<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-3436475026876673237</id><updated>2012-03-02T22:46:44.108+01:00</updated><title type='text'>J'ai tant de choses à vous dire</title><subtitle type='html'>Politique - culture - société - vie locale</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://jaitantdechosesavousdire.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3436475026876673237/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://jaitantdechosesavousdire.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><link rel='next' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3436475026876673237/posts/default?start-index=101&amp;max-results=100'/><author><name>Emmanuel Mousset</name><uri>http://www.blogger.com/profile/14575132028265728253</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/--w_Bz-u8ihc/Td7LtjAZ6cI/AAAAAAAADEI/wnKXHq2Kw1c/s220/Manu%2B3.JPG'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>344</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3436475026876673237.post-3239655948572630808</id><published>2012-03-02T17:16:00.006+01:00</published><updated>2012-03-02T22:46:44.126+01:00</updated><title type='text'>Les injoignables.</title><content type='html'>Dans ma lecture quotidienne de la presse locale, il y a régulièrement un moment savoureux : c'est lorsque je lis que tel élu, tel responsable politique, tel président d'association sont "injoignables". A notre époque d'hypercommunication, où n'importe qui gratouille son mobile ou son ordi, plus personne n'est injoignable ou ne devrait être injoignable. Même à l'autre bout du monde, le contact peut se faire. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Injoignable&lt;/em&gt; signifie donc : qui ne veut pas être joint, ce qui est étrange et même anormal pour un élu, un responsable politique ou un président d'association puisque ce sont des personnages publics, qui à ce titre se doivent de répondre aux sollicitations de la presse, d'autant qu'ils sont les premiers à faire appel à elle lorsqu'ils ont une information à transmettre. Manifestement, la réciprocité n'est pas le fort des injoignables. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'intelligence non plus : ne pas répondre à un message laissé par un journaliste sur votre répondeur, c'est avouer qu'on est gêné par l'interpellation, qu'on craint les questions, c'est finalement mettre en relief qu'il y a bel et bien un problème, c'est trahir paradoxalement qu'on a quelque chose à cacher . On ne fait pas plus maladroit que ça. Si la politique de la chaise vide est la pire des politiques, il en va de même pour celle du téléphone muet. J'ajouterais que la simple courtoisie exige qu'on rappelle celui qui vous appelle et qui ne vous a pas eu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les injoignables me font penser au méprisant "cause toujours, tu m'intéresses" des indifférents ou au laconique "on vous rappellera" de la secrétaire qui se débarrasse ainsi de son interlocuteur. Je ne dis pas qu'il faut se soumettre aux demandes de la presse, les considérer comme des injonctions ; il y a des questions dont les réponses sont impossibles ou qui doivent demeurer discrètes. Mais au moins suffit-il de s'en justifier, de le signaler, au lieu de l'insupportable et condescendant silence.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Quand viennent les vacances, on ne vous demande plus ce que vous &lt;em&gt;faites&lt;/em&gt; mais où vous &lt;em&gt;allez&lt;/em&gt;, en tout cas dans le milieu qui est le mien, comme s'il était désormais normal de &lt;em&gt;partir&lt;/em&gt;. Or je quitte rarement Saint-Quentin pendant mes congés, je n'en vois pas l'intérêt, je n'en ressens pas le besoin, je n'éprouve pas la nécessité de me &lt;em&gt;changer les idées&lt;/em&gt;. Ce point de vue paraît aujourd'hui presque bizarre tellement les vacances sont devenus pour beaucoup synonymes de départ, de séjour, de voyage. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je m'autorise simplement une journée à Paris. C'était ce mercredi ! Arrivé gare du nord, devinez sur qui je suis tombé ? Pierre Moscovici ! Quelques minutes plus tôt ou plus tard, j'aurai pu croiser François Hollande qui prenait le train pour Londres. Ceci dit, j'étais dans la capitale pour visite une exposition, au musée du quai Branly, "L'invention du sauvage", que je vous recommande fortement (vous avez jusqu'à début juin).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il s'agit de la rétrospective d'un fait oublié : l'existence de &lt;em&gt;zoos humains&lt;/em&gt;, dans toute l'Europe dite civilisée, du début du XIXè siècle aux années 1930. A côté des girafes et des singes, des indigènes de peuples étrangers, souvent africains, étaient exhibés à la curiosité du public, très nombreux pour assister au spectacle. Ces démonstrations se sont faites aussi itinérantes, dans des cirques ou des ménageries. L'idée nous semble aujourd'hui choquante et même scandaleuse mais la pratique a existé sans soulever pendant longtemps la moindre protestation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand on parle de racisme, on pense immédiatement aux nazis, aux fascistes, à l'extrême droite, bref aux salauds. On évoque rarement le racisme de la bonne conscience sans lequel les salauds n'auraient jamais pu prospérer. Les zoos humains étaient en effet motivés par de louables intentions, généralement scientifiques, à visée pédagogique : faire connaître la diversité du genre humain. L'objectif était également humaniste : amener les peuples dits arriérés, sauvages, primitifs sur la voie du progrès, de la prétendue civilisation (le républicain Jules Ferry, cher au coeur des laïques, sera un fervent défenseur du colonialisme).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, et nous sommes en plein dans la société moderne, les zoos humains répondaient à la volonté de divertir les peuples en mettant en scène des représentants d'autres peuples, passant pour exotiques. D'ailleurs, qui mettra fin à ces spectacles dégradants ? Non pas la prise de conscience des droits de l'homme ou une réaction morale mais l'apparition d'un divertissement bien supérieur à celui des zoos humains : le cinéma ! Bref, voilà une expo qui fait bigrement réfléchir ...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son parcours se termine par un éloge très contemporain du droit à la différence dans l'égalité, où homo, nain, trans, musulmane, obèse, handicapé et quelques autres "différents" s'expriment, assument ce qu'ils sont et en appellent au respect. J'adhère bien sûr à ce message mais je me dis qu'il sera sans doute regardé dans quelques siècles comme aussi étrange que la bonne conscience qui défendait les zoos humains. L'idéologie actuelle consiste à soutenir que chacun est à lui-même sa propre norme, qu'il ne saurait imposer à autrui. C'est ce qu'on peut appeler un &lt;em&gt;individualisme éclairé&lt;/em&gt;, qui n'est pas sans poser de problèmes philosophiques (mais dès qu'on se met à penser, on tombe sur des problèmes !). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jamais l'humanité jusqu'à ce jour n'a fondé ses normes de vie sur des réalités et des choix strictement individuels (et pour cause : la notion d'individu est relativement récente). Que peut donner une société dans laquelle les normes universelles ont cessé d'exister, où toutes les grandes questions sont ramenées à des choix personnels ? (comme disent en substance mes élèves : chacun pense et fait ce qu'il veut pourvu qu'il n'embête pas les autres). On voit bien les difficultés que pose dans l'action publique et politique l'individualisme le plus trivial, le plus viscéral. Pensons-y en ne nous croyant pas, comme les sociétés qui ont permis les zoos humains, une civilisation supérieure parvenue au sommet du progrès.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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C'est arrivé ce matin, je dois le recontacter au plus vite, en début d'après-midi. Qu'est-ce que j'ai à voir avec tout ça ? Pourquoi moi ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'appelle et le journaliste m'explique : il est tombé sur un de mes billets, déjà ancien, au moment de la démission de Michèle Alliot-Marie, il a trouvé intéressante ma réflexion sur l'usage de la démission en politique, il souhaite recueillir mes réactions sur l'affaire suisse, qui manifestement secoue le pays depuis quelques heures. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'avoue ne rien savoir de cette actualité, mais l'internet est là pour combler nos défaillances : le "ministre" (le titre exact là-bas est &lt;em&gt;conseiller d'Etat&lt;/em&gt;) est genevois, il s'appelle Mark Muller, membre du parti libéral-radical, embarqué dans une sale histoire pas très nette. Il aurait frappé un barman dans une discothèque à l'occasion d'une relation extra-conjuguale, quelques autres affaires lui traîneraient aux fesses, il a choisi de démissionner ce matin. C'est un peu, de très loin, un DSK suisse. Stéphane Délétroz souhaite enregistrer mon avis "en tant que professeur de philosophie", ce que je fais bien volontiers, sans me prononcer évidemment sur le contexte politique, que je ne connais pas suffisamment :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'abord, appeler à la démission à la moindre polémique est une facilité qui heurte un principe démocratique, celui de la durée du mandat pour laquelle l'élu ou le responsable sont investis. Si un acte est délictueux, c'est à la justice de trancher, l'homme politique étant un citoyen comme un autre. Mais ce n'est pas à l'opinion publique, aux médias ou aux adversaires de faire pression pour demander sa démission, de se transformer en juge. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quant à la question morale, elle est délicate. En République, et la Suisse autant que la France sont des Républiques, il y a une distinction stricte entre la vie privée et la vie publique. C'est un principe de laïcité. Si les vices intimes (nous en avons tous !) ne contrarient pas la bonne marche des affaires de l'Etat, il n'y a pas lieu d'exiger ou d'encourager une démission. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un ministre ne doit-il pas être exemplaire ? Je me méfie beaucoup de l'intrusion de la vertu en politique, qui peut aboutir au puritanisme, à l'hypocrisie, parfois à la Terreur. On ne doit pas évaluer nos hommes politiques sur leurs moeurs. Quand la loi est bafouée, quand l'argent public est détourné, c'est autre chose, c'est encore une fois à la justice de se prononcer et à l'homme public et à son parti d'en tirer les conséquences. Mais attention aux amalgames ! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Notre société est de plus en plus prompte à se scandaliser à la moindre occasion. Ne jouons pas les Robespierre en complet-veston, ne nous laissons pas aller à une américanisation de mauvais aloi qui ne retient vraiment pas le meilleur de l'Amérique ! Si l'on devait, de l'histoire de l'humanité, disqualifier et retrancher tous les grands hommes aux comportements personnels contestables, il ne resterait plus grand monde. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà ce que j'ai dit à nos amis suisses, en guise de réflexion, sous forme de questions, pour ne pas trop céder au conformisme ambiant qui fait qu'on utilise aujourd'hui la démission comme autrefois l'Eglise maniait l'excommunication. Tout de même, savoir que la Suisse va m'entendre disserter quelques minutes sur ce sujet, ça me fait un drôle d'effet !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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C'est un lieu facilement repérable pour se donner rendez-vous. Non loin de la vitrine, les militants de Lutte ouvrière y vendent depuis des années leur journal chaque samedi, jour de marché (du moins jusqu'à présent puisque le conseiller municipal Ribeiro, très porté sur le règlement applicable aux autres, veut les en virer). Sur le bitume, devant la Maison de la Presse, parfois à plusieurs mètres de l'entrée, vous pouvez tomber sur des jouets alors qu'aucun enfant ne se signale à votre attention : ce sont les amusements de la vedette de l'endroit, bien connue des clients et des passants, Boston. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qui est Boston ? Il est tout blanc, le poil long, une grande gueule et un foulard rouge de cow-boy autour du cou. C'est le chien du patron, Monsieur Tison. Je n'aime pas trop les chiens, ils me font peur, j'ai toujours l'impression qu'ils vont me mordre. Pas Boston : c'est un bon gros chien pas méchant qui me fait penser à &lt;em&gt;Belle&lt;/em&gt; &lt;em&gt;et Sébastien&lt;/em&gt;. Il a une qualité que j'apprécie beaucoup chez les chiens et qui est assez rare : il n'aboie pas, même quand l'un de ses congénères pénètre dans le magasin. La plupart du temps, Boston garde la porte d'entrée. Les clients le saluent d'un "bonjour Boston!", parfois le caressent. Il est ici chez lui, c'est sa maison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hier après-midi, j'étais dans la Maison de Boston, pendant trois heures, pour dédicacer mon ouvrage "Les Saint-Quentinois sont formidables". Les ventes ? Ça marche bien, merci. Mais un auteur en veut toujours plus et a envie de faire partager son travail. Voilà pourquoi je m'astreins à une petite promo qui fait selon moi partie du métier. Je remarque que le commerce ne va pas nécessairement de pair avec la notoriété : beaucoup de gens viennent me saluer, discuter, me connaissent alors que je ne les connais pas forcément. Ce n'est pas pour autant qu'ils vont acheter. On dit qu'il faut être dur en affaires, mais ce sont les affaires qui sont dures. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certains visiteurs me demandent si l'ouvrage est politique. Comme quoi la notoriété a aussi des revers ! Mon étiquette de &lt;em&gt;socialiste&lt;/em&gt; est indécollable. Ça ne me dérange pas, je suis libre et fier de mes opinions, nous vivons en République. Mais il ne faut pas tout confondre et mon identité ne se résume pas à mon engagement : non ce livre n'est pas politique, encore moins socialiste. Monsieur Tison croyait même que j'étais élu municipal. Désolé, je ne suis que moi dans cet ouvrage, au service des autres. C'est amusant de voir à quoi vous réduit l'opinion : socialiste ou prof de philo en ce qui me concerne. Comme si on ne pouvait pas m'imaginer autrement ...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La Maison de la Presse, c'est un bon observatoire de la vie saint-quentinoise, une idée de chapitre pour un prochain volume. Les commerçants se plaignent souvent d'un manque de clientèle : chez Monsieur Tison, la boutique n'est jamais vide, jamais calme, les aller et venue sont permanentes, la caisse ne désemplit pas. On vient surtout acheter la presse locale et le journal &lt;em&gt;L'Equipe&lt;/em&gt;. Les gens sont polis, disent bonjour, et pas seulement à Boston. C'est finalement un lieu de convivialité : des personnes discutent avec les caissières de tout autre chose que de presse ou de librairie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pas d'incident, même minime, en trois heures de temps, dans un lieu public de passage permanent : le fait est rare. Pourtant si, un seul petit incident, plutôt amusant : une dame âgée entre et le portail sonne comme pour un voleur ! Elle n'a rien pu voler puisqu'elle vient d'entrer, mais elle veut savoir. L'employée lui explique que c'est une étiquette avec pastille électronique qui déclenche le boucan accusateur. La dame enlève son manteau et le passe devant la machine : aucun bruit. Puis son foulard : rien. Son gilet : non plus. Elle ose se déchausser : les souliers restent muets. Elle arrête là son strip-tease inopiné en disant en riant que c'est peut-être dans sa culotte que se trouve la clé du mystère ! Ça se passe comme ça à la Maison de la Presse : Boston se tait mais il arrive que la porte crie sans raison ...&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Triboulloy s'est donné comme mission et comme métier de faire rire autrui afin de le soulager des maux de la vie. Je ne suis pas spécialement malheureux ni non plus très porté sur le rire, mais une invitation à parler de mon ouvrage "Les Saint-Quentinois sont formidables" (dans lequel j'évoque Jean Triboulloy) ne se refuse pas. Je m'y suis donc rendu, ne sachant pas trop ce qui m'attendait et ce qui allait m'arriver.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'avoue que je n'ai eu ni déception, ni regret, j'ai vraiment passé un très bon après-midi. Jean Triboulloy pratique l'humour gentil et un tantinet coquin au fil des courts sketches qu'il interprète avec les comédiens de la compagnie "Les Tréteaux errants". Car on ne peut comprendre Jean que si l'on sait qu'il est fondamentalement un homme de théâtre. C'est un rire sans prétention, de bonne humeur, de joie de vivre auquel il nous convie. Les invités sont ravis, participent, Triboulloy manifestement a trouvé son public constitué de fidèles. Chansons, devinettes, petits jeux égaient la rencontre, où l'on gagne même des stylos et des sacs "offerts par Xavier Bertrand" (c'est la municipalité qui fournit les lots).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'ambiance de la rigolothérapie est difficile à décrire, il faut en être pour apprécier. Je peux malgré tout vous donner un échantillon de blague : &lt;em&gt;un monsieur&lt;/em&gt; &lt;em&gt;, amateur de thé mais plus particulièrement de thé russe, spécimen très rare, &lt;/em&gt; &lt;em&gt;entre dans un salon et demande à la serveuse : vous n'avez pas du thé russe ?&lt;/em&gt; (j'espère que vous avez tous ri, car le comique de situation passe moins bien à l'écrit). Jean Triboulloy est un mélange de Philippe Bouvard et de Raymond Devos.