jeudi 6 juin 2013

Tout un symbole



Le café philo de ce soir portera sur la question : à quoi servent les symboles ? Lorsque qu'on dit d'une action qu'elle est symbolique, c'est pour diminuer son importance, suggérant ainsi que le symbole serait chose de peu de valeur. Comme un fait exprès, je tombe ce matin sur une affiche du parti communiste, à haute valeur symbolique (en vignette, à l'angle de la rue de Paris et de la rue du Printemps). Elle annonce la prochaine fête des Libertés, traditionnellement organisée par la section de Saint-Quentin.

Que voit-on ? Deux étranges personnages sur un tapis (volant ?), le plus petit, en gris, jouant du pipeau et ressemblant étrangement à François Hollande ; c'est un charmeur de serpent. Le second personnage, tout en rouge et beaucoup plus grand, énorme même, c'est le serpent, mais d'un genre très particulier puisqu'il joue, lui, de la trompette (en forme de note de musique !) et porte une casquette comme celle de Lénine ou de Mao, avec la faucille et le marteau pour qu'on ne doute pas de son appartenance.

La symbolique est très claire : le président socialiste cherche à envoûter les militants communistes mais ceux-ci, rouges de colère, se redressent, trompettent et sont en définitive les plus forts ! Bref, Hollande c'est du pipeau, et les cocos ils ont du souffle ! Voilà une symbolique très riche, quoique fort contestable : elle admet que le socialiste a un certain charme auprès de la gauche de la gauche ; surtout, en comparant le communiste a un serpent, elle risque une image dangereuse, la bête étant peut-être venimeuse.

Au début de leur Manifeste, paru en 1850, Karl Marx et Friedrich Engels comparent ironiquement le communisme à un spectre qui hante l'Europe ; pour nos communistes locaux (et rebelles), ce n'est pas un fantôme mais un serpent dans les rues de Saint-Quentin. En lisant le programme musical de la fête des Libertés, je constate que la symbolique se prolonge à travers les noms de certains groupes : le samedi, Tentative 02 Suicide (la mort du PCF ?) et le dimanche Les Poulidors (jamais premiers ?). Bonne fête quand même ...

Hasard du collage ou montage volontaire, l'affiche communiste recouvre celle de l'UMP (Hollande sous la pluie, titrée L'échec) mais laisse dépasser la tête du président, qui semble ainsi observer sa caricature au tapis. Tout un symbole ...

mercredi 5 juin 2013

L'Europe, Ferreira et moi



Demain aura lieu au parti socialiste un vote sur l'Europe qui ne fera sans doute pas la une de l'actualité. A tort, puisque le rendez-vous est important. L'Europe, c'est le sujet par excellence qui divise les Français ... et les socialistes. Le texte proposé par le parti est accompagné de 13 amendements, dont 4 défendus par l'aile gauche et soutenus par Anne Ferreira. C'est donc, pour la section de Saint-Quentin, un vote dont les résultats seront particulièrement observés (voir mon billet du 11 mai).

Pour ma part, je me prononcerai en faveur de ce texte, qui me convient parfaitement, qui est dans la droite ligne du socialisme français, profondément européen. Quant aux amendements, précieux exercice de la démocratie, je voterai seulement en faveur du premier, présenté par Alain Bergougnioux, Michel Destot, Alain Richard et Bernard Soulage. Pourquoi ce choix ? D'abord parce que ces quatre camarades sont des rocardiens historiques, toujours en pointe sur la question européenne, et que je me sens en phase avec ce courant-là. Surtout, j'approuve le fond de leur court amendement, qui n'est qu'un ajout, un complément au texte initial : il mentionne le concept cher à un autre social-démocrate, Jacques Delors, la "fédération d'Etats-nations", qui rappelle que le fédéralisme est notre objectif, mais un fédéralisme original, à l'européenne, qui compose avec les nations, qui ne les nie pas.

En revanche, en ce qui concerne les 4 amendements d'Anne et de l'aile gauche (n° 4, 8, 10, 13), je voterai contre (les autres amendements, je m'abstiendrai). D'abord parce que trois d'entre eux (le 4, le 8 et le 10) proposent de supprimer carrément des paragraphes entiers du texte, ce qui aboutit à une toute autre philosophie. L'amendement n°4 demande la "suspension" du Pacte de stabilité et de croissance. C'est invraisemblable ! Qu'on puisse en discuter certaines modalités d'application, je ne dis pas non. Mais le "suspendre", ça n'a pas de sens. L'action politique ne supporte aucune "suspension", aucune parenthèse.

