encore de prétendants attitrés. Je vois, dans le genre, une belle niche à prendre, avis aux amateurs : c'est la case "PRG", poste vacant à Saint-Quentin. Le premier gus qui sortira de sa poche une carte de ce parti, allié fidèle du PS, figurera en bonne place et se fera élire sans avoir rien à faire. Mon petit doigt me dit que de ce côté-là pourrait se reproduire une nouvelle affaire Ribeiro, avec changement de titulaire bien sûr. Il faudra être très attentif à qui va pointer le bout de son nez dans les prochaines semaines. Des radicaux de gauche venant de la planète Mars, c'est dans l'ordre du possible.
A droite aussi, il y aura des places à prendre. Mais là, c'est un peu différent : la liste est blindée d'avance, avec un boss qui ne permettra pas les élucubrations. Je ne pense pas que des extra-terrestres telles que Ribeiro, Monnoyer et compagnie soient concevables dans la droite saint-quentinoise. Quoique ... J'ai lu, dans L'Union de lundi dernier, que Frédéric Alliot rejoignait Xavier Bertrand, en adhérant à un club, le Nouveau Siècle, dont je suppose que le siège social est sur la planète Mars, tant cette micro-structure est inconnu du monde politique. Allez savoir si ça ne prépare pas une future place à prendre quelque part (qu'importe le flacon pourvu qu'on est l'ivresse, l'ivresse du pouvoir bien entendu). Je rappelle qu'Alliot est censé être de gauche, comme Ribeiro était censé être MRC.
Ce qui est certain, c'est qu'il y aura des places à prendre sur la liste de Xavier Bertrand, qui va forcément renouveler en profondeur l'équipe actuelle et poursuivre l'ouverture à gauche, qui avait si bien réussi à Pierre André en 2001 et 2008. Dans une ville sociologiquement de gauche, où François Hollande a fait l'an dernier un excellent score, c'est plutôt recommandé. Ce ne sera pas, à la différence de la dernière fois, une ouverture à des militants (au PS, il n'y a plus rien sur l'os) mais à des personnalités progressistes de la société civile. J'ai quelques noms en tête, mais je ne veux compromettre personne ni faire échouer les tentatives d'exfiltrations.
Et moi dans tout ça ? Vous me connaissez, des places à prendre, ce n'est pas mon genre, je méprise. Une seule chose m'intéresse en politique : la victoire, c'est-à-dire la bagarre. Mais une place quelque part, non, surtout pas. Ce sera la tête de la gauche ou rien du tout. Et ma liste ne comportera aucune place à prendre ou à vendre : je ne veux pas me retrouver à traîner une batterie de casseroles ou un étalage de cageots, c'est-à-dire un aller simple pour la défaite.
jeudi 2 mai 2013
Psy show

"Avons-nous vraiment besoin de psychologues ?", c'était le sujet de ce soir au café philo, avec en vignette une partie de l'assistance. Prochaine séance le 06 juin : "A quoi servent les symboles ?" En attendant, ce sera lundi prochain le ciné philo, avec la projection du documentaire "Faire quelque chose", consacré aux anciens Résistants et au thème de l'engagement, en présence du réalisateur.
Des cadeaux aux patrons ?
De mes discussions hier matin avec les syndicalistes et les militants, lors du rassemblement du 1er mai à Saint-Quentin, je retiens que ce n'est pas tant l'affaire Cahuzac que la ligne politique du gouvernement qui pose problème. La faillite d'un homme, aussi grave soit-elle, ne pénalise pas toute une équipe, d'autant que François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont promptement réagi. Mais les questions portent sur le pacte de compétitivité, l'accord sur le marché du travail et l'amnistie refusée. Si je veux le résumer tel que je l'ai entendu hier devant la Bourse du Travail, le gouvernement ferait "des cadeaux aux patrons".
Dans ce genre de situation, quand on est socialiste et qu'on soutient le gouvernement (ça devrait être un pléonasme !), soit on est complaisant à l'égard des critiques, on concède qu'elles ont leur part de vérité, on va même dans le sens des reproches ; soit on se fait pédagogue, on défend point par point la politique du gouvernement, on l'assume et on rejette tout complexe : c'est mon choix personnel, la pédagogie et pas la démagogie. Non, il n'y a pas de "cadeaux au patronat" (d'ailleurs, jamais en politique il n'y a de "cadeaux" à qui que ce soit).
