mardi 21 août 2012

ARS



Qu'est-ce qui m'a fait comprendre en 1981 qu'on était passé de la droite à la gauche ? Pas les nationalisations, pas même l'abolition de la peine de mort (Giscard aurait été capable de cette réforme "sociétale"). Non, l'augmentation d'au moins 25% de la plupart des prestations sociales. Aujourd'hui, avec l'augmentation de 25% de l'ARS (allocation de rentrée scolaire), je me dis la même chose. Promesse tenue, "signée et payée" comme dirait Xavier Bertrand. Et toi, camarade Mélenchon, mange-le bien, digère-le ce "presque rien" : De 71 à 77 euros de plus selon la tranche d'âge pour les familles modestes !

Ah, j'entends aussi les critiques, puisqu'on ne peut pas de nos jours respirer sans critiquer : mieux vaudrait leur distribuer des "bons d'achat", à tous ces pauvres, irresponsables et tellement matérialistes, qui se ruent sur les écrans plats de télévision au lieu de payer des fournitures scolaires à leurs enfants. Ce ne sont pas les "classes moyennes", propres sur elles et bien dans leurs têtes, qui commettraient de tels excès !

Voilà ce qu'on entend, ce qui se dit et ce qui se pense. C'est bien sûr dégueulasse, encore plus quand ces propos viennent de gens prétendument de gauche : vouloir soumettre les classes populaires aux tickets de rationnement, comme pendant la guerre ! Mais j'oubliais : c'est la guerre, une guerre de classes qui ne dit pas son nom, entre classes moyennes (c'est-à-dire toutes les variantes de la bourgeoisie, de la petite à la grande) et classes populaires.

Malgré ce progrès social, plusieurs éditorialistes s'interrogent dans la presse de ce matin et décèlent chez François Hollande une baisse de rythme, un creux de la vague, une sorte de flottement, la fin de l'état de grâce. Déjà ? Mais dans quel monde vivons-nous, où quelques semaines à peine, occupées par les vacances, suffisent à faire passer un gouvernement du soleil d'Austerlitz à la morne plaine de Waterloo ! Moi j'ai confiance, et les bénéficiaires de l'ARS aussi sûrement.

lundi 20 août 2012

Presque rien ?



En politique, on a rarement les adversaires qu'on croit. Ainsi cette rentrée qui approche : on pouvait s'attendre à ce que les critiques les plus violentes contre les socialistes viennent de la droite ; eh non, c'est Jean-Luc Mélenchon qui monte au créneau. Il n'y va pas avec le dos de la cuillère : François Hollande et son gouvernement n'ont "presque rien" fait jusqu'à maintenant. Appréciez tout de même la nuance, la grande retenue du touriste vénézuélien : "presque", ça laisse une toute petite chance. Un grand philosophe français du siècle dernier, Vladimir Jankélévich, a écrit un admirable ouvrage, "Le je ne sais quoi et le presque rien", où il explique que dans ce presque rien que stigmatise le langage courant existe aussi tout un monde, toute une richesse en potentialités. Mais c'est de la philo et je reviens à la politique :

Je ne vais pas me rabaisser à répondre au "presque rien" de Mélenchon. Ce genre de propos doit être traité par le mépris. On peut ne pas être socialiste, contester la ligne du pouvoir actuel et ne pas tomber dans ce style de polémique. La droite d'ailleurs s'en garde bien, faisant son travail normal et démocratique d'opposition. Mélenchon non. Je ne sais pas trop ce qu'il cherche ... Je ne suis pas sûr que ces alliés communistes soient d'accord avec ce type de déclaration à l'emporte-pièce.

L'affaire serait sans grande importance pour le PS si Jean-Luc Mélenchon, après son attaque d'hier, ne cherchait aujourd'hui à diviser les socialistes en lançant un appel à la gauche du parti, l'exhortant à être "autonome" et à le rejoindre dans sa dénonciation de la "direction social-libérale" (sic). C'est inquiétant parce que l'aile gauche peut en effet être sensible à ce discours. Ne s'apprête-t-elle pas à rompre la solidarité gouvernementale et parlementaire en refusant d'adopter le traité européen amendé par François Hollande ? Ne cherche-t-elle pas à se compter dans la perspective du congrès socialiste en déposant sa propre motion ? Face à Mélenchon, face aux possibles tentations de l'aile gauche, il faut que les partisans de François Hollande, dont je suis, tiennent bon sur la ligne social-démocrate voulue à l'élection présidentielle par les électeurs.

dimanche 19 août 2012

Pas facile d'être de gauche



C'est une curieuse histoire que j'ai à vous raconter, qui tombe à pic en cette période de colonies de vacances et autres centres de loisirs. Leurs animateurs ne comptent pas leur temps pour s'occuper de nos enfants. Sauf que la législation européenne s'est mise à compter, en 2003, à travers une directive qui impose un repos journalier de 11h. En 2006, le gouvernement décide d'encadrer le statut de moniteur de colo (c'est le CEE, contrat d'engagement éducatif) : très bien, sauf que la directive européenne n'est pas appliquée. Les syndicats portent plainte devant le conseil d'Etat. En 2011, le CEE est déclaré illégal. Le 26 avril 2012, un décret impose les 11h de repos.

