dimanche 7 juin 2015

Où ?



Non, je n'étais pas cet après-midi au Futuroscope, en marge du congrès socialiste de Poitiers, même si la structure y fait un peu penser (vignette 1). Pas de jeunes loups ni de requins de la politique, mais d'inoffensifs poissons curieusement au dessus de ma tête (vignette 2). Parmi les oeuvres visitées, je dédie celle-ci (Militant, vignette 3) à tous mes camarades, et celle-là à notre aile gauche (Class War, vignette 4). Mais où étais-je donc ? Je compte sur votre habituelle sagacité pour me le dire.

samedi 6 juin 2015

Les dégoûtés et les dégoûtants



A l'heure où le PS tient congrès à Poitiers, Libé d'aujourd'hui pose la question qui tue : Les partis politiques, c'est fini ? (couverture, en vignette). Le quotidien est allé faire un tour du côté des sections, dont celle d'Amiens Nord, et ce n'est pas beau à voir : désertion, démotivation, voilà l'ambiance générale. Mais est-ce si nouveau que ça ? Il y a une dizaine d'années, le décalage avec la population était déjà perceptible, le recrutement difficile, et surtout sociologiquement restreint. Disons que la crise s'est amplifiée, qu'un type ancien d'organisation est entré dans sa phase terminale.

Pourtant, je ne pense pas du tout que les partis politiques soient finis, comme le laisse entendre Libération. Ils sont l'un des piliers de la République, et je ne vois vraiment pas par quoi on pourrait les remplacer. La démocratie directe ? Non, c'est un slogan, je n'y crois pas. En revanche, les partis doivent absolument se transformer, s'ils ne veulent pas mourir et faire mourir notre système politique, au profit détestable de l'extrême droite. Leur langage doit changer : il est trop codé. Leur implantation doit s'élargir à toutes les classes sociales, surtout le PS en direction des milieux populaires. Les méthodes doivent être différentes, il faut en finir avec les rapports de forces internes autour d'une table de cuisine. Les têtes ne peuvent plus être les mêmes : des candidats qui traînent depuis 30 ans et plus leur candidature à tous les étages, c'est sûrement très bien pour eux, mais c'est très mauvais pour le collectif.

Manuels Valls, aujourd'hui à Poitiers, a fait mentir le pessimisme de Libé : J'aime les socialistes, s'est-il exclamé, provoquant une salve d'applaudissements. Malin, le Manuel : qu'est-ce qu'attend n'importe quel être humain pour se mettre de votre côté ? Qu'on lui dise qu'on l'aime ! C'est bête comme chou, c'est vieux comme le monde. Finalement, c'est aussi simple que ça, la politique : dire aux gens qu'on les aime. Bon, je suis moi aussi optimiste, mais j'ai des inquiétudes et des réserves : un parti, ça ne change pas du jour au lendemain. Et puis, on parle sans cesse de ceux qui délaissent la politique, et jamais de ceux qui restent. A ce propos, je porte toujours sur moi, dans un petit carnet de mes maximes préférées, cette formule attribuée à Pierre Mauroy, qui fait réfléchir mais qui fait peur : "Quand tous les dégoûtés seront partis, il ne restera plus que les dégoûtants". Nous y sommes, et pour eux, c'est la fête : moins les militants sont nombreux, plus les places sont faciles à se répartir. La rénovation, oui, mais tout de suite, et vite.

vendredi 5 juin 2015

La preuve par les lunettes



Le congrès socialiste ouvre ses portes à Poitiers aujourd'hui. Hier, L'Obs paraissait avec ce titre étonnant : Le PS est-il de droite ? Il y a quelques années, la question aurait été plus prudente : Le PS est-il de gauche ? L'Humanité s'interrogerait ainsi que je ne serais pas surpris. Mais qu'un magazine longtemps rocardien, jusqu'à nos jours très réformiste, le fasse, oui c'est étonnant. Mais surtout c'est faux, entièrement faux, pour quatre raisons :

1- La couverture est parlante : François Hollande en lunettes de soleil, fin sourire, un peu mauvais genre (voir vignette). Je suppose que c'est ainsi que l'hebdomadaire se représente l'homme de droite, infréquentable, que serait devenu le chef de l'Etat, et qui rappelle Nicolas Sarkozy, dans la frime, le célèbre bling bling. Ok, on veut nous refaire le coup avec Hollande, mais ça ne marche pas du tout : à l'inverse, en termes d'image, notre président apparait comme mal attifé, costume bas de gamme (pour un homme de son rang), cravate de traviole et saucé en l'absence de parapluie. Voilà maintenant qu'on voudrait nous faire croire le contraire, et c'est un news de gauche qui le prétend ! Tant que L'Obs aura cette preuve-là à exhiber, les socialistes pourront dormir tranquilles, c'est qu'on n'a pas grand-chose à reprocher à leur leader.

