La droite semble se focaliser sue ce terme et ce thème : François Hollande serait arrogant ! Ce n'est évidemment pas un compliment. Mais est-ce fondamentalement un défaut ? Dans la vie privée, oui sûrement. Mais en politique ? Ne faut-il pas un certain degré d'arrogance pour prétendre viser à la magistrature suprême ? Les grands de ce monde, aujourd'hui comme autrefois, n'avaient-ils pas ce trait de caractère pour conquérir le pouvoir ou changer le monde ? Le contraire de l'arrogance c'est quoi ? L'humilité. A-t-on jamais vu quiconque réussir en politique en pratiquant cette vertu ? Ce n'est pas une activité de prêtre ou de moine ...
Quoi qu'il en soit, la personnalité de François Hollande ne colle pas avec la psychologie d'un arrogant. Regardez cette bonne bouille, ce sourire sympa, ce côté marrant : pas un poil d'arrogance là-dedans, même en cherchant bien ! D'autant que Hollande a insisté sur le respect envers les autres candidats par lequel il abordait la campagne électorale. Et puis la droite se contredit : elle présentait il n'y a pas si longtemps le candidat socialiste comme mou, indécis, consensuel c'est-à-dire tout le contraire de l'arrogance.
Encore une fois, en supposant que François Hollande soit arrogant, ça changerait quoi ? Ce qui compte en politique, c'est ce qu'on fait, pas ce qu'on est. De Gaulle passait pour hautain, Giscard pour méprisant, Mitterrand pour orgueilleux : vrai ou faux peu importe, on retiendra leur action, on les jugera sur leurs décisions, le caractère est secondaire. La plaie de notre époque, c'est cette sorte de psychologie morale qui a tout envahi : la personne supplante le projet.
Le reproche d'arrogance ne dit rien sur celui qui est ainsi qualifié mais beaucoup sur ses accusateurs. J'ai souvent remarqué qu'on juge et appelle arrogant celui qui énonce une vérité qui dérange ou qui blesse. Se sentir bousculé par celle-ci conduit à réagir, à stigmatiser qui ose parler vrai. Alors oui, il y a sans doute une arrogance de la vérité, du moins perçue comme telle. L'être humain aime rien moins que la vérité, surtout quand elle le concerne. Quoi de plus arrogant que le soleil quand il se permet de tout inonder de lumière, nous regardant de haut dans le ciel ?
Quel est donc le péché de François Hollande pour qu'il se voit faussement taxé d'arrogance ? Il a commis le plus grave des crimes politiques, celui de lèse-majesté : il a osé s'imaginer futur président de la République. C'est à la limite imprudent, éventuellement présomptueux mais en aucun cas arrogant. Les sondages donnent tout de même de la crédibilité à cette hypothèse. Ce n'est pas une idée en l'air ! Surtout, il est bon qu'un candidat, quel qu'il soit, endosse avant l'heure les habits présidentiels, se mette en situation d'exercer le pouvoir afin qu'on puisse correctement le juger.
mercredi 1 février 2012
mardi 31 janvier 2012
St Quentin dans le texte.

Jeudi soir, la librairie Cognet organisera une rencontre-débat où je lirai des extraits des Saint-Quentinois sont formidables, en répondant à toutes les questions sur ce livre, ses intentions, sa méthode et le portrait qu'il dresse de notre ville, de ses personnages et habitants. J'en profiterai pour présenter quelques chapitres du prochain volume. La soirée sera filmée par SaintQuentin TV.
Coïncidence : le même jour, au lycée Henri-Martin, le philosophe atypique Jean-Christophe Bailly fera une intervention devant les classes préparatoires, à propos de son dernier ouvrage, Le dépaysement (Le Seuil, 2011). C'est un voyage à travers la France, dans un souci assez proche du mien : décrire dans le détail la vie ordinaire de nos villes moyennes, en faire un objet de réflexion (avec en plus chez moi une distance amusée sur les gens et les événements).
Mais le plus étonnant, c'est que Jean-Christophe Bailly est passé par notre Saint-Quentinois ! Page 328, il décrit la place de l'hôtel de ville. Voilà ce que ça donne :
"La grande place a été presque intégralement recouverte de sable et équipée de jeux pour enfants, il paraît qu'on le fait chaque année, c'est bien sûr un peu débile, mais en même temps proche d'un ton populaire qui évoque les gaufres et la foire, pour lors le sable, très fin, beaucoup plus fin que celui des vraies plages, se mouille inexorablement, dans un coin une figure sculptée dans le style des géants de carnaval est censée représenter Maurice Quentin de La Tour, enfant du pays, tel qu'on le voit sur son célèbre autoportrait avec son béret surdimensionné, sa peau luisante et ses yeux trop grands".