Ce que je crois, c'est qu'Anne et ses camarades sont contre ce Pacte, qu'ils n'osent pas s'en prendre directement à lui par crainte de perdre en crédibilité, qu'ils se réfugient donc dans une formule intermédiaire, la "suspension". Ce Pacte, c'est l'esprit de rigueur budgétaire qui inspire aussi la politique de François Hollande et Jean-Marc Ayrault. C'est pourquoi je pense qu'on peut toujours débattre de ses termes, mais pas le "suspendre" (car il se passera quoi pendant que le Pacte sera "suspendu" ? Et combien de temps le sera-t-il ? Les déficits continueront à filer, puisque eux, hélas, rien ne peut les "suspendre").

L'amendement n°10 reprend le terme de "suspension", appliqué cette fois-ci aux négociations pour un accord transatlantique, qui portent sur les échanges commerciaux entre les Etats-Unis et l'Union européenne. Là encore, je me pose la question : "suspendre" en vue de quoi ? Anne et l'aile gauche sont contre le type de coopération qui se met en place entre l'ancien et le nouveau continent : alors, c'est la rupture des négociations qu'il faut réclamer, par leur suspension ! J'admets tous les positionnements politiques, mais pas les mi-chèvre mi-chou qui n'osent pas assumer leur radicalité. Non, les discussions transatlantiques doivent être poursuivies, l'Europe défendant ses intérêts et ses valeurs, et c'est seulement au vu des résultats que nous pourrons nous prononcer sur la ratification ou pas de l'accord.

Le dernier amendement soutenu par Anne Ferreira (le 13) est essentiellement incantatoire. Dire que l'Europe aujourd'hui se construit contre les peuples, c'est faux et c'est dangereux, ça alimente les populismes de tout poil. L'Europe, parce qu'elle est démocratique, résulte du choix des peuples, à l'issue de procédures démocratiques. Arrêtons de faire peur aux gens !

"Oui, nous le savons, l'histoire de l'Europe est faite de compromis et de concessions réciproques. Mais on ne passe pas des compromis sans construire un rapport de force", dit l'amendement. Ah le rapport de force, l'aile gauche et l'extrême gauche ne peuvent pas s'en passer, l'ont sans cesse à la bouche ! Mais ils oublient qu'en démocratie, il n'y a qu'un seul rapport de force qui compte, qui n'est d'ailleurs pas un rapport de force mais l'expression de la souveraineté populaire : c'est le résultat des élections. L'Europe en elle-même n'est ni à gauche ni à droite, mais les majorités électorales de chaque pays qui la constituent, oui. Une fois le vote effectué, c'est la négociation et le compromis qui priment, et rien d'autres.

Je suppose qu'Anne et l'aile gauche imaginent un rapport de force qui se construirait dans la rue, par les mobilisations : c'est le discours de l'extrême gauche, ce n'est pas celui des réformistes. A part des circonstances historiques exceptionnelles et rarissimes, ce qui fait avancer l'histoire, et singulièrement celle de l'Europe, ce n'est pas le rapport de force, c'est la négociation. Et heureusement ! Sinon, jamais l'Europe n'aurait avancé s'il fallait compter sur le fameux rapport de force, qui n'est qu'une chimère, un fantasme de la radicalité.

De plus, l'amendement 13 suggère d'en appeler aux "partis frères" (sic) pour mettre en place ce rapport de force. Bonjour le résultat ! Les "partis frères" sont quasiment tous sociaux-démocrates, et c'est justement ce que leur reproche l'aile gauche du parti socialiste français !

J'appelle mes camarades saint-quentinois à se rendre demain devant notre désormais célèbre boîte à chaussures (clin d'oeil à des billets précédents et articles de presse). Ils voteront selon leur conscience, qui n'a pas besoin de directeur. J'ai fait part de ma réflexion et de mes choix. Vive la démocratie ! C'est mon dernier mot, Jean-Pierre (autre clin d'oeil).

mardi 4 juin 2013

Château philo



Si la vengeance est un plat qui se mange froid, la revanche est un plat qui se mange très chaud et très vite. Je ne suis pas vengeur, mais revanchard oui. Hier soir, en entrant dans la salle du ciné philo, je tenais ma revanche sur avant-hier : 55 personnes, c'est très bien pour un film pas très commercial (Le premier homme, de Gianni Amelio). Pourtant, Albert Camus, sujet du film et du débat, a battu nos champions cyclistes Gayant, Moreau et, dans le film La Grande boucle, Cornillac (40 spectateurs, voir billet précédent). La fréquentation du ciné philo est modulable, mais la cinquantaine, c'est un bon chiffre.