Pourquoi est-ce une curieuse histoire ? Le repos journalier est une mesure de progrès social qui va être critiqué par des associations, organisatrices de colos, qui se réclament pourtant du progrès social. Car cette directive puis son décret les obligent à embaucher alors qu'elles n'en n'ont pas les moyens (les subventions diminuent et ce n'est pas dans leur culture ni leurs missions de dégager des profits). Ou bien il leur faut augmenter les tarifs, ce qui est à nouveau contraire à ce qu'elles défendent : des vacances accessibles à tous (de fait, certains tarifs de centres de loisirs ont augmenté).

Que faire ? S'adapter, il n'y a pas d'autres solutions, soit en scindant les équipes d'animateurs en deux, pour le jour et pour la nuit ; soit en repoussant le repos supplémentaire en fin de séjour. Je tire de cette curieuse histoire deux enseignements : 1) l'Europe peut avoir socialement du bon. 2) Il n'est pas toujours facile d'être de gauche.

samedi 18 août 2012

A la grâce de Poutine



La cause est entendue : la condamnation à deux ans d'internement du groupe punk russe "Pussy" Riot choque, y compris dans certains milieux orthodoxes et gouvernementaux de ce pays. Au-delà de l'indignation, l'occasion est donnée d'une triple réflexion sur la laïcité, la foi et le droit.

La laïcité : que signifie un délit d' "incitation à la haine religieuse" ? Rien du tout d'un point de vue laïque. La haine est juridiquement répréhensible quand elle porte atteinte à des personnes (la "haine raciale" par exemple), pas à des idées. Ce délit n'est qu'un camouflage des concepts non laïques de "blasphème" ou de "sacrilège". De plus, l'acte des "Pussy Riot" incitait à la haine envers Poutine, pas envers la religion.

La foi : les Russes sont chrétiens fervents, comme les chrétiens en France ont cessé de l'être. L'Eglise chez eux a été au siècle dernier parmi les persécutés, pas parmi les persécuteurs. L'orthodoxie a une pratique beaucoup plus physique de la foi que les catholiques, pour lesquels elle est au contraire fortement intériorisée (les orthodoxes, avec leurs prosternations, se rapprochent des musulmans). Pénétrer dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, singer les gestes religieux, détourner la prière à des fins politiques ne peut être vécu par les croyants que comme une profanation. Même en France, si un groupe mimait la messe dans le choeur de Notre-Dame de Paris et parodiait une prière anti-Hollande, comment réagiraient les fidèles et le clergé ?

Le droit : à la limite, l'angle juridique n'est pas le plus effcace pour défendre les "Pussy Riot" et les sortir de prison. A charge contre elles, on peut plaider la violation du droit de propriété, le trouble à l'ordre public et se dire qu'elles pouvaient parfaitement user de leurs droits démocratiques, de manifester leur hostilité politique à Poutine, mais tout autrement, dans le cadre strictement légal du droit d'expression.

Paradoxalement, ces punkettes ne peuvent s'en sortir que par où elles ont péché : profanant la foi, il n'y a que la foi de leurs victimes qui puisse leur pardonner et effacer le délit. Les orthodoxes qui défilent avec des icônes et qui chantent des hymnes religieux à l'annonce du verdict ont oublié la compassion qui devrait les inspirer, et le discernement spirituel : ce sont des jeunes, des provocatrices et elles ont un motif politique. De quoi quand même atténuer le pur sacrilège. Qu'elles puissent donc maintenant bénéficier de la grâce de Dieu ... et de Poutine.

vendredi 17 août 2012

Jeux de signatures



Comme tout adhérent du parti socialiste, j'ai reçu cette semaine dans mon courrier une grosse lettre contenant les "contributions générales", c'est-à-dire les textes politiques soumis à discussion en vue de notre prochain congrès. Comme la plupart des adhérents, j'ai commencé par aller voir qui avait signé quoi et s'il y avait du 02 et du Saint-Quentinois, sachant que les signataires sont quasiment plus importants que le contenu des textes : savoir qui est avec qui, c'est le b-a ba de la politique, surtout quand les alliances et ralliements sont changeants.