Vos trouverez aussi un chapitre entier, le 26, consacré à Origny-Sainte-Benoîte, principalement sa sucrerie, et un autre chapitre, le 27, sur Guise et le Familistère.
Puisque je vous parle de littérature et du Saint-Quentinois, Guise est également évoqué dans le livre à succès de Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie (Gallimard, 2011). Page 67, il est question d'un anniversaire "près de Guise", celui du père de l'auteur et journaliste bien connu Philippe Tesson (serait-il né là-bas ?) :
"Comme chaque année, la famille s'est retrouvée dans ces écuries du XVIIIème siècle transformées en restaurant (...) Les tables sont installées sous les râteliers où se gobergeaient les bêtes".
Est-ce que quelqu'un, à partir de ces maigres éléments, peut me dire où se trouve cet établissement ?
lundi 30 janvier 2012
François le Chinois.
Je ne parlerai pas ce soir de l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy. L'événement hier était ailleurs, du côté du XIIIème arrondissement de Paris, visité par François Hollande à l'occasion du nouvel an chinois. J'y suis particulièrement sensible parce qu'une amitié ancienne et étroite me relie à l'extrême orient : j'ai vécu dans le Chinatown parisien (rue du dessous des berges, je ne résiste pas à évoquer ce nom), j'ai étudié à la fac de Tolbiac, j'ai vécu avec une Asiatique, j'ai sur ma cheminée une petite statuette du Bouddha achetée dans le Chinatown new-yorkais, je m'intéresse depuis longtemps à la philosophie orientale. C'est sûr, il y a du Chinois en moi. Et maintenant en François !
Cette année est celle du dragon, qui chasse le malheur et attire la prospérité : comment ne pas rapprocher cette symbolique de la situation politique ! Notre nouveau dragon en rouge et or, c'est François Hollande. Il avait fière allure, à la tête d'un défilé de dizaines de milliers d'Asiatiques. C'était aussi une façon de conjurer la peur du Chinois, qui a remplacé dans pas mal d'esprits la peur de l'Arabe, qui elle-même autrefois avait succédé à la peur du Polak et du Rital. La Chine c'est le monde de demain : dans un siècle ou deux, elle dominera le monde, comme aujourd'hui l'Amérique, comme autrefois l'empire romain. C'est ainsi : il y a toujours eu dans l'histoire une civilisation dominante.
Devant François, une danse du lion a ouvert la marche au milieu des lanternes et des pétards, pour faire fuir les mauvais esprits (de droite forcément, et même quelques-uns de gauche). Les dragons ont ondulé durant tout le parcours, en quête de graine de lotus à consommer, le symbole du renouveau, la nourriture divine qui donne de la force, comme notre chrétienne eucharistie. Que François Hollande puisse bénéficier lui aussi de la nourriture des dieux, afin de battre le grand dragon élyséen !
Cette année est celle du dragon, qui chasse le malheur et attire la prospérité : comment ne pas rapprocher cette symbolique de la situation politique ! Notre nouveau dragon en rouge et or, c'est François Hollande. Il avait fière allure, à la tête d'un défilé de dizaines de milliers d'Asiatiques. C'était aussi une façon de conjurer la peur du Chinois, qui a remplacé dans pas mal d'esprits la peur de l'Arabe, qui elle-même autrefois avait succédé à la peur du Polak et du Rital. La Chine c'est le monde de demain : dans un siècle ou deux, elle dominera le monde, comme aujourd'hui l'Amérique, comme autrefois l'empire romain. C'est ainsi : il y a toujours eu dans l'histoire une civilisation dominante.
Devant François, une danse du lion a ouvert la marche au milieu des lanternes et des pétards, pour faire fuir les mauvais esprits (de droite forcément, et même quelques-uns de gauche). Les dragons ont ondulé durant tout le parcours, en quête de graine de lotus à consommer, le symbole du renouveau, la nourriture divine qui donne de la force, comme notre chrétienne eucharistie. Que François Hollande puisse bénéficier lui aussi de la nourriture des dieux, afin de battre le grand dragon élyséen !
dimanche 29 janvier 2012
Nous sommes tous républicains.