J'en tire quoi ? Qu'une manifestation censée être populaire peut faire moins bien qu'une activité intello. Surtout, qu'il faut en rester à ce qu'on sait faire, à ce qui vous identifie aux yeux du public : vélo ou philo, il faut choisir. Le mélange des genres, à première vue judicieux, ne donne en fait rien de bon : mon public philo habituel n'a pas suivi et le public vélo potentiel n'a pas été convaincu (Frédéric François n'est pas fautif, contrairement à ce que je pensais dans mon billet d'hier).

Mon tort : j'en fais trop, il faut que je me recentre. C'est comme la politique, qui se marie mal avec l'associatif (ou alors il faudrait une gauche puissante, mais ce n'est pas le cas) : pour les municipales, je me tâte. Avec le refus des primaires et d'un nouveau vote pour le secrétaire de section, le départ est de guingois. En même temps, j'ai très envie, des choses à dire, une ligne à défendre. Mais pas question de faire un tour de piste simplement pour l'honneur. Alors ? Je ne sais pas, j'ai jusqu'au 17 juin. Ah, une bonne nouvelle : le vote se fera finalement ce mois-ci, et pas en septembre (j'avais pointé l'anomalie dans mon billet du 22 mai). Mais là aussi, j'ai une revanche à prendre.

En attendant, je vous invite au café philo de jeudi prochain, à la brasserie du Théâtre, à 18h30, sur le sujet : à quoi servent les symboles ? Samedi, conférence-débat à la bibliothèque Guy-de-Maupassant, à 15h00, sur le thème du mal (voir vignette, nous parlerons notamment du dernier film consacré à Anna Arendt et sa réflexion sur la banalité du mal). Et juste après, je me rendrai à Guise pour une nouvelle expérience, à 17h30, un château philo, mais oui ! Ce sera bien sûr dans le château de Guise, que son propriétaire a bien voulu mettre à disposition. Le sujet, immense : la bêtise. Alors, je la tiens, ma revanche ?

lundi 3 juin 2013

Frédéric François m'a tuer



J'ai un principe de vie : ne jamais être content de ce que je fais. Il n'y a pas mieux pour progresser. Les mots que je déteste : y'a pas de problème ! C'est faux : rien n'est jamais parfait, il y a toujours des problèmes. Hier après-midi, j'ai été servi. Pour le ciné-rencontre (voir billet de jeudi dernier), j'avais mis la jauge à 70 : à 40 participants c'était l'échec, à 100 la réussite, à 200 le succès. En faisant venir Gayant et Moreau, animé par Prault, à la suite d'un film et d'un acteur (Clovis Cornillac) populaires, l'objectif était raisonnable. Je me suis ramassé : nous étions 40 ! Le nombre, c'est pour moi le seul critère de réussite dans une manifestation publique.

Dès le début de l'après-midi, je ne l'ai pas bien senti. J'aime la concurrence, elle fait avancer. Mais là, j'avais du lourd en face, exactement à la même heure. D'abord, la ferme en centre-ville, qui attire du monde ; ensuite, le concert de jazz à l'ENM ; et puis, la visite au cimetière Saint-Jean ; enfin, le plus redoutable, à quelques dizaines de mètres du cinéma, Frédéric François au Splendid : nous étions 40, ils étaient 1 100 ! Je n'aime pas perdre, j'ai perdu. Sans oublier le beau temps : quelle idée de le voir revenir le jour où j'invite à s'enfermer dans une salle de cinéma ! Il faut prendre aussi en compte que les sportifs, premier public visé par mon ciné-rencontre, font souvent le dimanche ... du sport, et sont très sollicités par tout un tas d'activités. Ajoutez à ça Roland Garros et je suis un homme mort !

Autre leçon de mon échec, que j'ai pourtant intégrée depuis longtemps : il est difficile, à Saint-Quentin, de réussir une manifestation d'ampleur sans un partenariat ou un soutien logistique de la Municipalité, direct ou indirect. Mais je ne vais tout de même pas à chaque fois le leur demander ! Ah si j'étais maire ... Ceci dit, nous avons passé un très bon moment, le public était ravi et j'étais finalement le seul mécontent. Martial Gayant a élevé le débat au delà des simples considérations sportives pour expliquer que dans le sport comme en politique, la puissance peut griser et l'on se sent vite au dessus des règles communes : c'est ce qui est arrivé à Armstrong. En dehors de ces dérives, le cyclisme est une dure école de vie, une ascèse et un sacerdoce (je ne force pas sur les mots). Ah si nous avions été plus nombreux à écouter nos champions ! Mais c'est comme au vélo : il faut baisser la tête, serrer les dents, tenir bon le guidon, se dire qu'on sera le premier la prochaine fois. J'y crois !