Sans surprise, la contribution Aubry-Ayrault, gouvernementale et majoritaire, est appuyée dans l'Aisne par Daudigny, Thomas et Bricout, et Gewerc pour la Région. Moins évident, le choix de Dosière, qui se porte sur la contribution rénovatrice de Gorce (la deuxième de ce genre, avec celle de Montebourg).

Les camarades de l'aile gauche avaient le choix entre trois textes, Hamon, Lienemann et Filoche. Ce dernier ne les a visiblement pas attirés, sauf Bermudez, membre du Conseil fédéral, et notre conseiller général voisin, de la Somme, Boulogne. Ferreira a opté pour la contribution Hamon-Emmanuelli, jusqu'à en être mandataire dans notre département.

L'étrange particularité des contributions, c'est qu'on peut en signer plusieurs à la fois. Championne, la conseillère régionale Doukhan, qui s'en fait trois : l'écolo (pas celle d'Utopia mais l'autre, car il y en a deux de cette inspiration), la rénovatrice de Gorce et la ségoléniste, signée aussi par Gallet, chef des socialistes guisards (les strauss-kahniens - ou plutôt ce qui en reste - ont eux aussi leur texte, mon copain parisien Péninou en tête). Ferreira a laissé sa signature chez Lienemann, suivie par Lançon, Berlemont et quelques camarades de Saint-Quentin, mais aussi le sympa conseiller général Lebée. Mes camarades de Château, Bourdat et Logerot, se retrouvent au côté de Gorce et du Pôle écologique, Bourdat n'oubliant pas non plus Lienemann.

Et moi dans tout ça ? Bin j'ai signé pour les majos, comme d'hab, puisque réformiste et social-démocrate je suis. J'ai bien conscience que tous ces jeux de signatures ne disent pas grand chose aux communs des mortels. Mais la politique est aussi faite de ces choses-là, il fallait donc que je vous en parle.

jeudi 16 août 2012

Le bonheur à mobylette



Quelques jours après leur ouverture, je suis allé visiter le Village des Métiers d'Antan et le Musée Motobécane, rue de la Fère à Saint-Quentin. Au départ, je n'étais pas très chaud, surtout pour le Village : les reconstitutions historiques avec objets d'époque et personnages costumés, c'est pas trop mon truc, il y a un petit côté ringard, à la limite réac, que je n'aime pas vraiment. Et puis, dans une ville très touchée par le chômage, ce sont les métiers de demain qui m'intéressent, pas ceux d'autrefois ! La nostalgie, non merci. J'avais aussi entendu dire que l'opposition municipale, au dernier conseil où j'étais absent, avait voté contre la subvention à ce projet.

Autant vous dire que j'ai complètement changé d'avis à l'issue de la visite, qui a levé toutes mes préventions. Le Village (ne dites pas "musée", Arlette Sart vous reprendra avec raison) est magnifiquement ordonné, agréable à regarder, pas du tout poussiéreux ou fastidieux : on se promène avec plaisir dans ce qui est un vrai village d'autrefois reconstitué. Ma surprise vient de ce que cet "antan" n'est pas si loin : on y retrouve des objets que beaucoup d'entre nous ont connu dans leur enfance et qui sont ici rendus vivants. Ce que je redoutais a été évité : le passéisme. Je me suis même pris à philosopher sur le destin des métiers et des objets, alors qu'habituellement la visite d'un musée de ce genre me fait bailler (mais ce n'est pas un "musée" ! pardon Madame Sart).

Ce que j'ai particulièrement apprécié ? La boutique des jouets, qui fait rêver autant aujourd'hui qu'hier les grands enfants que nous sommes restés. A l'entrée, comment ne pas être impressionné par le wagon du tramway de Saint-Quentin, restauré par des jeunes en insertion ! Et puis, grosse surprise pour le Berrichon que je suis, hasard incroyable : ce Village évoque aussi, incidemment, ma ville natale, Saint-Amand-Montrond, 11 000 âmes (sans compter les bestiaux). Car à la devanture de la boucherie-charcuterie, sur la table des viandes, vous remarquerez une plaque ainsi rédigée : "Syndicat des éleveurs du Cher - Saint-Amand 1910 - Race charolaise - 4ème section - 15ème prix". Quand je vous dis qu'un lien mystérieux rattache Saint-Amand et Saint-Quentin et que ce lien s'inscrit aussi dans mon destin personnel !

Ce Village, sous la direction de l'association Loisirs et Traditions, est destiné à évoluer. D'autres espaces ouvriront dans les prochaines années. Des animations seront également sollicitées pour faire vivre l'endroit. Je crois aussi que le quartier du Faubourg d'Isle, un peu oublié, gagnera en développement, par cette présence. Voilà en tout cas une belle récompense pour Roland Lamy, président de l'association, qui a porté avec détermination ce projet pendant près de quinze ans.