La déclaration d'Henri Guaino vendredi soir à Tarbes aurait pu provoquer un immense scandale. Or elle a été peu commentée, même à gauche. Qu'a dit la plume de Nicolas Sarkozy, l'idéologue du régime ? Que "François Hollande n'est pas républicain", rien que ça ! Est-il donc vrai que les Français s'apprêtent à élire à la tête de la République un homme qui n'est pas républicain ? C'est énorme comme on dit aujourd'hui. Ne croyez pas qu'il s'agisse de la part de son auteur d'un effet de tribune : Guaino est un intellectuel qui sait maîtriser les mots et les idées. Il faut par conséquent prendre au sérieux ses propos, les comprendre et les réfuter, ce que je vais essayer de faire.
L'accusation sévère du conseiller spécial du chef de l'Etat repose sur la distinction entre démocrate et républicain : Hollande serait l'un mais pas l'autre, ce qui atténue la charge de la critique mais ne l'efface pas non plus. Ce que je conteste, c'est la pertinence d'une telle distinction, dialectique jusqu'au sophisme : à vrai dire et à penser juste, un démocrate ne peut qu'être républicain et un républicain démocrate. Les deux engagements sont indissociables, et je vous explique pourquoi :
Qu'est-ce que la république ? Étymologiquement c'est la chose publique, l'intérêt général. Qu'est-ce que la démocratie ? C'est le pouvoir du peuple. On voit bien, pris à leur racine, que les concepts ne se contredisent pas mais se complètent, s'imbriquent. L'intérêt général s'assimile à la volonté majoritaire du peuple, la volonté du peuple (que Jean-Jacques Rousseau appelle "volonté générale") exprime l'intérêt général. Un républicain qui n'est pas démocrate, c'est une absurdité, un non sens, une impossibilité ou bien un jeu de mots. Idem pour un démocrate pas républicain : François Hollande est donc autant l'un que l'autre, ni plus ni moins l'un que l'autre.
Henri Guaino étaie sa démonstration par quatre exemples concrets qui prouveraient selon lui que François Hollande n'est pas républicain. Je veux les reprendre et y répondre un par un :
1- Hollande n'a pas voté la loi interdisant la burka. Est-ce que les républicains d'autrefois ont interdit la soutane ou le voile pour les religieux catholiques ? Non, ce qui ne les empêchait pas d'être de scrupuleux républicains. Interdire ou ne pas interdire la burka n'est pas ce qui établit une séparation entre républicain et non républicain. Quand les cas sont peu nombreux, quand la persuasion est préférable à la sanction, quand il y a un risque de stigmatiser une communauté, on ne fait pas appel à la loi, ce n'est pas un comportement non républicain pour autant.
2- Hollande soutient "les pédagogistes de gauche qui ont détruit l'autorité du maître", dixit Guaino. Non, l'autorité du maître n'est pas "détruite" mais elle a changé parce que la société a changé, qu'on le regrette ou qu'on s'en réjouisse. Les pédagogues ("pédagogistes" est un terme polémique qui ne veut rien dire) essaient de repenser une autorité scolaire qui soit conforme aux besoins des élèves d'aujourd'hui. On peut être en désaccord avec cette perspective, on peut rêver à l'école de grand-papa, on ne peut pas sérieusement qualifier cette démarche de non républicaine.
3- Hollande s'est opposé à la suppression des IUFM, qui d'après Guaino n'était pas en accord avec la République. C'est vraiment pousser le bouchon très loin : les enseignants ont besoin de formation et de formateurs, qu'ils trouvaient dans les IUFM, peut-être mal, peut-être insuffisamment. Mais je ne vois pas en quoi leur absence, leur disparition sont particulièrement républicaines !
4- Hollande est favorable à la charte des langues vivantes et minoritaires. Et c'est cette position qui mettrait la République en danger ? Bien sûr que celle-ci est une et indivisible, bien sûr que la langue française est le ciment de la communauté nationale. Mais il n'y a pas péril en la demeure à favoriser l'expression et l'éducation des langues régionales !
Henri Guaino oppose une gauche républicaine (Chevènement, Mélenchon) à une gauche qui ne le serait pas parce que communautariste et soixante-huitarde. Le raisonnement ne tient pas : Jean-Luc Mélenchon est tout autant soixante-huitard que républicain et François Hollande n'est pas communautariste parce qu'il défend par exemple, en accord avec toute la gauche, le droit de vote pour les immigrés aux élections locales.