2- Sur le fond, je sais reconnaitre ma gauche de ma droite, et n'importe qui avec moi, à part les esprits confus, les ignorants et les fourbes. Je pourrais facilement reprendre point par point les réformes du gouvernement et démontrer qu'elles sont différentes, très différentes de ce qu'ont fait ou de ce que proposent les partis de droite. Je n'y reviens pas, reportez-vous aux nombreux billets de ce blog.

3- Le PS prétendument de droite, c'est une vieille histoire, une très ancienne calomnie, aussi ancienne que le Parti socialiste. Dès la scission communiste en 1920 à Tours, les socialistes ont été rejetés à droite, en des termes infiniment plus violents qu'aujourd'hui. Ce n'était pas de simples lunettes de soleil qu'on reprochait à Léon Blum, mais carrément de manger dans de la vaisselle en or ! L'anti-socialisme contemporain a faibli, il me déçoit.

4- Non, le Parti socialiste n'est plus de gauche comme il l'était il y a quelques décennies. La grande nouveauté, c'est qu'il est devenu, depuis un certain temps déjà, social-démocrate (social-libéral, disent ces adversaires, de l'extérieur et de l'intérieur). Or, pour les petites têtes, qui voient les choses de loin et donc mélangent tout, gauche social-démocrate et droite libérale, c'est la même chose. Tout cela étant idiot, le plus simple est encore de montrer Hollande en lunettes sarkozystes, et le tour est joué. Pas grave : Jaurès, Blum, Mitterrand, tous sont passés par ce genre d'accusation, même dans l'opposition. Alors ...

jeudi 4 juin 2015

L'islam n'est pas un problème



La première réunion collective du nouveau parti Les Républicains, ex-UMP, s'est tenue aujourd'hui, sur le thème de l'islam. En démocratie, on peut débattre de tout, il n'y a pas de tabou, et je suis friand de confrontations sur de multiples sujets. De nombreux lieux de dialogue et d'affrontement des idées existent, clubs, associations, médias etc, et c'est très bien. Mais un parti politique, c'est autre chose : il ne se réunit pas pour d'aimables échanges entre intellectuels, ce n'est pas un colloque universitaire ou savant. Le choix de l'ordre du jour est nécessairement politique ; il vise un objectif, il s'adresse à l'opinion, il délivre un message. Le contenu a moins d'importance que la forme.

C'est pourquoi l'initiative de Nicolas Sarkozy me semble malheureuse. Elle sous-entend que l'islam en France poserait un problème, qui mériterait de figurer en tête des sujets à aborder. Je pense que c'est faux, que la communauté musulmane dans notre pays ne soulève aucune difficulté qui exigerait d'en faire une préoccupation publique majeure. Vous me répondrez peut-être que les Français ne le voient pas comme ça et sont inquiets. Je ne sais pas, je ne me permets jamais de parler au nom des autres, encore moins au nom de tous les autres. Et puis, la responsabilité d'un parti politique n'est pas de suivre forcément l'opinion (qui peut se tromper), mais de la guider. La tenue de cette réunion politique sur l'islam est donc un mauvais exemple.

Nicolas Sarkozy, président de la République, avait déjà initié un débat comparable, autour de l'identité nationale, qui n'avait pas fait long feu. La politique, ce sont quelques grands chapitres sur lesquels les partis doivent se prononcer : l'emploi, l'économie, l'école, la santé, la retraite, les transports, le logement, quelques autres sans doute, mais pas beaucoup plus. L'islam n'en fait pas partie. Je ne crois pas que nos concitoyens de confession musulmane soient très satisfaits d'un tel honneur qu'on leur fait, qui n'en est pas un.

mercredi 3 juin 2015

Marre du burn-out



L'Assemblée nationale n'a pas retenu hier l'amendement Hamon, qui visait à inscrire, dans le texte de loi sur le dialogue social, la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle. Jean-Christophe Cambadélis a habilement amadoué l'ancien et rapide ministre de l'Education nationale, en lui disant que le burn-out méritait mieux qu'un simple amendement, à revoir ultérieurement. Ah ces ex-lambertistes, ils n'ont pas leur pareil pour régler un problème en trouvant une solution dont même la victime se félicite ! Ce qui a motivé le refus du groupe parlementaire et du gouvernement, c'est bien sûr le financement : faire rembourser par la Sécu le burn-out serait mal venu en cette période, déjà longue, de déficit abyssal. Ceci dit, ce burn-out très à la mode mérite une critique plus serrée :

D'abord, c'est une maladie qui nous vient des Etats-Unis, du moins son concept. Je ne suis pas anti-américain, mais je suis prudent, je m'interroge : la civilisation outre-atlantique n'est pas en reste en matière d'aberrations ; elle a produit son lot d'approximations pseudo-scientifiques. Si l'on veut parler, par burn-out, de surmenage à la suite d'un travail excessif, qu'on le dise, sans causer américain. Si l'on veut désigner une dépression ou une névrose, au sens psychanalytique du terme, là aussi soyons clairs et employons les mots justes. La vérité, tellement gênante que personne n'ose l'évoquer, c'est que le burn-out n'a strictement aucun fondement scientifique, n'est répertorié dans aucune liste sérieuse des pathologies humaines.