Et le Musée Motobécane ? Moins impressionnant mais tout aussi formidable ! Là aussi, dans l'idée, pas de quoi s'exciter, des mobylettes les unes au bout des autres. Sauf que chacune raconte à chacun un moment de sa vie. J'ai pris en photo, ci-dessus, celle avec laquelle j'ai sillonné, pendant dix ans, cheveux de hippy au vent (eh oui, les temps ont changé ...), les routes et les bois du Berry, entre 20 et 30 ans. C'est elle, elle est là, ma mobylette ! Quand j'ai rompu avec ma bicyclette pour épouser ma mobylette, ça a été un grand moment dans mon existence. Ah mes années mobylette ! mes années bonheur ! Je suis sûr que vous aussi, en allant rue de la Fère, vous serez heureux.

mercredi 15 août 2012

Cathos contre homos ?



Jamais prière catholique du 15 août n'aura autant fait parler d'elle, tout ça parce que quelques mots visent implicitement le mariage homosexuel et l'adoption d'enfant. En tant que laïque, je n'ai pas à juger l'Eglise, qui fait ce qu'elle veut, défend les idées qui sont sans surprise les siennes : elle a le droit d'être contre le mariage homosexuel et de le manifester publiquement, comme j'ai le droit d'être pour et de l'écrire. Ce qui me semble beaucoup plus intéressant en revanche, c'est de voir comment elle s'y prend et qu'est-ce qu'on peut en penser, non d'un point de vue laïque mais d'un point de vue religieux.

D'abord, l'Eglise de France, dans cette affaire, communique aussi mal que la section de Saint-Quentin du parti socialiste en général : on ne comprend pas très bien quelle est sa position, son texte de prière manque de précision, les explications de ses représentants sont contournées, on a le sentiment qu'elle ne veut froisser personne, qu'elle n'assume pas complètement son refus du mariage homo. Il n'y a pas de bonne com' dans l'incertitude et l'indécision.

Quand, sur les chaînes de radio, des auditeurs interrogent les évêques en leur demandant pourquoi ils refusent l'union de gens qui pourtant s'aiment, ses clercs donnent le sentiment d'être gênés aux entournures, de ne pas vraiment répondre, de se voir battus sur leur propre terrain qui est celui de l'amour, ce qui est tout de même un comble ! En vérité, ils n'osent pas distinguer, en bonne théologie, l'amour humain (les sentiments, les passions) et l'amour divin (la charité, la miséricorde). Quand les cathos prêchent l'amour, ils parlent d'agapè, pas d'eros (excusez l'emploi de ces termes grecs, mais faisant un peu de théologie, je suis bien obligé de passer par un vocabulaire technique, tout comme un ingénieur travaillant dans la mécanique de précision).

Le grand tort de l'Eglise catholique est de se positionner dans des débats de société qu'elle devrait laisser à la société, ces débats étant posés dans des termes qui de toute façon ne sont pas les siens. Après tout, les chrétiens des premiers siècles vivaient intensément leur foi, parfois jusqu'au martyr, sans discuter ou contester les lois civiles de l'empire romain, pourtant pas très catholiques, c'est le moins qu'on puisse dire ! La pratique des lois divines suffisait amplement à leur spiritualité.

Aujourd'hui où il n'y a plus guère en France de martyrs, les messes et les fidèles sont de moins en moins nombreux, la pénurie de prêtres oblige à s'approvisionner en Afrique ; dans ces conditions, l'Eglise devrait se recentrer sur les questions de foi, qui sont beaucoup plus passionnantes que le point juridique d'extension du contrat de mariage aux personnes de même sexe : qu'il s'agisse du dogme de l'Immaculée Conception ou de celui de l'Assomption (puisque nous sommes un 15 août), du monde surnaturel ou des miracles, il y a de quoi faire. C'est ça qui intéresse la population quand elle se tourne vers la religion, pas de savoir si les curés sont pour ou contre le mariage homo, dont se fichent pas mal de gens, surtout quand ils ne sont pas homos.

Pour terminer sur cette prière qui fait le buzz du jour, il faut noter qu'elle s'adresse aussi, tout particulièrement, aux élus de la République afin qu'ils soient inspirés dans leur action publique. Ce qui me ramène à Saint-Quentin, où je souhaite que cette prière aide la gauche à mieux communiquer et à gagner un jour une élection locale, qu'elle aide la droite à faire malgré tout de bons choix municipaux et lui donne la force de laisser un jour sa place à la gauche. Est-ce plus difficile à exaucer qu'une position sur le mariage homo ?