Et puis une gauche non républicaine serait par la force des choses une gauche anti-républicaine : on peut sans doute faire des reproches au candidat socialiste, pas celui d'être hostile à la République ! De droite ou de gauche, chacun selon sa sensibilité est républicain, François Hollande y compris, et c'est très heureux ainsi. Il n'y a qu'une triste exception : le Front national, dont les idées, les références et l'histoire ne sont pas en phase avec les traditions républicaines.
L'accusation sévère du conseiller spécial du chef de l'Etat repose sur la distinction entre démocrate et républicain : Hollande serait l'un mais pas l'autre, ce qui atténue la charge de la critique mais ne l'efface pas non plus. Ce que je conteste, c'est la pertinence d'une telle distinction, dialectique jusqu'au sophisme : à vrai dire et à penser juste, un démocrate ne peut qu'être républicain et un républicain démocrate. Les deux engagements sont indissociables, et je vous explique pourquoi :
Qu'est-ce que la république ? Étymologiquement c'est la chose publique, l'intérêt général. Qu'est-ce que la démocratie ? C'est le pouvoir du peuple. On voit bien, pris à leur racine, que les concepts ne se contredisent pas mais se complètent, s'imbriquent. L'intérêt général s'assimile à la volonté majoritaire du peuple, la volonté du peuple (que Jean-Jacques Rousseau appelle "volonté générale") exprime l'intérêt général. Un républicain qui n'est pas démocrate, c'est une absurdité, un non sens, une impossibilité ou bien un jeu de mots. Idem pour un démocrate pas républicain : François Hollande est donc autant l'un que l'autre, ni plus ni moins l'un que l'autre.
Henri Guaino étaie sa démonstration par quatre exemples concrets qui prouveraient selon lui que François Hollande n'est pas républicain. Je veux les reprendre et y répondre un par un :
1- Hollande n'a pas voté la loi interdisant la burka. Est-ce que les républicains d'autrefois ont interdit la soutane ou le voile pour les religieux catholiques ? Non, ce qui ne les empêchait pas d'être de scrupuleux républicains. Interdire ou ne pas interdire la burka n'est pas ce qui établit une séparation entre républicain et non républicain. Quand les cas sont peu nombreux, quand la persuasion est préférable à la sanction, quand il y a un risque de stigmatiser une communauté, on ne fait pas appel à la loi, ce n'est pas un comportement non républicain pour autant.
2- Hollande soutient "les pédagogistes de gauche qui ont détruit l'autorité du maître", dixit Guaino. Non, l'autorité du maître n'est pas "détruite" mais elle a changé parce que la société a changé, qu'on le regrette ou qu'on s'en réjouisse. Les pédagogues ("pédagogistes" est un terme polémique qui ne veut rien dire) essaient de repenser une autorité scolaire qui soit conforme aux besoins des élèves d'aujourd'hui. On peut être en désaccord avec cette perspective, on peut rêver à l'école de grand-papa, on ne peut pas sérieusement qualifier cette démarche de non républicaine.
3- Hollande s'est opposé à la suppression des IUFM, qui d'après Guaino n'était pas en accord avec la République. C'est vraiment pousser le bouchon très loin : les enseignants ont besoin de formation et de formateurs, qu'ils trouvaient dans les IUFM, peut-être mal, peut-être insuffisamment. Mais je ne vois pas en quoi leur absence, leur disparition sont particulièrement républicaines !
4- Hollande est favorable à la charte des langues vivantes et minoritaires. Et c'est cette position qui mettrait la République en danger ? Bien sûr que celle-ci est une et indivisible, bien sûr que la langue française est le ciment de la communauté nationale. Mais il n'y a pas péril en la demeure à favoriser l'expression et l'éducation des langues régionales !
Henri Guaino oppose une gauche républicaine (Chevènement, Mélenchon) à une gauche qui ne le serait pas parce que communautariste et soixante-huitarde. Le raisonnement ne tient pas : Jean-Luc Mélenchon est tout autant soixante-huitard que républicain et François Hollande n'est pas communautariste parce qu'il défend par exemple, en accord avec toute la gauche, le droit de vote pour les immigrés aux élections locales.
Et puis une gauche non républicaine serait par la force des choses une gauche anti-républicaine : on peut sans doute faire des reproches au candidat socialiste, pas celui d'être hostile à la République ! De droite ou de gauche, chacun selon sa sensibilité est républicain, François Hollande y compris, et c'est très heureux ainsi. Il n'y a qu'une triste exception : le Front national, dont les idées, les références et l'histoire ne sont pas en phase avec les traditions républicaines.
samedi 28 janvier 2012
L'homme de fer.