Le pacte de compétitivité ? Il faut savoir ce qu'on veut. L'objectif du gouvernement, sur quoi le chef de l'Etat demandera à être jugé le moment venu, c'est l'emploi, ce n'est que l'emploi. Qu'est-ce qui crée des emplois ? Dans le contexte actuel, très peu le secteur public, pas assez en tout cas. Les gisements sont dans le secteur privé, mais avec un appareil de production qui a cessé depuis trop longtemps d'être compétitif. On fait alors quoi ? Injecter de l'argent, sous conditions, dans l'économie, soutenir par tous les moyens les entreprises, simplifier leurs démarches administratives, rendre plus efficace la formation à l'école. C'est tout cela qu'Hollande a mis en oeuvre depuis le début de son mandat. Créer de l'emploi dans une société qui en manque cruellement depuis bientôt quarante ans, ça devrait parler aux syndicats, non ? Même si, bien sûr, cet emploi n'a pas la sécurité du statut public. Mais souhaite-t-on encore une économie administrée ? Le parti socialiste a été très clair là-dessus : la réponse est non. Et c'est pourquoi nous sommes sociaux-démocrates.
La réforme du marché du travail ? Trois syndicats l'ont voulu et ont signé l'accord. Ces trois organisations ne sont pas moins préoccupées par les intérêts et l'avenir des salariés que les autres qui refusent l'accord. Il y a une démarche réformiste qui consiste à négocier, à trouver un compromis, à équilibrer les gains et les pertes pour aboutir à une solution. Je comprends parfaitement qu'on s'oppose à cette démarche, parce que politiquement et syndicalement on se situe dans une autre perspective, qui est grosso modo celle de la lutte des classes, où ne compte que le rapport de forces. Mais je demande à ce qu'on comprenne également ma position, qui est celle du parti socialiste, réformiste, parti de gouvernement en recherche de solution. De fait, le marché du travail devait gagner en souplesse, avec en contrepartie une meilleure protection des salariés. C'est fait, par le dialogue social.
L'amnistie sociale ? C'est sur ce point que j'ai eu hier fort à faire. Les exigences économiques, les syndicalistes sont prêts à les comprendre, éventuellement à les accepter. Ils admettent aisément qu'il y a un prix à payer et surtout un passif à assumer. Mais le refus gouvernemental de l'amnistie des délits commis dans le cadre de conflits sociaux, où les salariés n'ont fait qu'exprimer leur colère, c'est une décision qui passe très mal. Cadeaux aux patrons d'un côté, mais pas de cadeaux aux ouvriers de l'autre ? Non, ce n'est pas ainsi qu'il faut voir les choses.
L'amnistie sociale était une tradition : il semblait jusqu'à présent normal que l'arrivée de la gauche au pouvoir efface des infractions parfois graves mais jugées compréhensibles. Sauf que notre société, depuis quelques années, a profondément changé dans son rapport à la loi, à propos de quoi elle est devenue beaucoup plus rigoureuse, beaucoup moins indulgente. On peut le regretter ou s'en réjouir, c'est un autre débat, mais le constat est là : dans une société qui s'est judiciarisée, les transgressions de la loi, d'où quelles viennent et pour quelque motif que ce soit, ne sont plus tolérées.
J'admets que la gauche n'a pas toujours réagi ainsi. Mais les principes républicains ne peuvent plus souffrir d'exception : politiques, patrons, syndicalistes, la loi est la même pour tous, la violence n'est pas permise. Les seules armes sont la grève, la manifestation et la négociation. En social-démocratie, les organisations ouvrières sont puissantes, la concertation joue à plein et le dialogue ne s'en porte pas plus mal, sans avoir besoin de bloquer, casser, séquestrer, tout comportement qui dégrade plus qu'il n'arrange la situation.
A Saint-Quentin comme ailleurs, dès maintenant et lors des prochains scrutins, la gauche devra assumer son réformisme et faire oeuvre de pédagogie à l'égard des autres forces politiques et sociales.
mercredi 1 mai 2013
Le 1er mai, c'est sacré
Quand on est de gauche, adhérent d'un parti et d'un syndicat, le 1er mai c'est sacré. Je n'en rate pas un, selon un rituel immuable (là où il y a du sacré, il y a forcément un rituel, toujours le même) : d'abord, c'est un rendez-vous politique, le fleurissement par les socialistes de la stèle de Romain Tricoteaux, grand maire de gauche d'entre les deux guerres, qui a reconstruit la ville de Saint-Quentin ; puis, c'est le rassemblement syndical devant la Bourse du Travail. Dans ces deux moments de la matinée, des messages d'espoir et de lutte sont délivrés. Voilà le rite, voilà la tradition.