Ensuite, le burn-out a quelque chose de moralement indécent. C'est le trouble psychologique de ceux qui ont la chance d'avoir un boulot, dans une France qui a cinq millions de chômeurs, au bas mot. J'aimerais qu'on s'occupe aussi et surtout des souffrances mentales de ces derniers, dont on ne parle jamais. Il y a une forme d'ironie à se focaliser sur les victimes du travail, alors que le problème prioritaire et majoritaire est celui des victimes du chômage. Le burn-out, c'est un malaise très middle class : allez voir un ouvrier, si vous en connaissez, parlez-lui de burn-out, il vous rira au nez.

Enfin, le burn-out est une façon de psychologiser indument les problèmes sociaux, comme si le problème était dans la tête. Autrefois, il y a quelques décennies, on dénonçait avec raison les "cadences infernales", les pressions patronales sur le travail, son organisation excessivement disciplinaire. La solution alors était économique et politique, pas psychologique. Vouloir inscrire le burn-out dans la liste des maladies professionnelles, c'est individualiser la souffrance, la soustraire à toute analyse collective, renoncer à changer l'entreprise en se souciant des soins à la personne. Il est singulier qu'un socialiste qui se croit plus socialiste que la moyenne des socialistes défende une mesure dans l'air du temps, d'inspiration américaine, plus soucieuse des classes moyennes supérieures que des classes populaires, étrangère à toute contestation sociale des structures du travail.

Ma dernière réticence à l'égard du burn-out, c'est qu'il laisse entendre, même si ce n'est pas forcément son idée initiale, qu'il y aurait quelque chose d'anormal dans la fatigue au travail. Pour moi, un vrai boulot est crevant, et la soumission à une hiérarchie, à un rendement, est inévitable. Je crains qu'à la condamnation légitime des excès, on en vienne à celle du travail en lui-même, qui ne peut faire l'économie de l'effort. L'exigence de confort, qui est quand même celui de nos classes moyennes contemporaines, qui ne savent plus grand chose de la dureté du travail d'autrefois, abonde dans le sens du burn-out, finalement un souci petit-bourgeois.

mardi 2 juin 2015

Le changement du PS, c'est maintenant



Au congrès du Parti socialiste, qui atteindra son point culminant ce week-end en se réunissant à Poitiers, les événements les plus importants ne sont pas forcément les plus visibles. Qui sait que les adhérents se sont prononcés sur une réforme des statuts en 14 points ? Cette réorganisation passée inaperçue est pourtant fondamentale, plus importante que la réélection de Jean-Christophe Cambadélis ou la confirmation de la ligne social-démocrate. Modifier les statuts d'une formation politique, c'est toucher au coeur de son dispositif. L'actuelle réforme, en apparence, ne va pas très loin, semble purement administrative : en réalité, elle est porteuse de profonds changements à terme. L'évolution du parti ne fait que commencer. Sur les 14 points, j'en ai retenu 3 qui me paraissent significatifs :

1- La suppression de la présentation en section
. Jusqu'ici, un postulant à l'adhésion devait passer devant les militants, exposer ses motivations, à l'issue de quoi un vote admettait ou rejetait la demande. En tant que secrétaire de section, j'ai présidé durant quelques années à cette petite cérémonie, qui tenait à la fois, dans le principe, de l'admission en loge maçonnique et de la réception au Rotary Club : bourgeois de gauche et bourgeois de droite ont leurs rites respectifs d'appartenance. L'idée est celle de la cooptation : il faut passer par le filtre éclairé (ou intéressé) des militants. Dans beaucoup de sections, ce n'était qu'une formalité, parfois carrément abandonnée : il n'empêche que cette démarche en disait long, symboliquement, sur la représentation qu'on se faisait du parti, supposant que pour être socialiste, il convenait de donner des preuves, dont jugeaient impérialement les adhérents en place, chargés de mesurer la pureté et la sincérité des demandeurs. Généralement, la procédure servait à verrouiller une section, pour éviter la présence des inopportuns. C'en est fini, et c'est heureux : l'adhésion se fera désormais directement. On devient socialiste par volonté, en conscience, et pas à travers l'approbation d'un cénacle dont les intentions peuvent être douteuses. Le Parti socialiste a besoin de recruter, pas de trier.