En regardant François Hollande jeudi soir à la télévision, j'ai pensé à Lionel Jospin. Non pas parce qu'ils se ressemblent : au contraire, ces deux candidats socialistes à la présidentielle sont opposés. Mais parce que j'ai compris pourquoi l'un avait perdu en 2002 et pourquoi l'autre pouvait gagner en 2012. Le déclic est venu d'une petite phrase, d'une image : à la question de savoir si Hollande avait l'impression de fendre l'armure comme Jospin dix ans auparavant, il a répondu que non, qu'il n'avait pas fendu mais revêtu l'armure. C'est là où j'ai tout compris.
En politique, il ne faut pas fendre l'armure. D'abord une armure ça ne se fend pas, ce n'est pas le bois qu'abattent les bûcherons, c'est du métal. Et puis une armure c'est un vêtement de guerre, une protection contre les coups durs : la politique en a l'utilité, elle ne peut pas s'en priver. Le jour où Lionel Jospin a déclaré avoir fendu l'armure, il a sans doute complu à la psychologie qui nous demande de nous livrer, mais sûrement pas à la politique qui exige de se dissimuler (François Mitterrand le savait et le faisait très bien). L'animal politique est une bête à carapace. Le roi n'est jamais nu, sinon il devient vulnérable. Jospin en 2002 a cédé à tous ceux qui le présentaient idiotement comme un psycho-rigide. Il est mort au moment même où il a renoncé à l'armure.
François Hollande a en tête cette défaite-là, comme il a en tête la victoire de François Mitterrand en 1981. On le présentait comme mou, indécis, arrangeant ? Son physique de petit gros jovial renforçait cette fausse opinion ? Il s'est transformé en homme de fer, en homme de guerre, il a enfilé l'armure comme d'autres rechargent leur fusil ou montent sur leur cheval. Hollande sait que le combat sera rude, il se doit d'être chevalier à fléau et bouclier.
Comme au Moyen Age, il a situé l'affrontement au niveau de l'honneur, celui qu'aurait Nicolas Sarkozy à ne pas vouloir perdre et le sien sans doute à vouloir gagner. Il se sent porté, c'est certain, et nous le sentons aussi avec lui depuis quelques jours : François Hollande a désormais la possibilité de devenir président de la République. Mais rien n'est fait, tout peut encore basculer dans les prochaines semaines. La droite lui reproche son arrogance. Elle a tout faux, elle confond arrogance et assurance, prétention et fierté.
L'armure de François Hollande, c'est aussi ce corps qu'il a libéré des mauvaises graisses, qu'il a forgé par la volonté, qu'il a en quelque sorte sculpté pour la bataille médiatique. Nombre de Français(e)s se reconnaîtront dans cet effort-là, à l'heure des régimes alimentaires et sportifs qui eux aussi sont de fer. Ridicule ou secondaire ? Non, la politique exige de se durcir de corps et d'esprit. Pour lutter contre l'adversaire et le vaincre, il faut commencer par se vaincre et se dominer. Être soi-même, comme nous y invite la psychologie moderne, ça ne veut rien dire : on n'est jamais soi-même quand les autres sont là, devant nous, contre nous. Même devant le miroir, on n'est pas vraiment soi-même. Rien ne vaut décidément une bonne vieille armure pour face face à la vie et aux échéances politiques, sans oublier une lance et une épée à ses côtés.
En politique, il ne faut pas fendre l'armure. D'abord une armure ça ne se fend pas, ce n'est pas le bois qu'abattent les bûcherons, c'est du métal. Et puis une armure c'est un vêtement de guerre, une protection contre les coups durs : la politique en a l'utilité, elle ne peut pas s'en priver. Le jour où Lionel Jospin a déclaré avoir fendu l'armure, il a sans doute complu à la psychologie qui nous demande de nous livrer, mais sûrement pas à la politique qui exige de se dissimuler (François Mitterrand le savait et le faisait très bien). L'animal politique est une bête à carapace. Le roi n'est jamais nu, sinon il devient vulnérable. Jospin en 2002 a cédé à tous ceux qui le présentaient idiotement comme un psycho-rigide. Il est mort au moment même où il a renoncé à l'armure.