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le clou du spectacle, c'est la "galette des reines" (la date est passée et les rois sont détrônés mais l'humour de Jean est comme ça), avec une petite tricherie : la fève est dans la part réservée aux dames, qui sont très majoritaires dans l'assistance (huit hommes seulement !). Quand trois d'entre elles sont couronnées, Jean Triboulloy leur masque d'un foulard les yeux et demande aux hommes de venir leur susurrer un mot à l'oreille. J'étais un peu gêné, je ne suis pas très fort dans l'improvisation, j'ai quand même trouvé une formule, identique pour chaque oreille : "Vous êtes la plus belle des reines" (ce n'est pas très original mais c'est normalement un truc qui marche). Une fois les confidences terminées, les dames toujours aveugles se lèvent et cherchent des mains le corps qui appartient à la voix qu'elles ont préférée. Voilà comment la reine trouve son roi ! C'est tout de même plus rigolo que le couronnement traditionnel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce que j'ai surtout aimé, c'est de voir Jean Triboulloy presque pleurer de rire à ses propres plaisanteries. Cet homme a décidé il y a quelques années de fonder à Saint-Quentin l'association &lt;em&gt;SOS rigolothérapie&lt;/em&gt; à la suite d'une grave maladie, d'un séjour à l'hôpital qui lui ont fait comprendre que la vie ne devait pas succomber au malheur et à la tristesse, que le rire était la seule issue possible. C'est une philosophie qui en vaut bien une autre. Je crois qu'elle aide pas mal de gens à traverser l'existence : quand celle-ci ne vous sourit plus, autant s'en amuser. Je me demande si moi-même, tellement pris dans des activités fort sérieuses et parfois dérisoires, je ne devrais pas me prescrire quelques cures de rigolothérapie, sous la direction de Jean Triboulloy bien sûr ... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;http://sosrigolotherapie.e-monsite.com/&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Dur ou offensif, comme vous voudrez, ça revient au même. Après l'avoir traité de menteur la semaine dernière, c'est une accusation encore plus grave qu'il a lancée contre lui : ne pas aimer la France ! De son côté, le candidat socialiste ne s'est pas départi de sa tranquillité : ne pas entrer dans ce jeu de rôles, ne pas répondre aux attaques, rester au dessus de la mêlée, cultiver le calme et la sérénité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En ce vrai début de campagne, deux stratégies, deux images, deux personnages s'installent : le dur Sarkozy et le doux Hollande. Ils le portent d'ailleurs sur leur corps et leur visage : traits crispés, regard inquiet, gestes brusques, verbe énergique, démarche vive chez l'un, face ronde, regard apaisé, parole lyrique mais retenue, pas plus lent chez l'autre. Nicolas Sarkozy veut nous faire comprendre combien la situation est grave et combien il est le seul à pouvoir l'affronter, François Hollande suggère qu'il est temps de changer, qu'il faut rassembler et qu'il est le mieux placé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne suis pas sûr que ces lignes politiques soient complètement délibérées. C'est aussi une affaire de tempérament, un moment de vérité personnelle pour ces deux hommes qui ont toujours été, de caractère, ce qu'ils sont en train de nous montrer. Ce n'est donc pas une vulgaire mise en scène. Quand j'ai accueilli en tant que secrétaire de section François Hollande à Saint-Quentin en 1999, quand je l'ai revu par la suite dans les réunions de courant, pour le oui au traité constitutionnel européen, il était déjà ce qu'il est aujourd'hui, consensuel et sympathique. Je suppose qu'il en va de même avec Nicolas Sarkozy, un homme qui à l'instar de Staline a toujours pensé que "la meilleure défense c'est l'attaque".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis, ont-ils vraiment l'un et l'autre le choix de leur stratégie ? Donné perdant dans les sondages, Sarkozy doit rattraper son retard. Pour ça, une seule solution : donner du canon, bombarder celui qui s'échappe en tête. Hollande est pour l'instant et depuis quelque temps le premier : il doit garder cette position, ne rien faire qui puisse entraîner une chute, conserver son avance, consolider l'acquis de popularité. Surtout, les deux n'ont pas intérêt à ce qu'il y a de pire en politique : changer au milieu du gué, rompre leur stratégie, altérer leur image. Ils sont condamnés à rester ce qu'ils sont, à demeurer fidèles à eux-mêmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qui a raison, qui a tort, le dur ou le doux ? Qui va passer aux yeux de l'opinion pour le bon et pour le méchant ? Qui va gagner, qui va perdre ? La politique est une science tellement imparfaite, pleine de surprises et de contradictions qu'il est impossible dès maintenant de trancher. La dureté peut plaire, les Français peuvent aspirer à se donner encore un chef parce que ce monde est dur. La douceur peut séduire, les Français préférant un rassembleur parce qu'il est inutile de rajouter de la dureté à la dureté. J'ai bien sûr fait mon choix personnel puisque je vote socialiste depuis que je suis bébé, mais je suis incapable de prévoir ce que les autres vont faire. Nous n'aurons pas longtemps à attendre ; d'ici quelques semaines, une tendance va se confirmer, qu'il sera ensuite difficile de corriger.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Je suis toujours content quand quelqu'un est content de ce que dit François. Mais je crains comme le feu l'illusion en politique, qui va de pair avec la déception. A cette militante qui souhaite "rompre avec le capitalisme", je précise que notre candidat n'est pas vraiment sur cette ligne-là, qu'une fois parvenu au pouvoir il ne sera pas "contre la finance" mais qu'il lui faudra composer avec elle, imposer des règles, prendre des mesures sociales sans pour autant "rompre avec le capitalisme". &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je lui rappelle aussi qu'un homme politique ne se juge pas à un slogan mais à un programme, qu'il faut s'intéresser beaucoup plus aux actes qu'aux paroles, qu'en la matière François Hollande est un parfait social-démocrate, que tout son parcours politique l'atteste. Je préfère la lucidité à l'illusion. Après, chacun se fait son opinion et choisit. Mais il ne faut pas qu'il y ait tromperie sur la marchandise, comme il a pu se produire quelquefois dans l'histoire de la gauche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma militante Front de gauche me rétorque que Mélenchon faisant un bon score, le PS sera obligé de s'aligner sur une ligne plus radicale pour gagner au deuxième tour. Je souris de cette naïveté. Hollande l'a pourtant dit : dans une présidentielle, pas de négo entre les deux tours, chaque force politique se détermine par rapport aux candidats en lice. L'histoire récente du PCF prouve s'il le fallait que ce parti n'a jamais pu infléchir la ligne du PS plus à gauche. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je connais mes socialistes : discours à gauche et politique social-démocrate. Pourquoi pas, l'habileté est aussi une vertu en politique, mais je préfère qu'on accorde les mots et les actes. Même en interne, dans le jeu des courants, le PS ne s'est jamais radicalisé. C'est pourquoi Chevènement est parti, c'est pourquoi Mélenchon est parti, c'est pourquoi Montebourg, malgré son score aux primaires, n'a pas pesé sur la ligne social-démocrate actuelle. L'aile gauche n'a d'influence qu'à l'extérieur, pas sur l'appareil (à l'exception des investitures aux élections, mais nous ne sommes plus alors dans le débat idéologique).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La militante du Front de gauche avec laquelle je discute en convient finalement : Hollande n'a-t-il pas dit cette semaine qu'il était "libéral" et qu'il n'y avait plus de communistes en France ? ce qui la rend évidemment furax. Je suis obligé de préciser, une fois de plus : oui, au sens anglo-saxon du terme (Hollande s'adressait à un journal anglais), il est "libéral" c'est-à-dire partisan de l'économie de marché, et pas favorable à sa collectivisation. Nicolas Sarkozy a joué là-dessus en laissant croire à une contradiction et à un mensonge. Mais non : le marché et le socialisme ne sont pas contradictoires (Rocard le disait déjà dans les années 70). Simplement, il faut bien s'entendre sur les mots et leur définition. Lucidité et clarté, sinon on dit ou on en pense n'importe quoi, n'importe comment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quant à la disparition des communistes français, soyons cette fois précis : à l'évidence il y a un parti et un électorat communistes, François Hollande ne le nie évidemment pas ! Mais il n'y a plus aujourd'hui, à l'élection présidentielle, de candidat précisément communiste, puisque Jean-Luc Mélenchon est un ex-socialiste à la tête d'une coalition. C'est un constat, ce n'est pas un jugement, encore moins une critique envers le PCF.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je termine ma discussion avec la militante du Front de gauche en lui disant que la &lt;em&gt;discipline républicaine&lt;/em&gt; nous conduira à nous rassembler, toutes familles de la gauche, au second tour des présidentielles et des législatives, qu'en attendant chacun doit choisir et agir dans la lucidité, la clarté et la précision, sans illusion, sans confusion, sans soupçon. Si nous tenons sur cette ligne, nous pourrons aller très loin. Sinon, ce sera la déception, la rancoeur et l'échec.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Je me suis rendu à son aimable invitation parce que c'est un ancien collègue, professeur agrégé d'économie au lycée Henri-Martin, aussi parce qu'il honore régulièrement de sa présence mes activités associatives. Bref, il fait son boulot d'élu. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certes, nous n'avons pas les mêmes idées politiques. Mais je privilégie la courtoisie républicaine. Et puis, Lepoudère ne pourrait-il pas faire partie d'une équipe de gauche ? Il est membre du parti radical, ami de Borloo, admirateur de Mendès-France. C'est une sensibilité de centre droit qui n'est pas très éloignée du centre gauche social-démocrate. C'est en tout cas le sentiment que j'ai toujours eu en discutant avec Stéphane.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une bonne partie du monde politique et associatif était présent, des personnalités souvent proches de la majorité municipale mais aussi de gauche (Michel Garand, Didier Perrier, Robert Lefèvre ...). Au côté de Stéphane Lepoudère, le colonel Dutel bien sûr, maître de cérémonie en sa qualité de Grand-Croix, Jacques Destouches en représentant de l'Etat, la députée Pascale Gruny et deux sénateurs, Pierre André et Antoine Lefebvre (pour la petite histoire, le maire de Laon et la députée de la circonscription fêtaient aujourd'hui leur anniversaire !). Xavier Bertrand s'était fait excuser. Peut-être était-il à l'inauguration de la permanence de Nicolas Sarkozy à Paris ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le colonel nous a gratifiés d'un discours pédagogique que je connais presque par coeur. Je suis incollable sur la distinction entre &lt;em&gt;décoration&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;admission&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;diplôme&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;brevet&lt;/em&gt; : l'entrée dans l'ordre national du mérite se classe dans la seconde catégorie, je vous l'explique quand vous voulez ! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pierre André s'est chargé de présenter le nouveau chevalier, avec quelques saillies politiques dont il a le secret. En faisant appel au radical-valoisien Lepoudère en 1995, il pratiquait selon lui "l'ouverture" avant l'heure. Et pourquoi le mettre à la culture ? Parce qu' "il n'était pas fait pour ça" ! L'économie et la culture ne vont en effet pas trop ensemble. Mais justement : Mitterrand aussi agissait ainsi, utiliser les hommes à contre-emploi. N'est-il pas vrai par exemple que la guerre est une chose trop sérieuse pour la confier à des militaires ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au passage, Pierre André a rappelé sa conception de la culture, en égratignant l'ancienne municipalité de gauche : pour une &lt;em&gt;culture du divertissement&lt;/em&gt; ouverte à tous, contre la &lt;em&gt;culture de bobos&lt;/em&gt; qui n'attire que quelques personnes. Voilà un beau sujet de débat pour les prochaines &lt;em&gt;assises&lt;/em&gt; que doit organiser Xavier Bertrand ! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A la fin de la cérémonie, Stéphane Lepoudère était un autre homme puisque &lt;em&gt;chevalier&lt;/em&gt;. A bien observer sa tête bouclée, il est un peu entre Jack Lang et Alain Souchon, ce qui est heureux pour un adjoint à la culture. Le sous-préfet est venu vers moi pour deviser sur la rencontre, me demandant si j'avais les palmes académiques, comme s'il s'agissait d'une évidence. Franchement, est-ce que j'ai la tête à avoir des palmes ?&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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La présence d'un élu est une forme de devoir qui fait partie de la fonction. Être détenteur d'un mandat du peuple oblige. On ne peut pas le prendre à la légère, en faire n'importe quoi (en la matière, Ribeiro est le pire exemple qui soit de malhonnêteté politique). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais les absences de Céline ? Si un Conseil municipal commence par un appel nominatif et solennel du président de séance, c'est pour marquer l'importance de la présence, même muette. &lt;em&gt;Présent&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;pouvoir&lt;/em&gt;, ce sont les deux réponses qui se font alors entendre, l'absent ayant la possibilité d'exercer son mandat, en l'occurrence son vote, par l'intermédiaire d'un élu présent. Car certaines absences sont inévitables. Mais une absence prolongée pose problème.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ne faut cependant pas incriminer Céline Sené. Comme à mon habitude, j'aimerais faire un peu d'histoire récente et rappeler que ce problème n'est pas nouveau. Lorsque je me suis installé à Saint-Quentin en 1998, une de mes premières préoccupations a été d'assister du balcon aux réunions du Conseil municipal, réaction normale quand on veut en savoir plus sur la vie politique locale (j'étais loin de me douter que quatorze ans plus tard j'en serai au même point, au même endroit, mais ceci est une autre histoire !). A l'époque, de mémoire, il devait y avoir une douzaine de conseillers municipaux d'opposition. Or, deux seuls siégeaient et intervenaient régulièrement, Yves Mennesson et Jean-Pierre Lançon. Tous les autres participaient très épisodiquement et la plupart jamais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le même problème s'est posé lors de la mandature suivante (2001-2008), où l'opposition était réduite à cinq élus, dont un a cessé d'être présent au bout d'environ un an, Régis Chevalier (PS), directeur de cabinet à la mairie de Gauchy. Régis avait sûrement en tête que nous allions gagner en 2001, qu'il deviendrait naturellement adjoint. Simple élu d'opposition, ça change tout. Et puis la double casquette passait mal. Mais son absence a créé un problème politique, qu'il est bon de rappeler aujourd'hui, si l'on veut que le passé instruise le présent et prépare l'avenir : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Freddy Grzeziczak (MRC) était dans l'ordre de la liste derrière Régis Chevalier. Si celui-ci avait démissionné (comme il aurait dû normalement faire), celui-là devenait conseiller municipal. Le PS y perdait un siège au profit d'un petit concurrent déjà très médiatisé. La protestation légitime de Freddy a duré plusieurs années, sans effet, et son ralliement à Pierre André s'explique aussi par ce conflit. En politique, il ne faut jamais rien négliger mais tout prévoir : même une absence que personne ne remarque peut avoir de lointaines et fâcheuses conséquences.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Céline Sené n'est donc pas à accabler. C'est une tendance générale et ancienne qui est à déplorer, propre sans doute à toute opposition en situation de faiblesse. Il faut vraiment avoir un moral d'acier pour aller se battre contre Xavier Bertrand sans espoir de vaincre. Il n'y a que des inconvénients à en retirer. L'ingratitude de la tâche porte facilement à la lassitude. Y a-t-il des désaccords politiques ? Je n'en sais rien. N'oublions pas non plus les problèmes personnels que peut rencontrer une personne dans sa vie, ce qui devrait nous abstenir de porter tout jugement sur elle. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'empêche que le problème politique, aussi mineur qu'il paraisse, est là, comme autrefois. Comment peut-il se régler ? Difficilement. La démission dans ce cas est attendue mais insatisfaisante, car on retombe dans le schéma de Freddy dix ans auparavant, en pire. Céline Sené partant, le PS se retrouverait encore plus minoritaire qu'il n'est actuellement au sein de l'opposition municipale. L'équilibre entre gauche et extrême gauche serait rompu, l'extrême gauche deviendrait majoritaire : nous passerions d'un rapport de forces 4/4 ( 3 PS + 1 Vert/1 PCF + 1 NPA + 1 LO + 1 POI) à 3/5. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, la démission de Céline Sené ouvrirait la voie sur la liste municipale à Néné Mendy, étiqueté "Société civile", en position de remplacement. Mais c'est une sympathisant communiste puisqu'elle faisait partie du comité de soutien à Jean-Luc Tournay, candidat du PCF aux élections législatives de 2007. D'ailleurs, en septembre 2008, lorsque Antonio Ribeiro a rejoint la droite municipale, la section du PCF a lancé une pétition pour qu'il démissionne, bien certain qu'elle bénéficierait alors de l'élection d'une proche. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'est même pas certain que Néné Mendy, qui n'est pas une militante politique, accepte d'aller au casse-pipe. Après elle, le suivant est ... Jean-Luc Tournay, un grognard du communisme qui lui n'hésitera pas. Mais la représentation du PS s'en retrouverait considérablement affaiblie. La meilleure solution est comme souvent en politique la pire : &lt;em&gt;geler&lt;/em&gt; le siège pour conserver un &lt;em&gt;pouvoir&lt;/em&gt;, à la façon de Chevalier contre Grzeziczak. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette malheureuse histoire doit nous inspirer quelques enseignements pour les prochaines élections municipales, que je résumerai à quatre :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1- Constituer au premier tour une liste socialiste autonome, maître de son destin, pesant de tout son poids pour exercer un véritable leadership par la suite. C'est ce que j'avais proposé en 2007, dans les conditions et avec le résultat qu'on sait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2- Inciter tout postulant pour une liste à assister aux débats du Conseil municipal. Je suis toujours surpris de voir des candidats n'ayant aucune idée concrète de ce qui se passe dans une instance où ils aspirent pourtant à siéger. Pas étonnant qu'après il y ait des déconvenues !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;3- Spécifier à chaque candidat qu'il a autant de chance d'être élu d'opposition que de la majorité, que la politique est faite autant de gloire que d'ingratitude.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;4- Engager chacun à respecter les termes du mandat que lui a confié l'électorat, c'est-à-dire être présent autant que possible en séance du Conseil municipal. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;PS : A la suite d'un précédent billet intitulé "Plus jamais ça", un lecteur me fait savoir en commentaire qu'Antonio Ribeiro n'a pas directement suppléé à l'absence de Freddy Grzeziczak sur la liste municipale de 2008. Initialement, c'est son frère José qui avait été désigné à l'unanimité par le MRC départemental (si j'en crois mon correspondant). José Ribeiro étant confronté à des problèmes familiaux, c'est Antonio qui l'a remplacé. Dont acte. Mais cette remarque ne fait que redoubler ma critique : la &lt;em&gt;préférence familiale&lt;/em&gt; n'est pas une bonne chose en politique. Le sang n'égale pas les convictions, comme j'ai souvent eu l'occasion de le dire.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Antonio Ribeiro n'est pas né dans les choux, il n'est pas sorti de la cuisse de Jupiter. Comme la créature dans le roman à succès de Marie Shelley "Frankenstein", il a été créé par la gauche avant qu'il ne s'en sépare pour finalement se retourner violemment contre elle. A deux ans d'une élection municipale où nous devrons constituer une nouvelle liste, il est bon d'y réfléchir pour que pareille chose ne se reproduise plus. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En 2008, Ribeiro est un parfait inconnu. Jamais je ne l'ai vu à aucune réunion, aucune manifestation de la gauche. Il se prétend alors membre du MRC (Mouvement républicain et citoyen) mais je ne l'ai jamais croisé parmi les chevènementistes de la ville. La vérité, c'est qu'il fallait à l'époque quelqu'un pour remplacer Freddy Grzeziczak, rallié à la droite, et qu'on a pris alors n'importe qui. Le parti socialiste était en pleine crise, divisé. Dans les armées en déroute, on prend vite du galon : Ribeiro s'est retrouvé propulsé en tête d'affiche, lui qui venait de nulle part et qui est sans doute condamné à y retourner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n'en veux pas à l'homme, respectable comme tout homme, ni meilleur ni pire qu'un autre, que moi. Mais j'en veux au &lt;em&gt;système&lt;/em&gt; qui l'a fait naître, qu'on pouvait parfaitement éviter et qu'il ne faudra pas reproduire en 2014. J'ai à ce propos trois observations et trois propositions à faire, qui n'étonneront pas ceux qui me lisent depuis plusieurs années :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1- &lt;em&gt;La question de la compétence et de l'influence&lt;/em&gt; : à mon avis, n'importe qui ne peut pas figurer sur une liste municipale. Ce n'est pas être désobligeant envers quiconque que de le reconnaître. Représenter la gauche, assumer un mandat exigent tout de même quelques compétences, surtout quand on a le rôle ingrat et difficile de s'opposer à Xavier Bertrand. Il ne s'agit bien sûr pas de sélectionner sur diplôme ou sur examen mais de choisir collectivement les plus aptes à mener le combat, celles et ceux qui représentent un peu quelque chose sur la ville. A l'évidence Antonio Ribeiro n'en était pas. Il a tout de même été retenu. Imaginez un peu que la gauche l'ait emporté, qu'il soit devenu maire-adjoint ! C'est sans doute une des raisons, parmi beaucoup d'autres plus importantes, pour laquelle la gauche ne l'a pas emporté. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2- &lt;em&gt;La question des alliances, des courants et des partis&lt;/em&gt; : tant que la gauche locale ne raisonnera pas en termes d'hommes et de femmes mais de courants et de partis, elle devra se coltiner des Antonio Ribeiro. Une liste construite sur des alliances qui laissent des places à chaque parti sans droit de regard sur leurs candidats conduit inévitablement à favoriser des inconnus ou des aventuriers. Bien sûr chaque parti de gauche doit être représenté, chaque courant aussi, mais pas à n'importe quelle condition : la tête de liste doit avoir un droit de veto. Chaque partenaire propose et c'est la tête de liste qui dispose. Sinon celui-ci ne fait plus figure de leader quand on lui impose des candidats dont il ne veut pas parce qu'ils ne sont pas bons. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;3- &lt;em&gt;La question du leadership socialiste&lt;/em&gt; : c'est le problème principal, tout le reste découle de là. Il faut un leadership socialiste fort, et même intransigeant, qui pèse de toute son autorité sur ses partenaires, lesquels sans le PS n'arriveraient jamais à avoir des élus. Dans une ville moyenne comme Saint-Quentin, le PS doit être influent, présent, énergique, au même niveau que l'adversaire, ambitieux comme lui. Je le pense depuis cinq ans, depuis que le départ d'Odette Grzegrzulka a inauguré une nouvelle période pour la gauche, qui jusqu'à présent ne me convient pas parce qu'elle tourne le dos aux trois principes que je viens d'émettre, parce qu'elle nous conduit hélas dans l'impasse. Puisse le malheureux incident d'hier faire prendre conscience de la situation et qu'on ne revive plus jamais ça.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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C'est vrai que les deux interventions principales d'Olivier Tournay (opposition, PCF), sur la vidéo-surveillance et la carte scolaire, étaient des reprises sans surprise. Bref, un Conseil municipal à Saint-Quentin sans histoire ... s'il n'y avait eu la longue et stupéfiante déclaration préalable d'Antonio Ribeiro (majorité, Gauche moderne).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fera bientôt quinze ans que j'assiste régulièrement aux séances, c'est la première fois que je vois ça : presque une demi-heure de propos surréalistes et scandaleux, s'en prenant aux élus de l'opposition, à leur caractère, jouant de la dérision à travers une rhétorique souvent confuse. Ce n'était pas à l'honneur de son auteur ni de la démocratie locale que d'en arriver à une telle bassesse. Si ce n'était pas grave, je ferais le coup du mépris, comme Olivier Tournay. Mais ces paroles ne peuvent pas rester sans réaction. Je suis obligé de reprendre ce qui a été dit pour que chacun en mesure l'ignominie et parfois le ridicule.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Antonio Ribeiro a commencé par justifier son abstention (par pouvoir) lors du vote sur le budget en précisant que si c'était maintenant à refaire il voterait ... pour le budget, parce qu'il a eu depuis la réponse à la question qu'il se posait (on ne saura jamais laquelle, ça vaut d'ailleurs peut-être mieux). Burlesque, tout comme le principal reproche qu'il lance à l'opposition : ne pas poser les bonnes questions, ne pas être finalement une véritable opposition (hallucinant !). Pour un peu on aurait cru que l'opposition à la droite, que la gauche locale c'était lui et lui seul !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ensuite a démarré une incroyable série d'attaques personnelles qui n'en finissaient pas, chaque élu d'opposition nommément cité en prenant pour son grade (sauf Carole Berlemont, on se demande bien pourquoi). Jean-Pierre Lançon ? "Il trompe son électorat", "n'est virulent que dans la voix". Frank Mousset ? "Doux, timide et muet". Michel Aurigny ? "Il parle pour ne rien dire", "n'est pas ouvrier" (référence à son appartenance au Parti ouvrier indépendant). Nora Ahmed-Ali (que Ribeiro appelle "Madame Nora" !) ? "Un papillon qui ne ferait pas de mal à une mouche", "une élue Verte qui a besoin de mûrir". Anne Zanditenas ? Ribeiro s'est moqué de son engagement auprès d'Arlette Laguiller. Olivier Tournay ? Il s'est vu accusé de connivence avec le Centre social Artois-Champagne où travaille sa camarade Corinne Bécourt. Céline Sené ? "La honte vivante de l'opposition saint-quentinoise" parce qu'"elle ne siège plus depuis trois ans" (ce qui est faux : elle est absente mais pas à ce point). Je passe sur les allusions obscures à la subvention sportive de Fresnoy-le-Grand pour laquelle Lançon et Tournay auraient selon le leader de la Gauche moderne des choses à se reprocher.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce discours était indigne, déplacé, inacceptable. Où est le respect ? Le plus stupéfiant c'est que l'opposition l'a écouté sans broncher, sans l'interrompre (trente minutes c'est long !) et une fois Ribeiro ayant évacué ses dernières gouttes de venin, elle n'a rien dit, rien rétorqué (sauf Anne Zanditenas, brièvement et sans l'indignation que méritait une telle intervention). J'en suis resté bouche bée. Tant de violence ... puis le silence, ce qui revient en politique à accepter. Non, chef de l'opposition, je n'aurais pas laisser passer. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'abord, au bout de cinq minutes, je me serais levé en entraînant derrière moi tous les élus d'opposition, qui n'avaient pas à assister à leur propre humiliation. Ensuite, de retour, sans entrer dans le jeu vicieux d'Antonio Ribeiro, sans répondre à ses allégations qui n'appellent que l'indifférence, j'aurais rappelé à Monsieur le Maire, président de la séance, garant de la bonne tenue des débats, quelques principes sur lesquels tous les républicains peuvent s'accorder : pas d'attaques sur les personnes, pas de propos calomnieux, pas de sous-entendus litigieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut si l'on veut traiter l'incident de ce soir à la rigolade et Ribeiro de bouffon. Je ne le prends pas comme ça mais très au sérieux : nous avons assisté à une atteinte à la démocratie que tout le monde devrait condamner (je suis persuadé que bien des élus de la majorité, quoique ne portant pas l'opposition dans leur coeur, ont été ulcérés par ce qu'ils ont entendu). On peut penser ce qu'on veut des uns et des autres, donner son point de vue avec la passion qui est propre au combat politique, on n'a pas le droit de s'exprimer comme ça. J'espère vraiment que ça ne se reproduira pas.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Toutes les années 70 me sont alors revenues à l'esprit : la lutte contre l'Etat, la critique de la famille, l'amour libre. Aujourd'hui c'est terminé : on réclame plus d'Etat, plus de sécurité, la famille est une valeur-refuge et le sexe est devenu un marché sur internet. Mes pensées nostalgiques se sont vite dissipées. Le Larzac c'est si loin ! Le Larzac c'est fini ... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, hier soir, au multiplexe de Saint-Quentin, en voyant le superbe documentaire de Christian Rouaud "Tous au Larzac", suivi d'un débat animé par l'écologiste Armelle Gras et le &lt;em&gt;désobéissant&lt;/em&gt; Xavier Renou, la nostalgie m'a repris, je suis retourné avec plaisir, grâce au cinéma, dans ce formidable mouvement politique et culturel qu'a été pendant une décennie la résistance à l'extension du camp militaire (vous avez jusqu'à mardi pour aller voir ce film).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah le Larzac, toute une époque et quelle époque ! Au départ, le milieu n'est vraiment pas soixante-huitard : de petits agriculteurs accrochés à leurs propriétés, conservateurs et catho. Puis viennent les &lt;em&gt;maos&lt;/em&gt; qui se font paysans parmi les paysans et veulent changer le monde. Oui, moi qui vous écris, j'ai vécu ça, un temps où des femmes et des hommes rêvaient en rouge d'une société radieuse et y sacrifiaient leur vie personnelle et professionnelle. A côté, Mélenchon ressemble à Bayrou, Poutou et Arthaud sont des sociaux-démocrates. Les &lt;em&gt;maos&lt;/em&gt; c'était quelque chose !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis est venu Lanza del Vasto, un spirituel vaguement indien, pacifiste, prêchant la non violence, voulant, lui, changer l'homme de l'intérieur, tout le contraire des &lt;em&gt;maos&lt;/em&gt;. Mais quelle belle idée aussi, disparue aujourd'hui ! Cet espèce de prophète entraîne à sa suite l'arrivée des hippies. Le Larzac se lève, en 1972-1973, lorsque l'esprit de Mai s'éteint. Ce plateau des Causses est le refuge puis progressivement le cimetières des espoirs de 1968. L'extrême gauche y a trouvé l'occasion unique de jouer la guerre de classes grandeur nature contre un adversaire honni et redoutable, l'armée française. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le documentaire de Rouaud rapporte une scène étonnante, complètement oubliée, la visite de François Mitterrand au Larzac en 1974, où il faillit se faire lyncher ! Pourtant, le leader socialiste campait à l'époque sur des positions très à gauche. Grande leçon de l'Histoire : l'extrême gauche s'est toujours nourrie d'antisocialisme, en s'opposant à la culture électoraliste et parlementaire du PS et du PCF.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En 1978, les &lt;em&gt;maos&lt;/em&gt; ont disparu et les hippies ne sont plus à la mode. Il n'est plus question alors de changer l'homme ou la société. Mais les paysans du Larzac demeurent fidèles et obstinés, ils montent à pieds sur Paris, entrent dans la capitale sans banderole ni slogan, au seul son de leurs bâtons de marche frappant le sol. Ce bruit qui s'élève au milieu du silence est impressionnant : il signifie la mort politique d'un mouvement désormais réduit à ses revendications foncières initiales.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ironie de l'Histoire : le Larzac a gagné grâce à l'homme qu'il avait pourtant hué. C'est François Mittterrand, après son élection en 1981, qui annule le projet d'extension du camp militaire. Ce qui avait commencé dans un esprit de révolution se termine par un décret gouvernemental d'un simple réformiste. Le Larzac depuis est laissé au vent, aux moutons et à nos rêves perdus. Son histoire est triste comme la vie. La politique sans les &lt;em&gt;maos&lt;/em&gt; ni Lanza del Vasto est devenue une envie de maire-adjoint et de conseiller général. C'est fini, nous n'irons plus jamais au Larzac.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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En même temps ce n'est pas si banal que ça : la plupart des gens que je croise dans la journée, je ne leur serre pas la main, je les salue de la tête et de la voix. C'est encore moins banal quand les deux personnes sont des adversaires qui s'apprêtent à se livrer à un combat à mort, dans lequel il y aura inévitablement des coups bas, parce que la politique est comme ça depuis la nuit très noire des temps. Vous m'avez compris : je veux parler de François Hollande et de Nicolas Sarkozy, qui se sont hier serrés la main lors du traditionnel dîner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La presse évoque ce matin la rencontre comme un petit événement alors qu'il ne s'est rien passé : deux hommes seulement qui se sont salués. Mais l'importance accordée à cette poignée de main n'est pas usurpée. L'image n'est pas anodine : elle a un sens profond, deux mains qui se touchent et qui s'étreignent c'est beau. Je pense à la chanson : "Si tous les gars du monde voulaient s'donner la main ..." C'est un symbole de fraternité. Dans l'adversité ? Mais oui, car ce n'est pas contradictoire. La politique n'est pas la guerre civile, le débat n'est pas un combat, la démocratie n'est pas un ring. Voilà ce que nous dit cette photo aujourd'hui dans nos journaux. Et c'est très heureux. Se serrer la main c'est faire la paix, c'est reconnaître l'autre, c'est lui adresser une forme d'estime qui n'empêchent pas la suite, la lutte pour le pouvoir et pour emporter l'adhésion des Français.