2- La création d'adhérents thématiques. A nouveau, c'est une excellente initiative. La société étant ce qu'elle est, on ne peut plus guère imaginer un adhérent à l'ancienne, qui cotise, colle, tracte, se tait et accepte tout (militant vient de militaire : obéissance et discipline). Ce temps-là, à tort ou à raison, est terminé. D'autant que la soi-disant pureté militante était sujette à caution : combien d'élus incitaient leurs employés à adhérer, pour s'assurer une clientèle, qui n'était socialiste que de carte, et pas de coeur ? Combien de courants, de toute sensibilité d'ailleurs, recrutaient selon la loi du sang, et pas du sol, et encore moins de conviction ? La préférence familiale ou amicale, là aussi, garantissait des soutiens à peu près fiables, qu'il suffisait de siffler au moment des votes d'investiture. Etonnez-vous, après, que la moitié des socialistes ne participent pas aux votes de congrès : ce sont des moitiés de socialistes, par convenance personnelle plus que par idéologie. La réforme statutaire envisage des adhésions ponctuelles, sur des sujets précis, où l'objectif est de faire profiter le PS de l'expertise de chacun, au lieu de les transformer en braves petits soldats. Ceux qui sont visés, qu'il faut mobiliser, ce sont les sympathisants, dont le vivier est important.

3- Le regroupement des sections. Le Parti socialiste a été, il y a une quinzaine d'années, l'initiateur de l'intercommunalité. Il a été, il y a quelques mois, le créateur de nouvelles régions. Et les sections du parti restent accrochées à l'échelon communal, comme les moules sur leur rocher ! La réforme des statuts encourage le regroupement des sections. Elle renforce aussi l'échelon régional, quasiment inexistant aujourd'hui.

La rénovation du Parti socialiste est donc en marche. Elle sera longue et difficile, mais elle se fera. Changer les statuts est une chose, relativement facile ; mais changer les mentalités en est une autre, qui prendra beaucoup de temps, qui suscitera des résistances. Mais voyez les primaires citoyennes : il n'y a pas si longtemps, elles auraient fait hurler ; aujourd'hui, plus personne n'ose les contester. Le cours irrémédiable des choses emporte tout et fait taire les plus gueulards.

lundi 1 juin 2015

Anarcho-fascisme



L'affaire pourrait sembler anecdotique et ne pas mériter réflexion. Je pense tout le contraire. Samedi soir, à Namur, Bernard-Henri Lévy a reçu à la figure une tarte à la crème, lancée par Noël Godin, qui se présente comme un "anarcho-humoriste". Son geste avait pour but de venger le dessinateur Siné, que le philosophe a accusé d'antisémitisme. Ce n'est pas la première fois que cet acte se produit : BHL en a été la victime une dizaine de fois, depuis une trentaine d'années !

Notre première réaction, c'est d'en rire : la tarte à la crème est le numéro préféré du clown, on ne voit pas de mal à ça, il n'y a pas mort d'homme. "C'est pour rire", comme on dit, pour se dédouaner. La rigolade fait passer bien des choses. Et puis, seconde réaction, on en vient à penser que ce Bernard-Henri Lévy l'a bien cherché, sinon mérité, à force de s'exposer dans les médias, de donner son avis sur tout, de fréquenter et de conseiller les puissants de ce monde.

Je ne partage pas du tout ce point de vue, qui en réalité m'effraie. D'abord, tarte à la crème ou pas, une agression est une agression. Quel que soit son motif, la scène est violente, renforcée par le harcèlement, l'obsession de Godin. Une fois, pourquoi pas, mais contrairement à la formule, il n'y a pas de comique de répétition. En tout cas pas celui-là. Nous ne sommes plus, à l'évidence, dans le registre de l'humour, ni même du burlesque, mais dans l'humiliation, l'acharnement. L'objectif est de ridiculiser, de rabaisser, de dégrader. Dans ce rire-là, il n'y a ni joie, ni bonhommie, souvent présentes dans la franche rigolade : non, je sens le mépris, la haine.

Mais mon inquiétude est encore plus profonde : Noël Godin, par son geste d'entarteur (sic), rejette et empêche tout débat. BHL est certainement un personnage contestable : alors, utilisons les mots et les arguments pour le contester. La réaction qu'il suscite renvoie au ressentiment : quand on est beau, riche, célèbre et intelligent (quoiqu'on pense de ses idées et de ses engagements), on provoque la rancoeur, la jalousie et des réactions irrationnelles. La pire des facilités et des bassesses, c'est de chercher à mettre les rieurs de son côté. J'admets la provocation, l'irrévérence et l'ironie, je ne suis pas le dernier à les pratiquer. Mais dans l'affaire Godin/BHL, nous avons affaire à autre chose, nous entrons dans une dimension toute différente. Oui, c'est terrible à dire : le rire aussi peut être fasciste.