François Hollande a en tête cette défaite-là, comme il a en tête la victoire de François Mitterrand en 1981. On le présentait comme mou, indécis, arrangeant ? Son physique de petit gros jovial renforçait cette fausse opinion ? Il s'est transformé en homme de fer, en homme de guerre, il a enfilé l'armure comme d'autres rechargent leur fusil ou montent sur leur cheval. Hollande sait que le combat sera rude, il se doit d'être chevalier à fléau et bouclier.
Comme au Moyen Age, il a situé l'affrontement au niveau de l'honneur, celui qu'aurait Nicolas Sarkozy à ne pas vouloir perdre et le sien sans doute à vouloir gagner. Il se sent porté, c'est certain, et nous le sentons aussi avec lui depuis quelques jours : François Hollande a désormais la possibilité de devenir président de la République. Mais rien n'est fait, tout peut encore basculer dans les prochaines semaines. La droite lui reproche son arrogance. Elle a tout faux, elle confond arrogance et assurance, prétention et fierté.
L'armure de François Hollande, c'est aussi ce corps qu'il a libéré des mauvaises graisses, qu'il a forgé par la volonté, qu'il a en quelque sorte sculpté pour la bataille médiatique. Nombre de Français(e)s se reconnaîtront dans cet effort-là, à l'heure des régimes alimentaires et sportifs qui eux aussi sont de fer. Ridicule ou secondaire ? Non, la politique exige de se durcir de corps et d'esprit. Pour lutter contre l'adversaire et le vaincre, il faut commencer par se vaincre et se dominer. Être soi-même, comme nous y invite la psychologie moderne, ça ne veut rien dire : on n'est jamais soi-même quand les autres sont là, devant nous, contre nous. Même devant le miroir, on n'est pas vraiment soi-même. Rien ne vaut décidément une bonne vieille armure pour face face à la vie et aux échéances politiques, sans oublier une lance et une épée à ses côtés.
Aux arbres Saint-Quentinois !
Un lancement de campagne, c'est un moment important et même solennel dans la vie d'un parti politique. Un style, un ton, une ambiance s'installent à partir de là. C'était le cas ce matin pour les socialistes saint-quentinois, réunis dans leur local rue de Théligny pour la présentation des voeux et le début de la campagne législative d'Anne Ferreira. Les trois secrétaires de section, Jean-Luc Letombe, Jacques Héry et Jean-Pierre Lançon ont surtout dénoncé dans leurs interventions respectives la politique de Nicolas Sarkozy et de Xavier Bertrand. Jean-Luc a fait une étude fouillée de la présence de l'UMP sur l'internet, Jacques a notamment mis l'accent sur le danger de l'extrême droite.
La prise de parole la plus originale et sans doute la plus marquante de la cérémonie a été celle de Jean-Pierre Lançon. D'abord parce qu'elle a fait monter de plusieurs décibels le volume sonore des discours. Ensuite parce qu'elle a démarré par un petit jeu, cassant le déroulé habituel d'une présentation des voeux : il fallait deviner trois voeux, les gagnants repartaient avec le badge de campagne de François Hollande. J'ai deviné les deux premiers (victoire de François Hollande, victoire d'Anne Ferreira) mais pas le troisième (je ne me souviens d'ailleurs plus de la réponse).
Mais l'originalité ne s'est pas arrêtée là puisque Jean-Pierre, comme Yannick Noah au Bourget, a entonné quelques paroles de la chanson "Aux arbres citoyens", invitant le public à reprendre avec lui, se déplaçant dans la salle en une sorte de danse, à la façon d'un showman. Joignant le geste à la parole, il a effectué avec les bras mis à l'horizontal et en parallèle deux signes qui paraît-il symbolisent l'égalité (les bras ne bougent pas) et le changement (les bras remuent, toujours en position horizontale et parallèle). L'ampleur des gestes et la puissance de l'organe vocal ont fait pendant quelques secondes reculer Anne Ferreira, peut-être elle-aussi surprise par la démonstration. J'avoue que je ne connaissais pas cette sémiotique. Peut-être que dans les prochaines semaines les Saint-Quentinois se reconnaîtront dans les rues par cette petite chorégraphie politique qui célèbre avec bonheur l'égalité et le changement.