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a bien sûr des poignées de main qui sont malheureuses, celle de Pétain à Hitler, fausse poignée de mains d'ailleurs, comme le plus fort dans la cour d'école s'amuse à écraser la main du plus faible. Il y a la poignée de main électorale, que l'homme politique adresse à tout le monde, à n'importe qui, qu'il ne connaît pas, qu'il ne regarde pas. C'est plus précisément ce qu'on appelle du &lt;em&gt;serrement de&lt;/em&gt; &lt;em&gt;louche&lt;/em&gt; puisque la partie de votre corps ainsi manipulée ne ressemble plus à une main. Pourtant, la main est chez l'homme ce qu'il y a de plus fin, de plus subtil, de plus humain après les yeux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a plusieurs façons de serrer les mains : certains vous empoignent au point de vous prendre presque en même temps l'avant-bras, d'autres au contraire vous attrapent le bout des doigts en laissant filer le reste de la main. Il y a aussi la façon des enfants et des amoureux qui s'aiment trop pour se serrer la main mais qui se prennent &lt;em&gt;par la main&lt;/em&gt;. J'ai en mémoire l'étrange scène de ce qu'on appelle très justement &lt;em&gt;le couple franco-allemand&lt;/em&gt;, François Mitterrand et Helmut Kohl main dans la main, comme des écoliers ou des amants, en signe de paix et de réconciliation après trois conflits barbares et meurtriers qui ont opposé nos deux peuples. Hollande-Sarkozy hier soir c'était un autre sens, c'était moins fort mais pas moins beau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Revenons-y : leur poignée de main n'était pas de pure politesse, comme lorsqu'on croise quelqu'un et qu'on ne peut pas faire autrement que le saluer. Chacun était assis à sa table, dînant et discutant, ils auraient pu l'un et l'autre s'ignorer, rester à leur place. L'un des deux a dû faire le premier pas, ce qui ne va jamais de soi, en amour comme en politique (j'ai en tête la très belle chanson de Claude-Michel Schönberg, "Le premier pas"). François Hollande avait peut-être à l'esprit non pas ce chanteur mais la phrase qu'il avait entendue dans le discours de Nicolas Sarkozy, à propos du rapprochement israélo-palestinien : "Qui doit commencer, faire le premier pas ? Celui qui tend la main est-il un naïf ou un fort ?" François a manifestement choisi la force à la naïveté : il s'est levé, il a marché, il a salué.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce n'était pas évident. Le protocole est muet dans ce cas particulier. Etait-ce au chef de l'Etat ou au candidat socialiste d'entamer la démarche ? Hollande a bien fait, c'est conforme à son image de rassembleur, d'homme qui ne cherche pas inutilement la crispation et le conflit. A Saint-Quentin, je suis toujours attentif au comportement de nos élus en matière de poignée de main. Car c'est leur &lt;em&gt;job&lt;/em&gt;, malheur à celui qui ne s'y plie pas ! Dans une manifestation publique, je ne me dirige pas vers les élus, de la majorité ou de l'opposition, je ne suis pas un sujet en monarchie mais un citoyen en République, je n'ai pas à faire la révérence, j'attends qu'ils viennent à moi, les obligés ce sont eux. Je n'aime pas trop non plus ceux qui ne saluent que les proches, les &lt;em&gt;copains&lt;/em&gt; et ignorent les autres ; ce n'est pas républicain c'est clanique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vous salue bien, tous.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Il marche vite, est visiblement pressé : pas de doute, dans cette direction un seul objectif, la gare pour prendre le train. L'homme est habillé de sombre, le pantalon bien coupé, la veste et la chemise ajustées au corps. Il ne regarde pas les passants, il est plongé dans ses pensées, ses yeux balaient le sol. Sa démarche, son rythme, son allure ne sont pas d'ici. On dirait quelqu'un qui marche dans les rues de Paris ou les couloirs du métro. Les Saint-Quentin ont un pas beaucoup plus lent et surtout ils observent ceux qui les croisent, recherchent un visage ami.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'homme qui redescend le soir la rue d'Isle a l'aspect encore juvénile quoique il ne soit pas un jeune. Un petit sac à dos l'accompagne et apporte une touche d'originalité. Si vous l'entendiez parler, vous trouveriez qu'il parle bien, et sans le moindre accent picard. Quel est cet homme que j'aperçois depuis une dizaine d'années suivre le même chemin, qu'il parcourt dans l'autre sens le matin ? C'est Hervé Cabezas, conservateur du musée Antoine-Lécuyer. C'est un monsieur qui vient de Paris, ça se sent et ça se voit. Quand j'étais enfant, j'avais aimé un film avec Jean Lefebvre, "Un idiot à Paris". Hervé Cabezas, c'est &lt;em&gt;un Parisien à Saint-Quentin&lt;/em&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hier soir, il donnait une conférence dans &lt;em&gt;son&lt;/em&gt; musée. Habituellement, il laisse la place à des invités. Là c'était lui, pour nous parler de Voltaire, de Rousseau et de leurs relations avec Maurice-Quentin de La Tour. Dans ce genre d'intervention, le ton joue beaucoup : Hervé Cabezas a été vif, frais, spontané. Le timbre de la voix exprimait tout l'intérêt, la passion même qu'il porte à son sujet. Par moments il prenait la voix de Voltaire comme un comédien interprétant un rôle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des gravures passaient sur un grand écran qui barrait la grande salle du musée entre ses colonnes. Le conservateur devait aller de la lecture de ses notes au maniement de l'ordinateur pour faire avancer les images. C'est un exercice délicat. Hervé Cabezas se perdait régulièrement dans ses papiers à la recherche d'un fil directeur qu'il avait perdu, sa parole dépassant largement son texte. Il aurait dû continuer dans l'improvisation où il excelle. A la fin, il s'est excusé devant moi de n'être pas "un professionnel de la parole". Pas de quoi : c'était très bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai ainsi appris que Maurice-Quentin de La Tour n'habitait pas très loin de Voltaire dans le quartier de Paris qui est aujourd'hui celui de Beaubourg, cette proximité géographique expliquant que le philosophe ait fait appel au peintre. Hervé Cabezas a illustré ce propos par une petite vidéo montrant les lieux, centre Pompidou et église Saint-Merri, s'excusant juste après pour ce "gadget", comme s'il n'était pas digne d'un conservateur de musée. Moi j'ai pourtant aimé. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean-Jacque Rousseau a reconnu en Maurice-Quentin de La Tour "le seul qui m'ait peint ressemblant", même s'il a rendu plus hommage à sa probité qu'à son talent. Le célèbre portrait de celui dont on fête cette année les trois-cents ans a permis de promouvoir son auteur dans le monde entier. A la fin de la soirée, Hervé Cabezas a brusquement quitté les participants avec lesquels il était en train de s'entretenir. C'est que le technicien s'apprêtait à ranger le grand écran et que les mouvements de celui-ci menaçaient dangereusement les murs et les peintures : on n'est pas conservateur pour rien. Avant de redescendre la rue d'Isle et de rejoindre la capitale, Monsieur Cabezas n'a qu'une préoccupation, qu'une passion, qu'une vie : &lt;em&gt;son&lt;/em&gt; musée !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Car c'est bien d'une guerre dont il s'agit en France, avec ses victimes et ses morts, ses routes coupées, ses trains bloqués, ses voitures paralysées : la guerre contre le froid ! Heure par heure, la radio décrit l'avancée du front c'est à dire du froid. Les cartes d'état-major ne sont plus plantées de petits drapeaux mais de températures. L'ennemi ne progresse plus en kilomètres mais en millimètres de neige. "La France a peur" disait Roger Gicquel dans les années 70. Aujourd'hui &lt;em&gt;la France a froid&lt;/em&gt; !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le langage lui-même s'en ressent, les mots eux aussi sont pris par le froid. Impossible de rencontrer quelqu'un, surtout ceux qui n'ont rien à dire et qui sont nombreux, sans qu'il vous parle du froid pour s'en étonner et s'en plaindre. Il va falloir changer l'expression "parler de la pluie et du beau temps" visiblement passée de mode. Le vocabulaire d'usage est à la mesure de notre peur : "vague de froid" (un peu comme un tsunami sans eau), "épisode neigeux" (on se croirait dans une série télévisée), "vigilance", "alerte". Pour qualifier l'ennemi, vous avez le choix : ce grand froid est "glacial", "polaire" ou "sibérien". &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette année, j'ai remarqué que "sibérien" avait la cote, peut-être à cause du succès du livre de Sylvain Tesson, la récente &lt;em&gt;année de la Russie&lt;/em&gt; ou une réminiscence de Michel Strogoff. Quoi qu'il en soit, nos températures françaises actuelles n'ont rien à voir avec celles de la lointaine et terrible Sibérie. Mais qu'importe : est vrai ce qu'on désire être vrai et non pas ce qui est vrai, comme le pensait en substance le philosophe Baruch Spinoza. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hier soir c'était carrément l'angoisse, nommée "pic d'électricité", avec cette hantise d'une France sans énergie, plongée dans l'obscurité, retournant à la chandelle et à la grosse laine. Rien ne s'est évidemment passé, pas de "pic", nous avons tous continué à consommer comme d'habitude mais la France s'est offerte une jolie peur, une &lt;em&gt;peur bleue&lt;/em&gt; c'est le cas de le dire, qui a fait ressortir toutes nos phobies et qui prouve à quel point nous sommes attachés à la société de consommation (les écolos ont encore du boulot !).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une nouvelle distinction conceptuelle est apparue chez les météorologues, qui sont aujourd'hui aussi importants et écoutés que les théologiens au Moyen Âge : la température &lt;em&gt;réelle&lt;/em&gt; et la température &lt;em&gt;ressentie&lt;/em&gt;. C'est assez simple : il fait froid mais vous avez l'impression qu'il fait encore plus froid. Vous êtes dans les Yvelines mais vous avez le sentiment d'être en Alaska. On retrouve la pensée de Spinoza : ce n'est pas la réalité qui compte mais la perception que vous en avez. Voilà pourquoi votre fille est muette et la France se les gèle ! L'individualisme s'est introduit dans les &lt;em&gt;variations saisonnières&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La traduction vestimentaire de ce phénomène psychologique, c'est la mode ridicule de la &lt;em&gt;chapka&lt;/em&gt;, apparue il y a deux ou trois ans, depuis que la France a décidé, à la risée des pays nordiques, de faire du froid son ennemi. Ce chapeau avec ses oreilles poilues nous donne des gueules d'épagneul, nous fait ressembler aux &lt;em&gt;Dupondt&lt;/em&gt; d'Hergé déguisés en Russes ou en Scandinaves. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette singulière réaction des Français à l'égard d'un hiver tout à fait normal révèle trois contradictions que notre société a du mal à assumer :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1- Notre système économique et social a beau être moderne, il n'a pas supprimé des scandales aussi anciens que l'humanité : la vieillesse, la maladie, la pauvreté existent toujours, le froid qui est sans pitié nous le rappelle alors que nous préférerions ne pas les voir. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2- Nous pensions avoir à peu près maîtrisés la nature : les animaux ont cessé d'être des dangers, le feu, l'eau et le vent ne menacent plus guère, peuvent être arrêtés, dominés. Mais contre le froid l'homme moderne est impuissant, inefficace. C'est le dernier élément qui ne se plie pas à la volonté humaine. Et ça nous ne l'acceptons pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;3- Notre société ne repose pas comme on le croit sur la liberté, encore moins sur l'égalité mais sur le confort qui est notre enfant chéri. "Froid moi ? Jamais !" c'est la fière publicité d'une marque de sous-vêtement, c'est le désir de toute la société moderne. Autrefois, il n'y a pas si longtemps, les gens avaient souvent froid, personne ne songeait à s'en lamenter, c'était dans l'ordre des choses, la fin de l'hiver était une réjouissance. Aujourd'hui, dans mes activités associatives, je sais d'expérience qu'on est prêt à me pardonne beaucoup de choses mais pas un léger courant d'air, un petit air frais, une température de salle qui ne serait pas &lt;em&gt;ambiante&lt;/em&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On va où comme ça ? Vers une France morte de ridicule à défaut de honte et à force de trembler de froid autant que de peur.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Une oreille de classe moyenne à l'écoute de la vérité qui sort de la bouche des ouvriers. En tout cas ça devrait être ainsi. Encore plus à Saint-Quentin, ville de gauche qui se donne depuis dix-sept ans à la droite. C'est pourquoi il est indispensable pour un socialiste de lire l'enquête de Nicolas Totet dans le &lt;em&gt;Courrier Picard&lt;/em&gt; d'hier, qui laisse s'exprimer les ouvriers saint-quentinois sur la présidentielle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les propos sont édifiants, je vous en livre en vrac quelques-uns significatifs : "&lt;em&gt;Ce&lt;/em&gt; &lt;em&gt;serait bien que ce ne soit pas toujours les mêmes qui payent ... Je ne crois plus en personne ... C'est toujours l'ouvrier qui trinque ... Ce n'est pas parce qu'on changera de président que ça ira mieux ... La politique on n'en parle pas à l'usine ... On sait pour qui on ne va pas voter ... C'est tellement compliqué la politique ... Tout augmente sauf les salaires ... On est mal barré, on ne sait pas trop sur quel pied danser&lt;/em&gt;".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis il y a cette phrase terrible, l'une des rares indications de vote dans ces paroles d'ouvriers : "&lt;em&gt;Je n'ai pas fait mon choix entre Mélenchon et Le Pen, ça&lt;/em&gt; &lt;em&gt;dépendra de leurs meetings&lt;/em&gt;". Terrible parce que signe d'une confusion totale, d'une perte de repères politiques et idéologiques lorsqu'on hésite entre l'eau et le feu. Christophe Tézier, dans son billet de &lt;em&gt;L'Aisne&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Nouvelle&lt;/em&gt; d'hier, fait part de ce même constat : "&lt;em&gt;Tous les jours, la classe&lt;/em&gt; &lt;em&gt;ouvrière est harcelée par deux prétendants. Jadis chasse gardée de la gauche, son coeur balance aujourd'hui entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen&lt;/em&gt;".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces paroles d'ouvriers doivent interpeller les socialistes. L'enjeu est de devenir audible à notre électorat historique. Après les débats Hollande-Juppé et Aubry-Fillon ou l'intervention dimanche dernier de Nicolas Sarkozy, les observateurs se sont félicités de la &lt;em&gt;haute tenue&lt;/em&gt; des échanges, du &lt;em&gt;bon niveau&lt;/em&gt; dans la précision et la technicité. Ce que je remarque, c'est la différence avec les présidentielles précédentes : les discours n'atteignaient pas en effet un tel degré de précision et de technique dans les argumentations (allant jusqu'à des détails probablement fondamentaux mais peu parlants pour la plupart des citoyens). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En 2007, Ségolène Royal avait su toucher le coeur des jeunes de banlieues, Nicolas Sarkozy par des formules simples et efficaces s'était rallié une partie de la classe ouvrière. J'ai l'impression qu'aujourd'hui les grands candidats ont oublié toute pédagogie, qu'ils se refusent à faire vibrer la corde des sentiments, qu'ils font assaut entre eux de performance technicienne. Leurs développements truffés de chiffres (j'ai envie d'écrire &lt;em&gt;truqués de chiffres&lt;/em&gt; tellement on peut leur faire dire n'importe quoi) me sont particulièrement insupportables : si j'étais meneur de débats politiques, j'interdirais le recours aux chiffres, exigeant qu'on ne parle que d'idées et de projets. La politesse et l'élégance consistent à être compréhensible de tous. Ces manies aristocratiques (comme telles étrangères à nos bourgeois) sont aussi des vertus républicaines auxquelles je m'astreins dans mon métier et mes activités associatives. Ce devrait être le premier devoir des politiques : être accessible à tous par le langage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Laisser la pédagogie à la démagogie des extrêmes, abandonner les valeurs pour les statistiques sont des crimes envers la classe ouvrière qui n'entend rien à ce qu'on lui dit, la classe moyenne ne comprenant parfois pas mieux mais faisant &lt;em&gt;semblant&lt;/em&gt;, la petite bourgeoisie ayant besoin de montrer qu'elle est aussi intelligente que la grande et qu'elle peut aussi bien qu'elle cultiver les apparences (c'est ma définition morale du bourgeois : tout individu qui fait &lt;em&gt;semblant&lt;/em&gt;, à quoi j'oppose la sincérité ou le silence ouvriers).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je saisis bien les nécessités de nos principaux candidats : Sarkozy a un bilan à défendre et Hollande une crédibilité à démontrer. Ajoutez à ça le contexte économique et budgétaire et le discours technocratique s'en trouve justifié. Mais ce n'est pas politiquement une raison. Si nos candidats ne se mettent pas à la portée du peuple, le peuple se mettra à la portée d'autres candidats. Personne n'y gagnera, ni le peuple, ni la République.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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La rencontre a été menée de main de maître, comme toujours, par Luc Dufour, remarquable de clarté et de précision. Il nous fait ressentir la puissance et l'efficacité de l'organisation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme il y a six ans, je participerai. A première vue mes préoccupations sont loin du sport ; en réalité elles m'y ramènent. J'ai fait pendant longtemps du vélo de randonnée et le Tour de France, l'événement sportif national le plus connu à travers le monde, me passionne en tant que mythe et symbole. Les plus grands écrivains ont célébré dans d'admirables pages cette épopée moderne, la chanson s'en est emparée, le cinéma l'a mise en scène. C'est ce côté-là, culturel, qui m'intéresse. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis également touché par la dimension populaire du Tour de France. Quand il passe dans une ville, même si vous n'aimez pas particulièrement le cyclisme, vous ne pouvez pas rester indifférents, vous vous déplacez, vous allez voir passer le peloton. Pourquoi ? Parce que le Tour est à la France ce que la tragédie était à la Grèce antique : une lutte entre des extrêmes, une bataille de géants, un mélange de joie et de souffrance, le jeu du hasard et de la fatalité, l'épreuve de la volonté morale et de la force physique, bref les ressorts fondamentaux de la tragédie dont le Tour de France est la moderne version. On ne retient de la course cycliste que son aspect ludique, convivial, festif : on oublie que c'est essentiellement une tragédie qui se joue sur la route et dans les roues. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfant, j'ai grandi dans le duel Eddy Merckx - Raymond Poulidor, qui n'était pas seulement sportif mais métaphysique, prompt déjà à me faire philosopher : Merckx c'était le meilleur, le premier, une machine à gagner mais une tête pas sympa, sans sourire, le regard baissé quand on l'interviewait et un nom qui sonnait mal. Poulidor c'était tout le contraire : un nom qui chante, le bon gars toujours souriant, les yeux pétillants, tellement sympa qu'on lui avait attribué un surnom aussi simple qu'affectueux, &lt;em&gt;Poupou&lt;/em&gt;, mais jamais premier malgré ses efforts, ayant contre lui le destin ... et Eddy Merckx. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toute ma vie j'entendrai résonner dans ma tête ce cri d'encouragement : &lt;em&gt;allez&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Poupou !&lt;/em&gt; C'est plus qu'un appel du coeur, c'est une leçon de morale : l'injustice qui frappe le bon au profit du meilleur. Mais entre le bon et le meilleur, quelle différence ? Poulidor aurait largement mérité d'être ce qu'il n'a jamais été : le premier. Cette question me hante jusqu'à aujourd'hui : pourquoi un bon n'est-il pas le premier ? La seule explication m'est inacceptable : la fatalité, le concours cruel des circonstances. Raymond Poulidor restera à jamais l'éternel second. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma seule consolation et la sienne sûrement, c'est qu'il a été aimé, qu'il est devenu beaucoup plus populaire qu'Eddy Merckx, comme si le peuple voulait faire mentir la décision arbitraire des dieux (parlons ainsi puisque nous sommes en pleine tragédie grecque). Battu mais aimé ou gagnant mais laissant indifférent, le choix est cornélien, comme cette fois dans la tragédie classique française. Etre Poulidor ou Merckx ? c'est peut-être la seule vraie question de notre existence.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Or elle a été peu commentée, même à gauche. Qu'a dit la plume de Nicolas Sarkozy, l'idéologue du régime ? Que "François Hollande n'est pas républicain", rien que ça ! Est-il donc vrai que les Français s'apprêtent à élire à la tête de la République un homme qui n'est pas républicain ? C'est &lt;em&gt;énorme&lt;/em&gt; comme on dit aujourd'hui. Ne croyez pas qu'il s'agisse de la part de son auteur d'un effet de tribune : Guaino est un intellectuel qui sait maîtriser les mots et les idées. Il faut par conséquent prendre au sérieux ses propos, les comprendre et les réfuter, ce que je vais essayer de faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'accusation sévère du conseiller spécial du chef de l'Etat repose sur la distinction entre &lt;em&gt;démocrate&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;républicain&lt;/em&gt; : Hollande serait l'un mais pas l'autre, ce qui atténue la charge de la critique mais ne l'efface pas non plus. Ce que je conteste, c'est la pertinence d'une telle distinction, dialectique jusqu'au sophisme : à vrai dire et à penser juste, un démocrate ne peut qu'être républicain et un républicain démocrate. Les deux engagements sont indissociables, et je vous explique pourquoi :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu'est-ce que la &lt;em&gt;république&lt;/em&gt; ? Étymologiquement c'est la &lt;em&gt;chose publique&lt;/em&gt;, l'intérêt général. Qu'est-ce que la démocratie ? C'est le &lt;em&gt;pouvoir du&lt;/em&gt; &lt;em&gt;peuple&lt;/em&gt;. On voit bien, pris à leur racine, que les concepts ne se contredisent pas mais se complètent, s'imbriquent. L'intérêt général s'assimile à la volonté majoritaire du peuple, la volonté du peuple (que Jean-Jacques Rousseau appelle "volonté générale") exprime l'intérêt général. Un républicain qui n'est pas démocrate, c'est une absurdité, un non sens, une impossibilité ou bien un jeu de mots. Idem pour un démocrate pas républicain : François Hollande est donc autant l'un que l'autre, ni plus ni moins l'un que l'autre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Henri Guaino étaie sa démonstration par quatre exemples concrets qui prouveraient selon lui que François Hollande n'est pas républicain. Je veux les reprendre et y répondre un par un :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1- &lt;em&gt;Hollande n'a pas voté la loi interdisant la burka&lt;/em&gt;. Est-ce que les républicains d'autrefois ont interdit la soutane ou le voile pour les religieux catholiques ? Non, ce qui ne les empêchait pas d'être de scrupuleux républicains. Interdire ou ne pas interdire la burka n'est pas ce qui établit une séparation entre républicain et non républicain. Quand les cas sont peu nombreux, quand la persuasion est préférable à la sanction, quand il y a un risque de stigmatiser une communauté, on ne fait pas appel à la loi, ce n'est pas un comportement &lt;em&gt;non républicain&lt;/em&gt; pour autant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2- &lt;em&gt;Hollande soutient "les pédagogistes de gauche qui ont détruit l'autorité du maître", &lt;/em&gt;dixit Guaino. Non, l'autorité du maître n'est pas "détruite" mais elle a changé parce que la société a changé, qu'on le regrette ou qu'on s'en réjouisse. Les pédagogues ("pédagogistes" est un terme polémique qui ne veut rien dire) essaient de repenser une autorité scolaire qui soit conforme aux besoins des élèves d'aujourd'hui. On peut être en désaccord avec cette perspective, on peut rêver à l'école de grand-papa, on ne peut pas sérieusement qualifier cette démarche de &lt;em&gt;non&lt;/em&gt; &lt;em&gt;républicaine&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;3- &lt;em&gt;Hollande s'est opposé à la suppression des IUFM&lt;/em&gt;, qui d'après Guaino n'était pas en accord avec la République. C'est vraiment pousser le bouchon très loin : les enseignants ont besoin de formation et de formateurs, qu'ils trouvaient dans les IUFM, peut-être mal, peut-être insuffisamment. Mais je ne vois pas en quoi leur absence, leur disparition sont particulièrement &lt;em&gt;républicaines&lt;/em&gt; !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;4- &lt;em&gt;Hollande est favorable à la charte des langues vivantes et minoritaires&lt;/em&gt;. Et c'est cette position qui mettrait la République en danger ? Bien sûr que celle-ci est &lt;em&gt;une et indivisible&lt;/em&gt;, bien sûr que la langue française est le ciment de la communauté nationale. Mais il n'y a pas péril en la demeure à favoriser l'expression et l'éducation des langues régionales !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Henri Guaino oppose une &lt;em&gt;gauche républicaine&lt;/em&gt; (Chevènement, Mélenchon) à une gauche qui ne le serait pas parce que &lt;em&gt;communautariste&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;soixante-huitarde&lt;/em&gt;. Le raisonnement ne tient pas : Jean-Luc Mélenchon est tout autant soixante-huitard que républicain et François Hollande n'est pas communautariste parce qu'il défend par exemple, en accord avec toute la gauche, le droit de vote pour les immigrés aux élections locales. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis une gauche &lt;em&gt;non républicaine&lt;/em&gt; serait par la force des choses une gauche &lt;em&gt;anti-républicaine&lt;/em&gt; : on peut sans doute faire des reproches au candidat socialiste, pas celui d'être hostile à la République ! De droite ou de gauche, chacun selon sa sensibilité est républicain, François Hollande y compris, et c'est très heureux ainsi. Il n'y a qu'une triste exception : le Front national, dont les idées, les références et l'histoire ne sont pas en phase avec les traditions républicaines.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Non pas parce qu'ils se ressemblent : au contraire, ces deux candidats socialistes à la présidentielle sont opposés. Mais parce que j'ai compris pourquoi l'un avait perdu en 2002 et pourquoi l'autre pouvait gagner en 2012. Le déclic est venu d'une petite phrase, d'une image : à la question de savoir si Hollande avait l'impression de &lt;em&gt;fendre l'armure&lt;/em&gt; comme Jospin dix ans auparavant, il a répondu que non, qu'il n'avait pas &lt;em&gt;fendu&lt;/em&gt; mais revêtu l'armure. C'est là où j'ai tout compris.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En politique, il ne faut pas &lt;em&gt;fendre l'armure&lt;/em&gt;. D'abord une armure ça ne se fend pas, ce n'est pas le bois qu'abattent les bûcherons, c'est du métal. Et puis une armure c'est un vêtement de guerre, une protection contre les coups durs : la politique en a l'utilité, elle ne peut pas s'en priver. Le jour où Lionel Jospin a déclaré avoir &lt;em&gt;fendu l'armure&lt;/em&gt;, il a sans doute complu à la psychologie qui nous demande de nous livrer, mais sûrement pas à la politique qui exige de se dissimuler (François Mitterrand le savait et le faisait très bien). L'animal politique est une bête à carapace. Le roi n'est jamais nu, sinon il devient vulnérable. Jospin en 2002 a cédé à tous ceux qui le présentaient idiotement comme un &lt;em&gt;psycho-rigide&lt;/em&gt;. Il est mort au moment même où il a renoncé à l'armure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;François Hollande a en tête cette défaite-là, comme il a en tête la victoire de François Mitterrand en 1981. On le présentait comme mou, indécis, arrangeant ? Son physique de petit gros jovial renforçait cette fausse opinion ? Il s'est transformé en homme de fer, en homme de guerre, il a enfilé l'armure comme d'autres rechargent leur fusil ou montent sur leur cheval. Hollande sait que le combat sera rude, il se doit d'être chevalier à fléau et bouclier. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme au Moyen Age, il a situé l'affrontement au niveau de &lt;em&gt;l'honneur&lt;/em&gt;, celui qu'aurait Nicolas Sarkozy à ne pas vouloir perdre et le sien sans doute à vouloir gagner. Il se sent porté, c'est certain, et nous le sentons aussi avec lui depuis quelques jours : François Hollande a désormais la possibilité de devenir président de la République. Mais rien n'est fait, tout peut encore basculer dans les prochaines semaines. La droite lui reproche son &lt;em&gt;arrogance&lt;/em&gt;. Elle a tout faux, elle confond arrogance et assurance, prétention et fierté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'armure de François Hollande, c'est aussi ce corps qu'il a libéré des mauvaises graisses, qu'il a forgé par la volonté, qu'il a en quelque sorte sculpté pour la bataille médiatique. Nombre de Français(e)s se reconnaîtront dans cet effort-là, à l'heure des régimes alimentaires et sportifs qui eux aussi sont de fer. Ridicule ou secondaire ? Non, la politique exige de se durcir de corps et d'esprit. Pour lutter contre l'adversaire et le vaincre, il faut commencer par se vaincre et se dominer. Être soi-même, comme nous y invite la psychologie moderne, ça ne veut rien dire : on n'est jamais soi-même quand les autres sont là, devant nous, contre nous. Même devant le miroir, on n'est pas vraiment soi-même. Rien ne vaut décidément une bonne vieille armure pour face face à la vie et aux échéances politiques, sans oublier une lance et une épée à ses côtés.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Une seule toute petite critique : un langage parfois trop &lt;em&gt;techno&lt;/em&gt;, pas assez &lt;em&gt;peuple&lt;/em&gt;. Mais je veux aborder cette intervention télévisée sous un autre angle auquel on ne pense pas : la mutation de la &lt;em&gt;culture de gauche&lt;/em&gt; qu'elle provoque. Sur trois points fondamentaux, il y a rupture avec les habitudes socialistes :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;1- Le je au lieu de nous&lt;/em&gt; : la &lt;em&gt;culture de gauche&lt;/em&gt; est fortement collective, elle se méfie autant de l'individualisme que de la personnalisation, elle a parfois du mal avec les notions de &lt;em&gt;chef&lt;/em&gt; ou de &lt;em&gt;leader&lt;/em&gt; (je parle ici de la culture socialiste de base). Je me souviens, il y a dix ans, d'une réunion de section où je posais la question (récurrente à Saint-Quentin) du &lt;em&gt;leader&lt;/em&gt;. A quoi mes camarades ont répondu que chacun militant à son niveau était &lt;em&gt;leader&lt;/em&gt; du socialisme, que nous n'avions pas besoin de &lt;em&gt;patron&lt;/em&gt;, notion de droite. François Hollande rompt avec ce tropisme égalitariste, dit &lt;em&gt;je&lt;/em&gt;, se met en scène, personnalise, assume une certaine solitude d'autant plus facilement qu'il n'a jamais été le représentant d'un courant au sein du parti.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;2- Le pour au lieu du contre&lt;/em&gt; : la &lt;em&gt;culture de gauche&lt;/em&gt; est spontanément anti, critique, protestataire, ce qui a son charme et son utilité mais aussi ses limites. On a vu en 2007 combien l'antisarkozysme était une impasse. François Hollande rompt spectaculairement avec cette posture qui est aussi une facilité. Il va jusqu'à refuser de prononcer le nom de son adversaire, ne s'adressant qu'aux Français, se concentrant sur son projet. Le socialisme traditionnel se définit essentiellement &lt;em&gt;contre&lt;/em&gt;, la social-démocratie de François Hollande se prononce &lt;em&gt;pour&lt;/em&gt;. C'est culturellement assez nouveau à gauche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;3- Le dirigeant au lieu de l'opposant&lt;/em&gt; : ce qui m'a beaucoup marqué dans l'émission d'hier soir, c'est que François Hollande se comportait comme s'il avait déjà gagné, comme s'il était dès maintenant président de la République. C'était impressionnant. Alain Juppé a parlé d' "arrogance". Mais non, Hollande n'a rien d'une personnalité &lt;em&gt;arrogante&lt;/em&gt; ! Se mettre en situation, faire &lt;em&gt;comme si&lt;/em&gt; on exerçait le pouvoir, penser et agir en conséquence, ce n'est pas de l'arrogance, c'est de la bonne méthode, de la pédagogie politique. On ne gagne que si on a un moral et un comportement de gagnant ! Ce n'est pas de l'anticipation (impossible) mais une utile disposition d'esprit. La victoire précède le combat alors qu'on croit faussement qu'elle en est la conséquence. François Hollande nous apprend ça : en politique il ne faut pas réfléchir et réagir en &lt;em&gt;opposant&lt;/em&gt; mais en &lt;em&gt;dirigeant&lt;/em&gt;, surtout quand on est dans l'opposition.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette mutation historique dans la &lt;em&gt;culture de gauche&lt;/em&gt; aura des retombées dans tout le parti, y compris j'espère dans la gauche saint-quentinoise : que ses représentants assument pleinement leur rôle de &lt;em&gt;leaders&lt;/em&gt;, énergiques et mobilisateurs, sans craindre la personnalisation et la médiatisation ; qu'ils cessent de se définir &lt;em&gt;en opposition&lt;/em&gt; à Pierre André et Xavier Bertrand mais parlent d'eux-mêmes, de leurs actions, de leur projets ; qu'ils se comportent en futurs &lt;em&gt;dirigeants&lt;/em&gt;, qu'ils fassent sentir que dans leurs rangs se trouvent le futur député et maire de Saint-Quentin, les adjoints et conseillers généraux de demain. Ne reste-t-il pas encore quatre jours pour présenter ses voeux ?