Vignette 1 : Jean-Pierre Prault, au micro, lance le débat, avec Martial Gayant et Francis Moreau à ses côtés.

Vignette 2 : à la fin, photo de groupe avec les épouses et familles.

Vignette 3 : autour du maillot jaune, forcément.

dimanche 2 juin 2013

Cent ans de Camus



Je fêterai demain, au ciné philo, les cent ans de la naissance d'Albert Camus, avec la projection du film "Le premier homme", roman inachevé découvert dans la voiture où il a perdu la vie. Camus est un philosophe singulier, plutôt perçu comme un écrivain, pas inscrit au programme de philosophie des classes terminales, étudié surtout en français (L'étranger ou La peste, par exemple). Quand Sartre disait de lui que c'était "un philosophe pour classe de terminale", c'était justement pour le rabaisser, lui dénier le titre de philosophe. Aujourd'hui, Camus a peut-être plus la cote que Sartre. Michel Onfray en fait un libertaire. Je ne sais pas, mais homme libre, oui, c'est certain. C'est de tout cela dont nous débattrons demain, à partir de 20h00, au multiplexe de Saint-Quentin.

Surprises en ville



J'ai vu ce matin des choses incroyables sur la place de l'Hôtel de Ville à Saint-Quentin. Devant la mairie, une machine de guerre avec d'énormes roues, monstrueuses, les plus grosses que je n'ai jamais vues de ma vie : une moissonneuse-batteuse qui semblait partir à l'assaut du bâtiment municipal (vignette 1). Non loin, c'était une vache géante qui écrasait les visiteurs sous son ventre, mais l'animal était en plastique, gonflé comme un gros ballon dirigeable (vignette 2).

La foule, fascinée, était rassemblée autour d'un mouton en train de se faire tondre. Un monsieur, du genre représentant de commerce, précisait au micro que la bête sous le rasoir n'avait pas mal. J'ai vu aussi des chiens en laisse regarder d'un air étonné des animaux en cage. Et puis, il y avait des poneys, à l'image de la condition humaine : ils ne ressemblent à rien, ils tournent en rond et ils ont des enfants sur le dos. C'est triste, une vie de poney.

Dans un bac à sable, je n'ai pas vu de sable mais des plantes, du genre herbes à chats, mais non, c'était de l'orge, avec cette indication, à faire rêver plus d'un alcoolique : 1 hectare d'orge = 140 000 demi de bière (25 cl). J'ai voulu acheter du pain cuit sur place, parce que ça sentait bon le pain cuit. Mais comme il fallait attendre pour la cuisson et que je n'ai pas la patience, j'ai acheté ailleurs des fruits rouges, bien qu'une guêpe, devant l'étal, m'ait attaqué.

La campagne en ville est pleine de surprises. Finalement, Saint-Quentin s'est offert ce week-end son salon de l'agriculture. Peut-être même que les politiques, comme moi ce matin, en ont fait le tour, mais sans la nuée de photographes et de caméras qu'on voit à Paris. Avant de partir, je suis allé à Monoprix. Plein de gens avaient dans leurs sacs du lait en bouteille, de la viande sous plastique, du pain en sachet, des tomates bien rouges et des salades trop vertes, des fruits très propres. Où sont passées nos campagnes ?

samedi 1 juin 2013

Entre la poire et le fromage



Il y a un homme, à Saint-Quentin, qui tient la clé de la prochaine élection municipale. Cet homme décidera du résultat, comme il voudra. Ce n'est ni vous ni moi, ni même Xavier Bertrand ni personne d'autre. C'est lui, et lui seul. Quel est son nom ? Vous n'en saurez rien, moi non plus. Les hommes influents restent anonymes ; c'est la rançon de la puissance. Mais pour être crédible, il faut lever un morceau du voile. L'homme-mystère le fait dans L'Aisne Nouvelle de jeudi dernier, en une formule pleine de mâle assurance : "aux législatives, si j'avais fait 1 500 tracts contre Xavier Bertrand, il passait pas". Dommage qu'il ne l'ait pas fait. Voilà le pouvoir : être en capacité d'influencer le choix d'un millier de Saint-Quentinois et de faire basculer le destin politique de la ville.