Quand la parole a été donnée à Anne, il était difficile de faire mieux en termes d'accroche du public. La voix douce a immédiatement tranché sur la virulence précédente. La cérémonie a pris un tour plus classique, Anne Ferreira rappelant combien elle pouvait compter sur nous tous pour la conduire à la victoire, en signalant la présence à ses côtés de Nora Ahmed-Ali, conseillère municipale d'opposition EELV. La chanson de Noah a dû aller droit au coeur de l'écologiste. "Aux arbres Saint-Quentinois", c'est peut-être le slogan de demain.
La prise de parole la plus originale et sans doute la plus marquante de la cérémonie a été celle de Jean-Pierre Lançon. D'abord parce qu'elle a fait monter de plusieurs décibels le volume sonore des discours. Ensuite parce qu'elle a démarré par un petit jeu, cassant le déroulé habituel d'une présentation des voeux : il fallait deviner trois voeux, les gagnants repartaient avec le badge de campagne de François Hollande. J'ai deviné les deux premiers (victoire de François Hollande, victoire d'Anne Ferreira) mais pas le troisième (je ne me souviens d'ailleurs plus de la réponse).
Mais l'originalité ne s'est pas arrêtée là puisque Jean-Pierre, comme Yannick Noah au Bourget, a entonné quelques paroles de la chanson "Aux arbres citoyens", invitant le public à reprendre avec lui, se déplaçant dans la salle en une sorte de danse, à la façon d'un showman. Joignant le geste à la parole, il a effectué avec les bras mis à l'horizontal et en parallèle deux signes qui paraît-il symbolisent l'égalité (les bras ne bougent pas) et le changement (les bras remuent, toujours en position horizontale et parallèle). L'ampleur des gestes et la puissance de l'organe vocal ont fait pendant quelques secondes reculer Anne Ferreira, peut-être elle-aussi surprise par la démonstration. J'avoue que je ne connaissais pas cette sémiotique. Peut-être que dans les prochaines semaines les Saint-Quentinois se reconnaîtront dans les rues par cette petite chorégraphie politique qui célèbre avec bonheur l'égalité et le changement.
Quand la parole a été donnée à Anne, il était difficile de faire mieux en termes d'accroche du public. La voix douce a immédiatement tranché sur la virulence précédente. La cérémonie a pris un tour plus classique, Anne Ferreira rappelant combien elle pouvait compter sur nous tous pour la conduire à la victoire, en signalant la présence à ses côtés de Nora Ahmed-Ali, conseillère municipale d'opposition EELV. La chanson de Noah a dû aller droit au coeur de l'écologiste. "Aux arbres Saint-Quentinois", c'est peut-être le slogan de demain.
vendredi 27 janvier 2012
La mutation Hollande.
L'émission d'hier, Des paroles et des actes avec François Hollande, m'a totalement satisfait : un parfait social-démocrate, réaliste, sans surenchère ni démagogie, chiffrant rigoureusement son programme. Une seule toute petite critique : un langage parfois trop techno, pas assez peuple. Mais je veux aborder cette intervention télévisée sous un autre angle auquel on ne pense pas : la mutation de la culture de gauche qu'elle provoque. Sur trois points fondamentaux, il y a rupture avec les habitudes socialistes :
1- Le je au lieu de nous : la culture de gauche est fortement collective, elle se méfie autant de l'individualisme que de la personnalisation, elle a parfois du mal avec les notions de chef ou de leader (je parle ici de la culture socialiste de base). Je me souviens, il y a dix ans, d'une réunion de section où je posais la question (récurrente à Saint-Quentin) du leader. A quoi mes camarades ont répondu que chacun militant à son niveau était leader du socialisme, que nous n'avions pas besoin de patron, notion de droite. François Hollande rompt avec ce tropisme égalitariste, dit je, se met en scène, personnalise, assume une certaine solitude d'autant plus facilement qu'il n'a jamais été le représentant d'un courant au sein du parti.
2- Le pour au lieu du contre : la culture de gauche est spontanément anti, critique, protestataire, ce qui a son charme et son utilité mais aussi ses limites. On a vu en 2007 combien l'antisarkozysme était une impasse. François Hollande rompt spectaculairement avec cette posture qui est aussi une facilité. Il va jusqu'à refuser de prononcer le nom de son adversaire, ne s'adressant qu'aux Français, se concentrant sur son projet. Le socialisme traditionnel se définit essentiellement contre, la social-démocratie de François Hollande se prononce pour. C'est culturellement assez nouveau à gauche.