&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Je connaissais les &lt;em&gt;signes&lt;/em&gt; &lt;em&gt;extérieurs de richesse&lt;/em&gt;, mais pas de&lt;em&gt; puissance&lt;/em&gt;. Du coup, quelques réflexions me sont venues à l'esprit à propos de cette formule inédite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La richesse laisse facilement voir des signes extérieurs puisqu'elle se traduit matériellement par des biens. En revanche, la puissance est un concept abstrait qui ne renvoie à aucun signe particulier qui soit flagrant, sauf en monarchie la couronne, le sceptre et le trône. Mais en démocratie ? Comment montrer à l'autre qu'on détient le pouvoir ? Remarquez bien que la responsable de la Ligue contre la violence routière a dénoncé des &lt;em&gt;signes extérieurs de puissance&lt;/em&gt;, pas des signes extérieurs &lt;em&gt;de pouvoir&lt;/em&gt;. La puissance c'est le pouvoir qui s'exhibe, ostentatoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon expérience me fait penser que tout individu qui dispose d'une part de pouvoir veut le faire savoir et qu'il existe quelques signes extérieurs à cet effet. Dans l'activité professionnelle, nul besoin de signes : le métier se suffit à lui-même sans nécessité à l'extérioriser. Mais le pouvoir est une réalité tellement diffuse et contestable que des signes doivent lui donner vie et réalité. Je repère cinq signes extérieurs de pouvoir (et donc de puissance), présents à n'importe quel niveau, quelle que soit l'importance du pouvoir :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;1- Le titre&lt;/em&gt; : grâce à lui, l'homme de pouvoir se distingue de la masse, des anonymes, de ceux qui n'ont pas le pouvoir. Une carte de visite chargée de titres en impose. Leur signification n'a strictement aucun importance. Ce n'est pas la fonction qui compte, c'est l'étiquette. Les noms sont souvent aussi ronflants qu'un titre nobiliaire ou qu'un haut grade maçonnique. L'essentiel est qu'ils impressionnent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;2- La cravate&lt;/em&gt; : même si la mode est moins impériale que naguère, le costume-cravate continue de figurer l'homme de pouvoir, indécrottablement endimanché. Un bout de tissu qui pend sur la bedaine et un quidam devient un autre homme. Sa flèche dirige vers le sexe (je laisse les psy faire sur ce point leur travail) mais c'est la tête qu'elle rehausse. En costume-cravate, un homme est plus grand qu'en &lt;em&gt;jean&lt;/em&gt; et col roulé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;3- La place&lt;/em&gt; : l'homme de pouvoir, dans une réunion publique, a sa chaise réservée, aussi dure à ses fesses que n'importe quelle chaise, mais &lt;em&gt;réservée&lt;/em&gt; et devant de la scène, en tête de l'assistance, avec parfois son nom ou son titre accrochés au dossier, ce qui change tout. Pas question que la puissance se dilue en allant s'asseoir n'importe où, au milieu de n'importe qui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;4- Le bureau avec secrétaire&lt;/em&gt; : à ce stade, nous entrons dans le coeur de la puissance. A défaut de palais, un bureau lui suffira et un fauteuil en cuir tout confort, pivotant, fera office de moderne trône. L'homme de pouvoir a besoin d'exercer son pouvoir sur quelqu'un : la secrétaire est là pour ça, payée pour ça. Elle lui est aussi précieuse que son téléphone mobile multi-fonctions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;5- La voiture avec chauffeur&lt;/em&gt; : c'est le &lt;em&gt;must&lt;/em&gt;, le signe extérieur de puissance qui fascine et irrite le plus le pékin. La puissance n'est pas statique mais dynamique, énergique : elle doit bouger, circuler. Les chaises à porteurs et ses laquais, les carrosses et ses cochers n'existent plus mais les voitures de fonction avec chauffeur ont pour tâche de donner à la puissance son lustre. Le pékin conduit lui-même son engin, l'homme de pouvoir ne touche pas le volant, se fait transporter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il doit bien s'ajouter à ces &lt;em&gt;signes extérieurs de puissance&lt;/em&gt; quelques autres. En tout cas, le pouvoir est chose trop fragile, trop ingrate, parfois trop pauvre pour que les hommes puissent se passer de ces signes qui les identifient. Sinon le roi ou nos roitelets seraient à poil. Nous devons nous en amuser et peut-être avoir pitié.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Ce soir c'était le Front de gauche, vendredi la section (rebelle) du PCF, samedi le parti socialiste : à chaque fois ce sera l'occasion pour les partis de gauche de présenter leurs candidats aux élections législatives. A quoi il faut ajouter le lancement de la campagne présidentielle des socialistes axonais demain à Festieux, en présence de Stéphane Le Foll, bras droit de François Hollande.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le Front de gauche à Saint-Quentin c'est nouveau et c'est un espoir pour ceux qui aspirent à une gauche &lt;em&gt;normale&lt;/em&gt;, qui ne soit plus sous l'influence de l'extrême gauche, qui soit beaucoup plus en phase avec la ligne nationale de ses partis respectifs. La section communiste de Saint-Quentin est beaucoup plus proche du NPA que de Jean-Luc Mélenchon (pour lequel elle ne fait d'ailleurs pas campagne). C'est pourquoi la candidature Front de gauche de Guy Fontaine est la bienvenue. Son résultat électoral peut ouvrir un espace politique intéressant en vue des prochaines élections municipales.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce soir, il y avait beaucoup de monde lors de l'inauguration du local de campagne, 114 rue d'Isle. Clin d'oeil amusant : l'adresse est située juste en face du même local électoral qu'occupait Odette Grzegrzulka aux législatives de 1997 ! Dans l'assistance, on reconnaissait plusieurs figures du syndicalisme saint-quentinois, essentiellement CGT, FSU et SNES et des représentants du monde associatif. Gérard Brunel, premier secrétaire fédéral, et Alix Suchecki, ancienne maire-adjointe puis conseillère municipale d'opposition étaient bien sûr présents. La suppléante de Guy est Laurianne Alluchon, de la Gauche unitaire, une tendance du NPA qui a voulu rompre avec l'isolement et qui a préféré rejoindre le Front de gauche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ce genre de réunion, les discours ne sont pas ce qui retiennent d'abord mon attention (j'ai l'habitude, je connais d'avance la tonalité, rien de nouveau sous le soleil). En revanche, les discussions qui suivent, autour du buffet, sont les plus enrichissantes. C'est vraiment là qu'on mesure une ambiance, un climat, qu'on recueille éventuellement quelques informations. C'est à brûle-pourpoint, dans les conversations à bâtons rompus qu'on apprend beaucoup. J'en livre ce qui est politiquement utile aux idées que je défends, ce qui conforte les analyses qui sont les miennes, ce qui peut contribuer à la réflexion collective, si possible à une prise de conscience.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi j'ai noté que la montée du Front national préoccupait, surtout ici à Saint-Quentin, dans une sociologie de gauche qui a du mal à trouver politiquement ses marques. C'est mon point d'accord avec Jean-Luc Mélenchon : il faut reconquérir le terrain laissé à l'extrême droite, s'en prendre directement à Marine Le Pen avec toute la virulence nécessaire. De ce point de vue, l'offensive du Front de gauche va dans la bonne direction. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autre souci : la division de la gauche saint-quentinoise, dont personne ne se réjouit. Deux candidatures communistes ça la fiche mal tout de même ! Et puis, en tant que socialiste, je me dis aussi que la candidature de Guy Fontaine, qui est un bon profil pour le PCF, mordra sans doute sur l'électorat d'Anne Ferreira. Si nous étions capables d'arriver au second tour, cette compétition serait électoralement profitable. Mais le doute subsiste tant la droite est puissante et l'extrême droite menaçante. J'espère que les uns et les autres prendront la mesure de leurs responsabilités, Corinne Bécourt et Olivier Tournay en présentant leurs voeux vendredi soir, Anne Ferreira et Guy Fontaine en se croisant lors d'une soirée privée samedi soir. Envisager le compromis est toujours préférable à la tentation du rapport de forces interne à la gauche.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Tintin c'est le triomphe du bien. Il ne fait rien de mal, ne pense jamais à mal. Franchise, courage et amitié sont ses vertus majeures. La &lt;em&gt;ligne claire&lt;/em&gt; inventée par Hergé n'est pas seulement un style graphique, c'est une clarté morale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que fait Tintin ? Le bien. Mais qui est Tintin ? Là c'est la ligne floue, et même le virage dangereux. Une identité personnelle se décline en quelques critères. Tintin ne souscrit à aucun, ou alors faiblement. Il n'a pas de famille, pas vraiment de métier (vaguement &lt;em&gt;reporter&lt;/em&gt; au début), pas de maison à lui (il loge souvent à Moulinsart), sans âge précis (jeune garçon ou adulte ?), assez peu sexué (un côté androgyne), sans visage typé (rond, simple, lisse, avec pour seule originalité une houppe un peu ridicule), sans forte personnalité (il est gentillet, rien d'autres). Son nom dit tout, en l'occurrence rien : &lt;em&gt;Tin-tin&lt;/em&gt;, la répétition stupide d'une syllabe. Personne ne s'appelle comme ça. A la limite, Tintin n'existe pas. Il incarne le bien dans toute sa transparence, c'est-à-dire sans incarnation humaine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ses amis sont autant de doubles obscurs de Tintin, sa face cachée, ses désirs inavouables, son refoulé assez violent. Il y a d'abord le grand copain, Haddock, dont la moralité est très discutable, à la différence de Tintin : grossier, alcoolique, violent, parfois méchant. Mais l'identité, chez lui, est très marquée : marin de profession (il le porte sur lui et dans son nom), doté d'une prestigieuse généalogie, habitant un ancestral château, d'un âge mûr et d'une virilité ostentatoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tournesol lui non plus ne laisse aucun doute sur son identité, quoiqu'elle soit contradictoire, éclatée : ce scientifique est un occultiste (il se balade avec un pendule "toujours plus à l'ouest"), facilement irascible jusqu'à verser dans la folie. Sa surdité provoque des quiproquos, des malentendus, des incompréhensions. Ce professeur inventeur est l'homme du lapsus permanent. Son chapeau est rond, son pendule tourne rond, son nom évoque une plante qui tourne avec le Soleil mais lui, Tournesol, ne tourne vraiment pas rond ! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les Dupondt ont une moralité aussi douteuse qu'Haddock et Tournesol : des policiers méchants, des justiciers ridicules. Quant à leur identité, elle est problématique : ces jumeaux ne se distinguent que par la dernière lettre de leur nom et des "Je dirais même plus". Ces deux-là vivent dans le mimétisme et la surenchère. Ce sont des doubles en quête de minuscules différenciations. Lorsqu'ils veulent passer inaperçus dans un pays étranger, se fondre dans la population, ils revêtent des costumes si folkloriques que tout le monde les remarque et en rit. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bianca Castafiore, la rare identité féminine qui apparaisse dans les récits d'Hergé : mais est-elle femme ... ou homme ? Elle est corpulente, parle fort, fait vibrer les vitres et casser les verres. "Ciel mes bijoux !" s'écrie-t-elle. A quels &lt;em&gt;bijoux de famille&lt;/em&gt; pense-t-elle, cette créature castratrice ? "Ah je ris de me voir si belle en ce miroir", hurle-t-elle : de ce côté-là, pas de problème d'identité, c'est le miroir (déformant) qui a le dernier mot. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Séraphin Lampion c'est le plouc hilare, le représentant de commerce intarissable, la trivialité exacerbée, la normalité insupportable, le Français (ou le Belge ?) moyen dans ce qu'il a de plus &lt;em&gt;moyen&lt;/em&gt;, aussi ordinaire et populaire qu'un lampion de fête ou de 14 juillet. Tous les personnages de Tintin ont des problèmes d'identité, tous hormis Tintin ont une moralité contestable. Milou n'y échappe pas : il est régulièrement partagé entre bien et mal, petit chien certes mais mi-loup aussi, cabotin, sale et querelleur. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Trois albums de la série cernent parfaitement les deux questions philosophiques, identitaires et morales, à l'oeuvre dans &lt;em&gt;Les aventures de Tintin et Milou&lt;/em&gt;. Dans &lt;em&gt;L'île noire&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Tintin au Tibet&lt;/em&gt;, deux monstres se révèlent finalement être des créatures bienfaisantes. Dans &lt;em&gt;L'oreille cassée&lt;/em&gt;, une statuette est contrefaite. Seul un bout d'oreille distingue l'original et la copie. Pour conclure : la moralité n'est pas ce qu'on croit, l'identité est fragile. Relisez &lt;em&gt;Tintin&lt;/em&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Que s'est-il donc exactement passé ? Non pas la présentation de son projet (c'est pour jeudi prochain) mais la naissance d'un ego. Mais oui ! Jusqu'à présent, Hollande passait pour un candidat &lt;em&gt;normal&lt;/em&gt;, un Français moyen, presque un citoyen lambda, sympathique et intéressant, pas très charismatique (voir mon billet de ce dimanche). Il en faut évidemment plus pour faire un président : avoir un tempérament, un style, une épaisseur, bref un ego. Depuis hier, depuis le Bourget, c'est fait ! (je le savais depuis longtemps mais cette vérité ne se voyait pas).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, il est de mode depuis quelques années de dénoncer le &lt;em&gt;bal des egos&lt;/em&gt;, de se plaindre des &lt;em&gt;egos surdimensionnés&lt;/em&gt;. Ce sont des balivernes : la politique exige d'avoir une forte personnalité, une ambition énorme, une volonté démesurée. Qui croirait qu'on puisse réussir quand on est l'ombre de son ombre, discret, craintif, doux, pas sûr de soi et dépourvu de toute ambition ? Il y a même en politique une part d'agressivité qui est requise, sans laquelle on n'est pas crédible. François Hollande s'est enfin hissé à cette hauteur, il a tissé en lui cet ego sans lequel aucune victoire n'est possible. Laissons la dénonciation de l'ego aux moralistes et aux prêtres ; en politique ça n'a pas sa place.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu'est-ce qui me faire dire qu'un ego hier est né ? D'abord la mise en scène de la solitude du candidat pendant son discours : pas de &lt;em&gt;brochettes&lt;/em&gt; d'élus ou de responsables derrière lui, comme on en voit trop souvent dans les meetings politiques (le plus drôle c'est lorsqu'il s'agit de &lt;em&gt;brochettes&lt;/em&gt; de carpes, muets mais simplement là pour montrer qu'ils sont là !). Le grand politique n'a aucunement besoin d'être entouré. Au contraire, il se méfie des entourages qui souvent enferment pendant qu'ils soutiennent. Un possible vainqueur est un homme seul, qui ne recherche pas par anticipation la fraternité consolatrice et larmoyante des vaincus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ensuite l'ego se manifeste dans le discours de François Hollande par l'emploi fréquent du &lt;em&gt;je&lt;/em&gt;. Un homme politique qui dit &lt;em&gt;nous&lt;/em&gt; a déjà perdu. Il n'assume pas sa responsabilité, il prévoit déjà de la diluer, de partager avec d'autres les raisons de sa défaite. Malheur à qui ne veut pas assumer en politique ! Il est fichu, la population sent qu'il n'ira pas loin. Hollande assume, il parle à la première personne parce qu'il est &lt;em&gt;la&lt;/em&gt; première personne. Cette personnalisation est renforcée par les références à son enfance, à sa vie privée dont on se fout pourtant royalement. Mais quand on veut devenir le roi, on ne peut pas s'en ficher, il faut la mentionner, montrer que tout en soi, y compris l'existence personnelle, est au service de l'ambition publique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin il y a le discours en lui-même : non pas une série barbante de mesures prononcées sur un ton monocorde mais des mots qui claquent comme un drapeau, des formules en guise de coup de fouet, tout un style qui fait l'homme, l'ego. J'ai beaucoup aimé, il y avait du souffle, de l'allure (Laurent Fabius cette fois n'a pas pu s'endormir !). Jamais le nom de l'adversaire n'a été prononcé, quoique sa politique ait été sans cesse critiquée. C'est du grand art, à quoi on reconnaît les meilleurs. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je m'amuse parfois à voir dans certains mauvais discours (qui sont tout aussi instructifs à entendre que les bons) le nom et les idées de l'adversaire repris plus souvent que le nom et les idées de celui qui s'exprime : c'est tout de même fabuleux de faire ainsi la promotion de la personne qu'on veut abattre ! Hollande est très loin de cette stupidité, il côtoie les cimes. Qu'il continue ainsi, avec cet ego forcément &lt;em&gt;surdimensionné&lt;/em&gt; qui mène le &lt;em&gt;bal&lt;/em&gt; de la présidentielle : à force il finira par devenir président de la République.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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La tête passe avant ce qu'il y a dedans, les idées. Celle de François Hollande, sur l'affiche qui annonce son premier grand meeting présidentiel aujourd'hui au Bourget, que vous inspire-t-elle ? Le philosophe Emmanuel Lévinas développe toute une théorie du visage comme signe d'humanité, découverte et compréhension d'autrui. Que vous apprend la tête de François Hollande ? C'est important une tête en politique : c'est un &lt;em&gt;chef&lt;/em&gt;, aux deux sens du terme. Et quand on veut être efficace, pas une seule doit dépasser sauf celle-là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'affiche est sobre, comme l'homme : costume sombre sur fond blanc. Pas de fioritures, même pas de slogan : &lt;em&gt;ecce homo&lt;/em&gt;, voici l'homme, c'est tout. L'homme de la situation ? Ce n'est pas les socialistes qui en décideront mais le peuple français. Pas de sourire non plus, dans une époque où il est de bon ton de montrer ses dents jusqu'aux oreilles : l'homme ne cherche pas à plaire, à séduire. Il est là, tout simplement, prêt, disponible. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette tête porte des lunettes, ce qui est rare en politique (on se souvient des grosses montures de Chirac et Mitterrand, mais il faut remonter aux années 70-80). Aujourd'hui, la coquetterie a gagné même les hommes, qui ont recours aux lentilles. Pas Hollande, qui n'a rien à cacher : pourtant, ses lunettes sont discrètes, presque fondues dans son visage. Elles sont faites pour voir mais on les voit à peine. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Derrière les verres, le regard est doux, pas insistant. Au dessus, le front est large, les cheveux perdent du terrain. C'est une tête toute en hauteur. Un petit tiers du visage est dans une légère pénombre. Ce n'est pas à proprement parler une &lt;em&gt;bonne tête&lt;/em&gt; (sa tête joufflue d'avant, oui) mais une tête tranquille (prélude à la &lt;em&gt;force tranquille&lt;/em&gt; mitterrandienne ?), une tête paisible. D'elle se dégage immédiatement une impression de sérieux. Ce visage est commun, ordinaire : c'est votre conseiller financier, votre chef de service, le voisin du pavillon d'à côté, un cadre moyen, le cousin qui a réussi et qu'on invite de temps à temps à dîner. On confierait volontiers à cette tête-là son argent, ses enfants et les clés de l'appartement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A-t-il la tête de l'emploi (présidentiel) ? Ce sont les Français qui le diront dans trois mois. La démocratie serait tellement plus simple, et bien peu démocratique, si seuls les militants choisissaient ! En tout cas, François Hollande ne sera élu que si la majorité des électeurs éprouvent un puissant désir de normalité, de social-démocratie rassurante, après cinq années de rupture et de transgression. En poussant un peu (mais quand même un peu trop), je me demande si l'alternative ne se fera pas paradoxalement entre un conservateur de gauche qui rassure (en protégeant les acquis sociaux) et un réformateur de droite qui inquiète (en voulant adapter la société au monde tel qu'il est). Le désir de socialisme n'est sans doute pas à l'ordre du jour (hélas) mais le désir de normalité oui. "Candidat normal", c'est ainsi que se présentait François il y a quelques mois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avant ce visage, il y a eu d'autres visages de camarades qui m'ont marqué, avec à chaque élection présidentielle une particularité, un trait qui se détachait : le sourire éclatant et permanent de Ségolène, jusque dans la défaite ; les yeux légèrement globuleux, le regard très clair, quasiment transparent de Lionel Jospin qui venait vous chercher quand vous le regardiez. Nicolas Sarkozy, ce n'était pas un visage qu'on retenait mais un corps en mouvement, la tête donnant l'impression de suivre les jambes. Chez François Hollande, rien de tout ça, rien qui ne surgisse : seulement un visage qui se donne à voir, aucune originalité, pas de signe distinctif qui viendrait perturber sa normalité. Hollande, ça pourrait être chacun d'entre nous, Français moyens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On le compare souvent à l'autre François, Mitterrand, et paraît-il qu'il en joue. Je ne crois pas qu'un homme aussi sérieux soit très joueur. Si ressemblance il y a, elle est fortuite ou d'apparence. Dans la gestuelle peut-être ... Le verbe est parfois amusant, mais dépourvu de cette cruauté mitterrandienne qui en faisait son charme vénéneux. Surtout, le visage est trop lisse, trop fin. Chez Mitterrand, il exhibait les stigmates de l'âge, des épreuves et des défaites comme autant de blessures de guerre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'homme du 10 mai 1981 avait la face tragique ; Hollande non. Sa tête n'est pas assez creusée, ridée, crispée, typée. Par dessus tout, il lui manque ce port altier, ce cou souverain, ce front de majesté qui faisaient de François Mitterrand un roi et puis un "Dieu". Tout le visage du président socialiste, de la prunelle des yeux à la commissure des lèvres, exprimait une ironie retenue devant cette comédie humaine qu'est la politique. François Hollande n'est pas comme ça : sérieux certes mais sympa, une tête pas sévère, pas méchante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En matière de visage, il ne faut pas se fier aux apparences. Cette tête que vous voyez là, en vignette, a été travaillée plus que n'importe quelle autre tête politique. Mitterrand s'était fait limer les dents, une broutille. Hollande a fait beaucoup plus et beaucoup mieux : il s'est refait une tête, amincie, rajeunie, posée, maîtrisée. Un peu comme les empereurs autrefois se faisaient sculpter un buste à leur avantage. Sauf que celui de François est taillé dans la chair, pas dans la pierre. Une tête de président ?&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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L'&lt;em&gt;anti-&lt;/em&gt;&lt;em&gt;système&lt;/em&gt;, ce serait l'idéologie à la mode, les partis qui ont électoralement le vent en poupe. Mais qu'est-ce que ce &lt;em&gt;système&lt;/em&gt; auquel ils s'opposent ? Pour Le Pen c'est la République, pour Bayrou c'est le bipartisme, pour Mélenchon c'est le marché. Ce n'est donc pas, pour chacun, le même &lt;em&gt;système&lt;/em&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En vérité, la notion de &lt;em&gt;système&lt;/em&gt; ne veut pas dire politiquement grand-chose, me semble d'un usage fantasmatique et donc dangereux. Je connais le &lt;em&gt;système nerveux&lt;/em&gt;, le &lt;em&gt;système scolaire&lt;/em&gt; ou le &lt;em&gt;système métrique&lt;/em&gt; mais LE système en général ça n'a pas de sens. N'étant hostile ni à la République, ni au bipartisme, ni au marché, je ne me reconnais donc pas dans leurs contempteurs. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne vois qu'une seule pertinence à l'expression &lt;em&gt;anti-système&lt;/em&gt; : c'est au sein du courant révolutionnaire, à l'extrême gauche, qui non seulement dénonce la société (le &lt;em&gt;système&lt;/em&gt;) mais veut changer radicalement de société. C'est l'objectif du NPA, de LO et du POI mais pas de Marine Le Pen, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon. Or l'extrême gauche ne décolle pas dans les sondages alors que la crise financière pourrait la favoriser. Mon explication : la gauche protestataire, radicale prospère quand la social-démocratie est au pouvoir, en opposition à celle-ci (d'où les forts scores de l'extrême gauche en 2002). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Paradoxalement, les trois candidats &lt;em&gt;anti-système&lt;/em&gt; sont plus des produits du &lt;em&gt;système&lt;/em&gt; que des adversaires : Le Pen est une créature du &lt;em&gt;système&lt;/em&gt; &lt;em&gt;médiatique&lt;/em&gt;, Bayrou a longtemps été une personnalité du &lt;em&gt;système politique&lt;/em&gt; de droite et Mélenchon du &lt;em&gt;système politique&lt;/em&gt; de gauche (tous les deux ont été ministres et l'autre est députée européenne). Pourquoi les électeurs se laissent-ils tenter par des candidatures aussi ambiguës (surtout Le Pen et Bayrou) ? Ce n'est pas tant un vote &lt;em&gt;anti-système&lt;/em&gt; qu'un vote &lt;em&gt;anti&lt;/em&gt;. &lt;em&gt;Anti&lt;/em&gt; quoi ? &lt;em&gt;Anti&lt;/em&gt; n'importe quoi, &lt;em&gt;anti&lt;/em&gt; tout : un désir de &lt;em&gt;changer pour changer&lt;/em&gt;, sans espoir particulier. C'est évidemment inquiétant. Le changement n'a pas de sens en soi mais en vue d'un projet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'&lt;em&gt;anti&lt;/em&gt;-&lt;em&gt;système&lt;/em&gt; est en réalité un terme polémique, comme dans les années 30 Charles Maurras parlait de l'&lt;em&gt;anti&lt;/em&gt;-&lt;em&gt;France&lt;/em&gt;, en désignant ainsi les protestants, juifs, maçons et communistes. La formule était alors dépréciative, très négative, injurieuse même alors que l'&lt;em&gt;anti&lt;/em&gt;-&lt;em&gt;système&lt;/em&gt; passe pour valorisant, assumé, proclamé. Dans les deux cas, ce ne sont pas des expressions pertinentes et objectives.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne veux pas terminer ce billet en laissant croire que je confondrais les trois candidats &lt;em&gt;anti-système&lt;/em&gt;. L'un, Le Pen, n'est pas républicain alors que Bayrou et Mélenchon le sont. Mais celui-ci est de gauche et celui-là centriste : c'est pourquoi je souhaite personnellement à Jean-Luc Mélenchon le plus fort score possible, à François Bayrou le plus faible score possible et à Marine Le Pen de ne pas obtenir ses 500 signatures afin qu'elle soit évincée de la compétition présidentielle. Elle est contre le &lt;em&gt;système&lt;/em&gt; ? Qu'elle en soit donc exclue !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Évidemment, cet incident minuscule fait parler et se moquer. Je veux prendre la défense de mon camarade injustement brocardé. Sa faiblesse d'un instant est parfaitement justifiée. On évoque parfois le &lt;em&gt;sommeil du juste&lt;/em&gt; ; je parlerais plutôt ici du sommeil du sage. Oui il peut être bon et raisonnable de s'assoupir en politique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Moi même j'ai quelquefois succombé à cette tentation : je me souviens d'une réunion avec DSK à Paris il y a quelques années où je n'ai pas pu résisté alors que je me trouvais pourtant dans les premiers rangs, très visible (on n'a souvent pas le choix de sa place, on rêve d'un fond de salle dans la pénombre). Oscar Wilde disait qu'&lt;em&gt;on&lt;/em&gt; &lt;em&gt;résiste à tout sauf à la tentation&lt;/em&gt;. C'est faux : on résiste à tout sauf au sommeil. Lutter contre lui ne fait que renforcer son emprise. A tout prendre, mieux vaut lâcher prise quelques minutes puis remonter à la surface, la conscience enfin éveillée. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piquer du nez c'est atroce, c'est comme un avion qui s'écrase ou un bateau qui sombre : on n'y peut rien, on se laisse doucement aller, il n'y a qu'un sursaut qui nous sauve, mais provisoirement, car la tête s'alourdit à nouveau, les paupières pourtant si légères pèsent des tonnes. Dans ce genre de situation, il faut se garder du pire, éviter les ronflements qui trahissent un sommeil discret, prévenir le voisin qu'un coup de coude sera le bienvenu si besoin est.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi y a-t-il donc en politique un &lt;em&gt;sommeil du sage&lt;/em&gt; ? D'abord parce qu'un discours politique est généralement une répétition d'un discours entendu mille fois auparavant. S'endormir ne fait rien perdre de ce qu'on sait déjà, qu'on connaît par coeur, qu'on n'a pas besoin de réentendre. Ensuite la politique contemporaine, à la différence d'autrefois, a gommé tout lyrisme. Les discours sont influencés par le langage télévisuel, lisse, inodore, incolore, sans saveur. Tout ce qui pourrait éveiller les sens est mis sous le boisseau. L'ennui est plus souvent au rendez-vous que la passion. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On croit souvent que la politique est une activité de grands fauves qui s'entredéchirent. J'aimerais tellement, j'en rêve tout éveillé ! La vérité c'est que souvent on s'y emmerde, surtout dans les réunions à huit clos d'où l'on ne peut pas sortir, où il faut se farcir des interventions aussi longues qu'inintéressantes. Georges Brassens affirmait dans l'une de ses chansons que "&lt;em&gt;quatre-vingt-quinze fois&lt;/em&gt; &lt;em&gt;sur cent la femme s'emmerde en baisant&lt;/em&gt;" : je crois que la statistique de ceux qui s'ennuient à écouter des discours politiques n'est pas si éloignée. Que Laurent Fabius ne se sente donc pas isolé ! Les grands orateurs de jadis n'endormaient pas, c'était impossible. Aujourd'hui les prises de parole sont truffées de chiffres et de termes technocratiques prompts à relâcher l'attention et à faire glisser dans les bras de Morphée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ne croyez pas que mon analyse dévalorise les hommes ou les femmes politiques actuels. Ma critique n'est qu'apparente. En réalité, je ne serais pas loin de les en féliciter, tout endormant qu'ils sont souvent. Car quelle est la finalité de la politique ? Exercer le pouvoir en dominant un public de militants, d'électeurs ou de citoyens. On peut exercer cette emprise de multiples façons, par exemple en suscitant l'exaltation d'une salle, en déchaînant les passions. La société contemporaine ne favorise plus trop ce genre de domination. En revanche, le discours soporifique qui anesthésie l'assistance est d'une redoutable efficacité. J'ai souvent remarqué qu'une parole trop vive déclenchait des réactions hostiles alors qu'un ton ouaté filait très bien, laissait passer beaucoup de choses, provoquait l'adhésion sans la forcer. Quand on est dans le coton, on ne trouve rien à redire, on ne peut qu'approuver.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis, le sommeil du politique n'est pas nécessairement à imputer à l'orateur, du moins pas complètement : il résulte de la fatigue. La politique est une activité harassante qui laisse peu de temps au repos. Les occasions de dormir sont rares, tout comme les occasions de rigoler. Quand l'une se présente, il faut la saisir. Être assis en train d'écouter quelqu'un, c'est ne rien faire. Autant rentabiliser ces temps morts, en profiter pour sommeiller un peu. Qu'on n'y voit pas une faiblesse mais une ruse : l'homme politique est comme l'eau qui dort, il faut s'en méfier. A vrai dire, il a du chat, il ne dort que d'un oeil. Qu'on cesse donc d'ironiser sur les assoupissements de Laurent Fabius. Que l'homme politique qui ne s'est pas déjà endormi en public lui jette le premier polochon.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Jusqu'à la fin janvier, les agendas sont en surchauffe : tout ce que le pays compte de gens plus ou moins importants se sent le devoir de présenter solennellement ses voeux comme on lance des fleurs au public. Et celui-ci généralement aime ça puisque les salles sont garnies, amuse-gueule et champagne aidant à faire passer les discours. Cette présence est méritante : on n'apprend rien ou pas grand-chose, parfois même on s'ennuie mais il faut &lt;em&gt;en être&lt;/em&gt;, c'est l'essentiel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La presse locale rapporte ce qui se passe dans ces assemblées où il ne se passe rien. Villes, villages, établissements, associations c'est &lt;em&gt;la totale&lt;/em&gt; ... et c'est passionnant. Mine de rien, on peut tirer pas mal de choses de ce néant plein de politesses et de conventions. Ainsi j'ai pu remarquer cinq &lt;em&gt;figures de style&lt;/em&gt; dans le déroulement des voeux, cinq choix qui ne sont pas anodins :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1- &lt;em&gt;Précoce ou tardif&lt;/em&gt; : c'est la question du bon moment, de l'instant opportun, avec ses deux écoles, ceux qui pensent qu'il faut devancer tout le monde, être parmi les premiers, début janvier, ceux au contraire qui estiment qu'il faut laisser passer la déferlante et se concentrer sur la fin de mois. Xavier Bertrand est de la première école, il opte pour le premier vendredi du mois ; les socialistes saint-quentinois appartiennent à la seconde école, présentant leurs bons voeux le 28 janvier. Qui a raison, qui a tort ? Qui est efficace, qui ne l'est pas ? Cette querelle tacticienne n'est pas close. Le Parti radical de gauche dans l'Aisne a une position originale et forcément &lt;em&gt;radicale&lt;/em&gt; : il organise sa cérémonie en début ... février. Et s'il me venait à l'esprit, pour mes voeux associatifs, de faire ça à la mi-août ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2- &lt;em&gt;Court ou long&lt;/em&gt; : les voeux de Pierre André étaient relativement brefs ; ceux de Xavier Bertrand sont un peu plus longs. Là aussi le choix se discute, deux paramètres sont à prendre en compte : les oreilles qui se sont déplacées exprès doivent en avoir pour leurs frais mais les jambes qui font le pied de grue méritent la pitié ... et la concision. Jean-Jacques Thomas est dans la durée ce que les radicaux de gauche axonais sont dans la date : un original, un provocateur puisque le maire d'Hirson tient en haleine son public entre trois et quatre heures, avec un hausse tendancielle du temps de discours d'année en année. Les adversaires et les moqueurs le comparent volontiers à Fidel Castro en prolixité. Peut-être le prend t-il pour un compliment ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;3- &lt;em&gt;Debout ou assis&lt;/em&gt; : c'est le dilemme entre liturgie orthodoxe (les fidèles sont debout dans l'église) et messe catholique (il y a des rangées de chaises). Certes la présence de sièges est rassurante pour les jambes mais inquiétante pour les têtes : c'est le signe que le discours va être long. Je crois remarquer, en observant les photos des journaux, que la position &lt;em&gt;debout&lt;/em&gt; est la plus répandue. Mais il en va comme des positions amoureuses : c'est la diversité qui compte et le plaisir doit être grand puisque ses adeptes sont nombreux au rendez-vous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;4- &lt;em&gt;Seul ou à plusieurs&lt;/em&gt; (là je ne me permettrai pas de faire un parallèle avec l'ébat intime) : normalement les voeux du maire ne sont prononcés que par le maire, avec un fond d'élus, en brochette ou en demi-lune. A Saint-Quentin, Xavier Bertrand fait carrément monter toute son équipe, et même un peu plus, sur scène. Mais pas question que les figurants parlent : le pouvoir ne se partage pas, l'allocution des voeux encore moins. Le premier magistrat de la commune doit tenir son rang, rester le premier et l'unique, en toute souveraineté. Mais certains maires se laissent aller à des pulsions démocratiques. Ainsi Danielle Lanco, à Flavy-le-Martel, a été suivie dans ses voeux par cinq autres personnalités, forcément toutes aussi importantes les unes que les autres : le vice-président du conseil général de l'Aisne Roland Renard, la vice-présidente du conseil régional de Picardie Anne Ferreira, le sénateur Yves Daudigny, la députée Pascale Gruny et le sous-préfet Jacques Destouches, rien que ça ! Mais comment fait Danielle Lanco pour attirer tant de beau monde ? Résultat des courses (car nous sommes dans un marathon) : une heure de discours et Jean-Jacques Thomas, à un contre six, toujours pas battu !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;5- &lt;em&gt;Consensuel ou polémique&lt;/em&gt; : normalement, quand on se souhaite une &lt;em&gt;bonne&lt;/em&gt; &lt;em&gt;année&lt;/em&gt; et plein de choses qui vont avec, l'harmonie devrait l'emporter, la paix, l'amitié, la joie. Mais non, cette chienne de politique reprend vite ses droits : sous-entendus, bisbilles, incidents ne sont pas à exclure, d'autant que la période est propice : "&lt;em&gt;Touche de nouveauté cette année, jamais on&lt;/em&gt; &lt;em&gt;n'a vu autant de politiques à toutes ces cérémonies. Ah oui, est-on naïf, 2012 sera marqué par des élections&lt;/em&gt;", remarque Cyril Raineau dans le &lt;em&gt;Courrier Picard&lt;/em&gt; de ce matin. A Jussy, il y a eu une &lt;em&gt;embrouille&lt;/em&gt; et à l'hôpital de Saint-Quentin Xavier Bertrand aurait visé Anne Ferreira en disant : "&lt;em&gt;Une élue m'a reproché que le ministre de la Santé avantageait Saint&lt;/em&gt;-&lt;em&gt;Quentin&lt;/em&gt;" (rapporté par &lt;em&gt;L'Aisne Nouvelle&lt;/em&gt; de ce week-end). Ces deux-là, qui vont s'affronter aux élections législatives, se marquent de plus en plus à la culotte, jouent au chat et à la souris. Pour l'instant, c'est XB qui donne des coups de patte. Mais tout est provisoire en politique : une souris ça mord aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me moque gentiment, je m'amuse parce que c'est de mon âge, la cinquantaine, mais soyons honnête : moi aussi j'ai succombé à la cérémonie des voeux, j'ai présenté comme chaque année les miens aux salariés de la Ligue de l'enseignement de l'Aisne (la FOL) dont je suis président depuis huit ans. J'ai donc dû à mon tour faire des choix entre les &lt;em&gt;figures de style&lt;/em&gt; : je m'y suis pris très tôt (le 3 janvier), j'ai fait court (cinq bonnes minutes), les salariés étaient debout, j'ai donné la parole à deux élus et à notre directeur, l'ambiance était sympathique, pas conflictuelle. Voilà c'est dit, bonne année et tenez bon jusqu'au 31 janvier !