Mais cette année n'a pas été une année comme les autres. Devant le buste de Tricoteaux, la place est resté désespérément vide, sans personne ... sauf moi, pour déposer une rose rouge. J'ai voulu rester fidèle, ne pas briser le rituel, ne pas interrompre la tradition. Nous étions au moins deux : Tricoteaux et moi, le mort et le vivant, la pierre et la chair, le passé et peut-être l'avenir ... Un acte manqué de la section socialiste ? C'est bien possible, en cette année où la gauche est au pouvoir après dix ans d'opposition, et à un an de l'élection municipale. Romain Tricoteaux, c'est le symbole de la gauche qui gagne et qui gère, qui transforme la ville.
Devant la Bourse du Travail, ce n'était pas non plus comme les autres fois, à cause de la division syndicale : seuls la CGT, la FSU et Solidaires avaient appelé à se rassembler (mot d'ordre national). Dans l'idéal, j'aurais préféré rejoindre les miens, CFDT, UNSA et CFTC. Mais à Saint-Quentin, et c'est le gros problème que je déplore depuis longtemps, il n'y a pas de pôle réformiste fort, aussi bien politique que syndical. Alors, que faire ? Le pire, en politique comme dans la vie, c'est de ne rien faire. Comme je sais que l'idéal n'est pas de ce monde, comme je tenais absolument à célébrer le 1er mai, je suis allé vers ceux dont je ne me sens pourtant pas les plus proches. Mais l'essentiel était d'être présent, dans la rue, aujourd'hui.
Nous étions environ 70 militants. Ce n'est certes pas une grande année en matière de participation, mais j'ai connu pire. Dans la petite foule, des conseillers municipaux d'opposition, Olivier Tournay (PCF), Anne Zanditenas (LO), Franck Mousset (NPA), Nathalie Le Meur (maire-adjoint à Gauchy) des responsables politiques, Corinne Bécourt et Jean-Luc Tournay (communistes "rebelles"), René Jaffro et Alix Suchecki (Front de gauche) ... et même quelques socialistes (mais pas d'élus ni de responsables de la section). Parmi les syndicalistes, des cégétistes bien sûr, dont Guy Fontaine et William Lesur, Georges Varenne et Serge Casier pour les territoriaux, la FSU avec notamment Guillaume Hily et Vincent Duchet, Solidaires, en présence de Laurent Pipart et Gérard Bécu. Solange Boutillier faisait signer une pétition sur les retraites et Jocelyne Guézou distribuait un message de l'évêque de Soissons (!) contre la précarité.
Un 1er mai, ce n'est pas qu'un rituel, c'est une ambiance difficile à décrire, un moment chaleureux entre des personnes qui partagent les mêmes valeurs, qui sont dans une proximité sociologique, qui se reconnaissent dans des références historiques communes mais qui n'ont pas les mêmes idées. Il faut y être pour goûter l'atmosphère. Le 1er mai, c'est sacré parce que c'est la gauche, comme le 14 juillet c'est la République ! J'aime ces rencontres, ces discussions, parfois ces confrontations. Je sais que la gauche est divisée, que ça ne date pas d'aujourd'hui : le défi, c'est de la rassembler, pour gagner. Et à Saint-Quentin, y'a du boulot, c'est le moins qu'on puisse dire !
Je ne me suis pas complètement reconnu dans le discours du secrétaire général de l'union locale CGT, Patrick Dupont, qui a des reproches à faire au gouvernement que je soutiens. Mais ça ne fait rien : ce qui compte pour moi, c'est surtout le local et l'union possible des gauches, en vue de la victoire (car si c'est simplement en vue de témoigner, ce n'est même pas la peine d'y aller). Au plan national, les positions divergent, mais c'est autre chose. A Saint-Quentin, il faut penser et agir local (bien sûr dans les limites de la cohérence idéologique, qui exclut l'extrême gauche de ce rassemblement, comme je l'ai souvent expliqué). Je ne me fais aucune illusion : je sais pertinemment que ce sont les appareils politiques qui auront le dernier mot. Mais j'ai une certitude : ce ne sont pas eux qui décideront de la victoire.
Autre et dernier rituel, l'achat du brin de muguet, avec cette année un dilemme : il fallait choisir entre le muguet de la section communiste tradi et le muguet du Front de gauche. Pour une fois, ce qui est plutôt rare chez moi, je ne me suis pas laissé guider par un critère politique, j'ai fait joué la sympathie, l'affectif, et je ne vous dis donc pas vers quoi est allé mon choix. L'essentiel, c'était d'afficher ce porte-bonheur pour toute la gauche saint-quentinoise, qui a bien besoin qu'on lui dise qu'il y a un bonheur aujourd'hui à se retrouver, et demain, si nous le voulons, si nous y croyons, un bonheur à gagner.
Inscription à :
Articles (Atom)