3- Le dirigeant au lieu de l'opposant : ce qui m'a beaucoup marqué dans l'émission d'hier soir, c'est que François Hollande se comportait comme s'il avait déjà gagné, comme s'il était dès maintenant président de la République. C'était impressionnant. Alain Juppé a parlé d' "arrogance". Mais non, Hollande n'a rien d'une personnalité arrogante ! Se mettre en situation, faire comme si on exerçait le pouvoir, penser et agir en conséquence, ce n'est pas de l'arrogance, c'est de la bonne méthode, de la pédagogie politique. On ne gagne que si on a un moral et un comportement de gagnant ! Ce n'est pas de l'anticipation (impossible) mais une utile disposition d'esprit. La victoire précède le combat alors qu'on croit faussement qu'elle en est la conséquence. François Hollande nous apprend ça : en politique il ne faut pas réfléchir et réagir en opposant mais en dirigeant, surtout quand on est dans l'opposition.
Cette mutation historique dans la culture de gauche aura des retombées dans tout le parti, y compris j'espère dans la gauche saint-quentinoise : que ses représentants assument pleinement leur rôle de leaders, énergiques et mobilisateurs, sans craindre la personnalisation et la médiatisation ; qu'ils cessent de se définir en opposition à Pierre André et Xavier Bertrand mais parlent d'eux-mêmes, de leurs actions, de leur projets ; qu'ils se comportent en futurs dirigeants, qu'ils fassent sentir que dans leurs rangs se trouvent le futur député et maire de Saint-Quentin, les adjoints et conseillers généraux de demain. Ne reste-t-il pas encore quatre jours pour présenter ses voeux ?
1- Le je au lieu de nous : la culture de gauche est fortement collective, elle se méfie autant de l'individualisme que de la personnalisation, elle a parfois du mal avec les notions de chef ou de leader (je parle ici de la culture socialiste de base). Je me souviens, il y a dix ans, d'une réunion de section où je posais la question (récurrente à Saint-Quentin) du leader. A quoi mes camarades ont répondu que chacun militant à son niveau était leader du socialisme, que nous n'avions pas besoin de patron, notion de droite. François Hollande rompt avec ce tropisme égalitariste, dit je, se met en scène, personnalise, assume une certaine solitude d'autant plus facilement qu'il n'a jamais été le représentant d'un courant au sein du parti.
2- Le pour au lieu du contre : la culture de gauche est spontanément anti, critique, protestataire, ce qui a son charme et son utilité mais aussi ses limites. On a vu en 2007 combien l'antisarkozysme était une impasse. François Hollande rompt spectaculairement avec cette posture qui est aussi une facilité. Il va jusqu'à refuser de prononcer le nom de son adversaire, ne s'adressant qu'aux Français, se concentrant sur son projet. Le socialisme traditionnel se définit essentiellement contre, la social-démocratie de François Hollande se prononce pour. C'est culturellement assez nouveau à gauche.
3- Le dirigeant au lieu de l'opposant : ce qui m'a beaucoup marqué dans l'émission d'hier soir, c'est que François Hollande se comportait comme s'il avait déjà gagné, comme s'il était dès maintenant président de la République. C'était impressionnant. Alain Juppé a parlé d' "arrogance". Mais non, Hollande n'a rien d'une personnalité arrogante ! Se mettre en situation, faire comme si on exerçait le pouvoir, penser et agir en conséquence, ce n'est pas de l'arrogance, c'est de la bonne méthode, de la pédagogie politique. On ne gagne que si on a un moral et un comportement de gagnant ! Ce n'est pas de l'anticipation (impossible) mais une utile disposition d'esprit. La victoire précède le combat alors qu'on croit faussement qu'elle en est la conséquence. François Hollande nous apprend ça : en politique il ne faut pas réfléchir et réagir en opposant mais en dirigeant, surtout quand on est dans l'opposition.
Cette mutation historique dans la culture de gauche aura des retombées dans tout le parti, y compris j'espère dans la gauche saint-quentinoise : que ses représentants assument pleinement leur rôle de leaders, énergiques et mobilisateurs, sans craindre la personnalisation et la médiatisation ; qu'ils cessent de se définir en opposition à Pierre André et Xavier Bertrand mais parlent d'eux-mêmes, de leurs actions, de leur projets ; qu'ils se comportent en futurs dirigeants, qu'ils fassent sentir que dans leurs rangs se trouvent le futur député et maire de Saint-Quentin, les adjoints et conseillers généraux de demain. Ne reste-t-il pas encore quatre jours pour présenter ses voeux ?
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