Vous voulez bien sûr en savoir plus, et moi aussi. Ce faiseur de roi appartient au club 33, auquel les deux journaux locaux consacrent, ce même jeudi, des articles. L'Aisne Nouvelle parle d'un cercle "très intriguant", tandis que le Courrier picard décrit une "source de fantasmes". J'avoue que le club en question ne m'intrigue pas du tout et que mes fantasmes se portent sur un autre nombre que le 33. Je n'ai eu qu'un seul contact personnel avec le fameux club, non pas dans un restaurant mais une église, la basilique de Saint-Quentin, il y a quelques semaines, lors des obsèques de Jean-Jacques Poulet : un monsieur, que je ne connaissais ni d'Eve ni des dents, m'a entrepris et évoqué mon éventuel passage au club. C'était Thierry Comble, son président. J'ai répondu : pourquoi pas, ce qui signifie dans mon langage : ça ne m'intéresse pas vraiment. Et pourquoi donc, moi qui suis curieux de tout ?

D'abord, j'ai fait mien, depuis longtemps, le principe de Georges Brassens : "Sitôt qu'on est plus de quatre, on est une bande de cons", surtout autour d'une table. Discourir devant 300 personnes en meeting, pas de problème, j'aime. Mais devoir tenir le crachoir à 33 personnes pendant sûrement plusieurs plombes, dans la tradition des interminables repas à la française, merci bien ! Et puis, 33 mecs, c'est pas possible. Dans une assemblée mixte, je ne dis pas forcément non. Mais là, c'est niet ! L'idée même de club ne m'enchante pas : elle a généralement une connotation bourgeoise que je ne sens pas (sauf quand il s'agit d'un club de pétanque). Je redoute comme la peste le repas, que j'imagine à base de viande rouge, sauce grasse, dessert chargé et alcool fort. Un "frère" (c'est ainsi que s'appellent les membres du club 33 !) qualifie la séance de "banquet républicain gaillard" : j'ai tout bon dans une moitié, je suis républicain, mais pas très gaillard.

Vous me voyez au Pot d'étain ou à l'Ermitage ? Moi pas. J'ai plutôt mes entrées au Buffalo grill et quelquefois chez Mac Do. Certes, le club 33 ouvre sa table à de "prestigieux invités" (dixit L'Aisne Nouvelle), dont le dernier en date était Freddy Grzeziczak. J'avoue ne pas jalouser ce prestige-là. Mais Freddy avance un argument puissant qui m'écrase : "J'ai été invité par le club 33, donc j'y suis allé. Si je suis invité à la confrérie de l'ail, je vais à la confrérie de l'ail". Et s'il est invité par le club des joyeux partouzeurs ou celui des lanceurs de tartes à la crème, est-ce qu'il s'y rend aussi ? En fin de compte, il n'y a qu'une seule invitation à laquelle Freddy ne répond pas : c'est quand le parti socialiste lui propose en 2008 de rejoindre sa liste municipale ...

Reste une question, LA question : le club 33 a-t-il oui ou non une influence politique sur la ville ? Dans L'Express du 15 avril 2010, un "frère" le présente comme "les yeux et les oreilles de Xavier Bertrand" (!). Tant que ce n'est pas la tête et les jambes ... Un autre "frère" rectifie : ni gauche ni droite, ou plutôt les deux à la fois, de l'extrême gauche communiste à la droite dure, mais pas l'extrême droite (ouf !). Dans les arts de la bouche, on parlerait de salade niçoise, quoique le plat ne soit pas très "gaillard". Il paraît que le nouveau président du club, désigné hier, est un chef de CRS. Il aura toute autorité pour faire respecter les statuts, qui exigent des adhérents le silence envers la presse (selon L'Aisne Nouvelle). Car sur ce point, c'est complètement raté ! Je préviens toujours : la cuisine lourde et les vins épais font parler ...

Notre faiseur de roi, c'est du foutage de gueule : ce n'est pas par une activité privée de nature conviviale qu'on influence l'opinion. Le croire, c'est se rejouer le mythe du complot dans sa version positive. Même les fameux "réseaux" dont on nous bassine, c'est souvent pipeau. On ne devient leader d'opinion qu'en s'adressant à l'opinion, pas à travers des cercles concentriques, aussi larges soient-ils. On ne devient agent d'influence que dans les activités publiques qu'on organise, pas dans les dîners en ville, entre la poire et le fromage.