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Faut-il voir des signes éloquents dans l'actualité ? Je n'y crois pas trop mais certaines coïncidences sont troublantes et signifiantes. Voyez ce drame du &lt;em&gt;Costa Concordia&lt;/em&gt;, l'évocation à son propos du &lt;em&gt;Titanic&lt;/em&gt; et la perte du triple A. Rien à voir ? En effet, aucun rapport mais quand même, dans la singularité de ces trois événements, trois formes de naufrages qui entraient, hier, en corrélation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le jour où l'économie française se voit dégradée, un bateau de croisière s'échoue, bascule dans la mer, provoque des scènes de panique que les témoins assimilent à celles du film de James Cameron. Pourtant, les deux naufrages sont incomparables : le &lt;em&gt;Titanic&lt;/em&gt; s'est fracassé contre un iceberg, a plongé dans les eaux froides de l'océan, a fait plus d'un millier de victimes. C'est l'écart entre le drame et la tragédie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je persiste néanmoins à chercher des enseignements dans la métaphore. Ces bateaux gigantesques, &lt;em&gt;Costa Concordia&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Titanic&lt;/em&gt;, nous fascinent parce qu'ils symbolisent nos sociétés, en sont des reproductions à petite échelle. Quand on y réfléchit, on repère les différences et les similitudes. Le &lt;em&gt;Titanic&lt;/em&gt; représente un monde aristocratique de luxe et d'élégance qui domine le haut du navire, le bas étant occupé par le peuple, essentiellement des immigrants pour le &lt;em&gt;Nouveau Monde&lt;/em&gt; (Cameron le montre bien). C'est une société de classes très tranchées, séparées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le &lt;em&gt;Costa Concordia&lt;/em&gt; est massivement emprunté par les classes moyennes, non plus dans une traversée de prestige ou de nécessité comme les passagers du &lt;em&gt;Titanic&lt;/em&gt; mais de repos et de distraction, à l'image de la société des loisirs : ce sont des touristes, ce que n'étaient pas les pauvres ni les riches du &lt;em&gt;Titanic&lt;/em&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les deux catastrophes en disent long sur leur époque et aussi sur le malheur qui va les frapper. La perte du A français ne va pas empêcher notre société de vivre : le crédit en sera inquiété mais les consommateurs n'en seront pas fondamentalement affectés. Le naufrage du paquebot italien a fait des victimes mais n'a pas englouti toute une population, à la différence du &lt;em&gt;Titanic&lt;/em&gt;. Comment ne pas songer que la disparition de celui-ci, en 1912, annonçait à sa façon, entrait là aussi mystérieusement en correspondance avec un événement qui allait sacrifier des millions d'individus et détruire la vieille civilisation aristocratique dominant l'Europe depuis plusieurs siècles, la première guerre mondiale. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne suis évidemment pas superstitieux, je ne force pas la concordance des événements. Je pense simplement par associations d'idées, qui m'apprennent quelque chose sur ce que nous sommes et devenons. Une société est sans cesse confrontée à son propre naufrage qui entre en phase avec les catastrophes maritimes. L'économie contemporaine s'enlise, comme le &lt;em&gt;Costa Concordia&lt;/em&gt;, dans les sables mouvants de ses propres contradictions, mais je ne la crois pas en voie d'effondrement, de décadence, d'anéantissement, comme le monde que transportait le &lt;em&gt;Titanic&lt;/em&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Hier soir, je vous racontais cet échange aigre-doux avec un camarade, à la suite d'une remarque déplacée de sa part. Ce matin, comme un fait exprès, je me retrouve confronté au même problème, dans un tout autre contexte. En remontant la rue des Patriotes à Saint-Quentin, j'aperçois au loin, vers 11h45, deux personnes qui se déplacent d'une façon caractéristique qui ne trompe pas, que j'identifie immédiatement : ce sont des militants ! Ils ont des papiers, tracts ou prospectus entre les mains, ils discutent avec un inconnu, ça se voit, ça se sent, même de loin. J'ai l'oeil et le pif exercés, je reconnais très vite. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qui sont-ils ? D'où je suis, à quelques dizaines de mètres, je parierais que ce sont des UMP : jeunes, le look sage, le vêtement classique. A la limite, ce pourrait être des Témoins de Jéhova ou des évangélistes (pas Mormons, je ne vois pas la chemise blanche éclatante et le petit rectangle noir au veston). Je m'approche comme si de rien n'était, et plus je m'approche plus je me dis que ce sont peut-être ... des socialistes du MJS (dont les visages me sont inconnus). Qu'est-ce qui me fait penser ça ? Je ne sais pas, leurs têtes sans doute, cheveux épais, barbes légères, habits simples, allure sympa. C'est très subjectif, évidemment. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'arrive à leur hauteur, et tout près d'eux je jette un coup d'oeil sur leurs brochures pendant qu'ils continuent à parler au quidam. Alors tout s'écroule, je reçois une grosse baffe (ne venant pas d'eux, puisqu'ils ne me regardent pas passer, mais au fond de moi) : ce sont des mecs du FN, j'identifie très clairement leurs saloperies sur leurs papelards. Il y a quelques jours, leur chef Yannick Lejeune annonçait dans la presse locale la création d'une section du Front national de la Jeunesse. Je n'y croyais pas, je pensais que c'était du flan. En période préélectorale, ce genre d'annonce fait bien. Mais là, ça me fait mal parce que manifestement c'est vrai. Et c'est grave.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La rue saint-quentinoise a longtemps été réservée à la gauche. Le porte à porte, ce n'était pas trop dans la culture de l'extrême droite. D'ailleurs, ses militants étaient largement absents du &lt;em&gt;terrain&lt;/em&gt;, y compris au moment des élections. Je crains que nous n'en soyons plus là. Le FN s'installe dans notre ville. Ses victoires, notamment aux dernières cantonales, lui donnent manifestement de l'assurance et des ambitions. C'est logique, ça ne pouvait que finir comme ça. Et encore n'avons-nous peut-être pas tout vu : le pire pourrait bien être à venir, si nous n'y prenons pas garde, si nous ne réagissons pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pas facile : les jeunes que j'ai aperçus ce matin n'ont pas du tout des têtes de facho. Il faudra mener un vrai combat politique pour les chasser des rues et des esprits. Sinon ça va faire mal, très mal. Et quand je pense que j'ai rencontré ces types &lt;em&gt;rue des Patriotes&lt;/em&gt; ! Comme si le destin ou le hasard me faisaient un sale clin d'oeil. &lt;em&gt;Patriotes&lt;/em&gt; tu parles ! Le FN n'a rien renié de son pétainisme fondamental. Jeunes ou vieux c'est pour moi de la graine de facho, des &lt;em&gt;jeunes pousses&lt;/em&gt; qu'il faut éradiquer (pacifiquement et démocratiquement bien sûr, car la violence idéologique est de leur côté, pas du nôtre).&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Je suis tombé sur le cul, excusez-moi de l'expression, quand j'ai entendu un camarade me dire ça ce matin. Je sais bien que nous sommes un vendredi 13, mais il paraît que ce n'est pas nécessairement un signe de malheur. La preuve que oui ! Ce camarade est socialiste certifié, je n'en doute pas. Et pourtant cette petite phrase jetée négligemment, au détour d'une conversation, à la façon d'une évidence, presque d'une banalité, m'a fait froid dans le dos. Ce pourrait-il que lui, dans le secret de l'isoloir, le rideau tiré, personne ne pouvant le voir ... Mais non, je n'arrive pas à le croire, j'écarte de ma pensée l'horrible hypothèse. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'en fais peut-être trop, j'exagère, je m'inquiète pour rien, je dramatise inutilement : après tout, sa formule n'est pas si terrible que ça, quand on y réfléchit bien. Oui mais voilà : en politique, il ne faut pas trop réfléchir, tout est question d'instinct, de sensibilité. Oui c'est vrai, en cherchant bien on peut affirmer sans se tromper que "&lt;em&gt;Marine Le Pen ne dit pas que des choses fausses&lt;/em&gt;". D'ailleurs mon camarade reconnaît implicitement, dans son propos, que la candidate du Front national "&lt;em&gt;dit des choses fausses&lt;/em&gt;", ce qui est rassurant de lucidité. C'est sa réserve qui m'embête : car qu'est-ce que Marine Le Pen pourrait-elle dire &lt;em&gt;de vrai&lt;/em&gt;, selon lui ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis, pourquoi faire cette précision, qui vaut pour n'importe qui, pour n'importe quel autre leader politique ? Sarkozy lui aussi ne dit pas "&lt;em&gt;que des choses fausses&lt;/em&gt;". Mais le camarade s'est fixé sur Le Pen : c'est elle qui l'intéresse, manifestement. D'autre part, le problème n'est pas tant de savoir si Marine Le Pen dit "&lt;em&gt;des choses fausse&lt;/em&gt;" ou pas mais des choses bonnes ou dégueulasses. Or, quand on est de gauche (et même de droite), on ne doit pas hésiter : la pensée du Front national, son programme, ses slogans méritent d'être immédiatement disqualifiés, condamnés. Mon camarade n'en est plus là, et c'est effrayant. Je sens que la petite porte s'est ouverte, que le ver s'est tranquillement installé dans la rose. Je t'en ficherai, moi, des "&lt;em&gt;Marine Le Pen ne dit pas que des choses fausses&lt;/em&gt;" !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Amis de gauche et de droite, républicains de diverses sensibilités, je vous le dis tout haut : j'ai très peur, je sens le poison de l'extrême droite se diffuser dans toute la société française, y compris jusqu'aux milieux progressistes, où l'on devrait normalement n'avoir pas la moindre indulgence avec la fille Le Pen et ne jamais prononcer cette phrase ambiguë, vicieuse, douteuse, "&lt;em&gt;Marine Le Pen ne dit pas&lt;/em&gt; &lt;em&gt;que des choses fausses&lt;/em&gt;". Le père avait une tête et des mots de facho, ce qui faisait barrage à la séduction, quoique très relativement. Mais la belle petite gueule de la blondinette, son honorable métier d'avocat, son discours moderniste de plus en plus emprunté à la gauche, toute cette image risque de faire des ravages dans les milieux populaires, dans l'électorat progressiste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Décomplexé, dédiabolisé, banalisé, reconnu et désormais &lt;em&gt;respectable&lt;/em&gt;, voilà hélas ce qu'est devenu le FN aux yeux de nombreux électeurs au départ hostiles, maintenant attentifs, pourquoi pas compréhensifs à son message. C'est ainsi qu'on en vient à déclarer, sans prendre conscience de l'énormité, que "&lt;em&gt;Marine Le Pen ne dit&lt;/em&gt; &lt;em&gt;pas que des choses fausses&lt;/em&gt;". Et demain que dira-t-on ? Que "&lt;em&gt;Marine&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Le Pen dit pas mal de choses vraies&lt;/em&gt;". Et après-demain ? Qu'on songe à voter pour elle, lâchement, sans rien dire à personne. On va où, jusqu'où comme ça ? J'ai peur. Une odeur de fosse septique monte des tréfonds de la société française. J'ai trop été traumatisé par le 21 avril 2002, dix ans déjà, je ne veux pas revoir le même scénario en pire. Je dédie cette affiche du dernier numéro de l'excellent &lt;em&gt;Charlie hebdo&lt;/em&gt;, en vignette, à ce camarade qui m'a tant fait peur aujourd'hui. A son tour d'être traumatisé, s'il a encore une conscience de gauche !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Il s'est misérablement achevé en &lt;em&gt;polémique&lt;/em&gt;. Le porte-parole de François Hollande a proposé la suppression du quotient familial et son remplacement par un crédit d'impôt. La droite a vivement réagi, parlant de "folie", de "danger", de "guerre". Le candidat a précisé ses intentions : il ne s'agit que d'une proposition, qui ne vise pas à la suppression mais à la &lt;em&gt;modulation&lt;/em&gt; du quotient familial. Fin de la polémique, pas de débat.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je le regrette. La &lt;em&gt;suppression&lt;/em&gt; du quotient familial, je suis pour. C'est une mesure forte comme la gauche en a besoin. Il faut frapper l'opinion, mobiliser notre électorat, mener la bataille idéologique, à la façon de Nicolas Sarkozy en 2007. Osons être de gauche comme il a alors osé être de droite ! Le quotient familial c'est quoi ? Un dispositif fiscal qui devient techniquement compliqué quand vous entrez dans les détails et les cas particuliers. C'est pourquoi il ne faut jamais aller sur ce terrain-là, trop facile à l'adversaire. Ce qui compte, c'est seulement la signification politique, et celle-là tout le monde la comprend.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le quotient familial repose sur un principe très simple : plus vous avez d'enfants, moins vous payez d'impôts. La raison ? Il faut les élever, les allocations familiales n'y suffisent pas. Sauf que la moitié des Français ne paient pas d'impôts parce qu'ils ne gagnent pas suffisamment d'argent pour en payer. Eux ne bénéficient donc pas du fameux quotient, alors qu'ils ont beaucoup plus de difficultés que les autres à élever leurs enfants. Plus vous êtes riches, plus vous avez d'enfants, plus on vous soulage fiscalement. Le quotient familial est donc injuste, il faut le supprimer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi la droite y tient-elle ? Parce que c'est &lt;em&gt;dans ses gènes&lt;/em&gt;, comme dirait Xavier Bertrand (à propos d'autre chose). Idéologiquement, elle idéalise la famille, en fait la base de la société. La norme c'est papa maman et enfants. Un monde de célibataires, de concubins ou de couples sans progéniture n'entre pas vraiment dans sa vision. Moi ça ne me dérange pas. A mes yeux, mariage et procréation ne sont pas en soi des valeurs supérieures que le fisc devrait récompenser et encourager.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Du point de vue de la société, n'est-il pas cependant logique d'encourager la natalité ? Oui éventuellement. Mais pas fondamentalement par des avantages fiscaux. C'est plutôt par l'emploi, les bonnes conditions de travail, les salaires corrects, l'avenir assuré des enfants que des hommes et des femmes, s'ils le souhaitent, s'engagent à fonder une famille. Surtout, il faut encourager la natalité dans la justice : d'où l'idée du crédit d'impôt &lt;em&gt;pour tous&lt;/em&gt; en remplacement du quotient familial réservé à certains.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette réforme aurait un impact considérable. La mécanique de la &lt;em&gt;redistribution&lt;/em&gt;, chère aux socialistes, serait ainsi puissamment réactivée, par un vaste transfert financier des catégories aisées aux catégories populaires. Les premières seraient perdantes ? Si vous voulez, mais je crois qu'au niveau confortable qui est le leur on n'est jamais vraiment perdant, on a suffisamment de marge pour voir venir. Et puis la politique consiste à faire des choix et non pas à faire plaisir à tout le monde. Si les catégories supérieures doivent y perdre, je ne dis pas &lt;em&gt;tant mieux&lt;/em&gt; (je ne suis pas un révolutionnaire qui cherche à les spolier) mais &lt;em&gt;tant pis&lt;/em&gt; !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi mes camarades, qui savent tout ça et qui pensent comme moi, hésitent-ils à revendiquer fièrement la suppression du quotient familial ? Parce qu'ils partagent une religion aujourd'hui très répandue et que je ne cesse de dénoncer, &lt;em&gt;la religion des classes moyennes&lt;/em&gt;. Comme Dieu, elles sont partout, presque tout le monde semble en faire partie, les discours politiques s'y réfèrent comme une litanie, personne n'ose s'élever contre elles (les riches sont décriés, les pauvres sont méprisés, les moyens sont vénérés), chacun est fier d'en être (j'en suis !), on ne sait pas à vrai dire ce qu'elles sont exactement tellement elles regroupent de catégories différentes, on croit volontiers qu'elles seront la clé du prochain scrutin présidentiel (encore aujourd'hui Christophe Tézier dans son éditorial de &lt;em&gt;L'Aisne&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Nouvelle&lt;/em&gt;).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;em&gt;religion des classes moyennes&lt;/em&gt; est en réalité une superstition, une baudruche si grosse qu'il est facile de la faire éclater. Pour la gauche, ce ne sont pas les illusoires &lt;em&gt;classes moyennes&lt;/em&gt; qu'il vaut viser, mais les classes populaires. Ce sont elles, et elles seules, qui décideront du résultat. Si nous parvenons à les arracher à l'extrême droite et à les mobiliser autour d'un programme de gauche, ce sera gagné. La suppression du quotient familial n'aura d'effet positif qu'en direction des classes populaires. Les classes moyennes dans leur majorité n'y perdront rien (mais n'y gagneront rien non plus, c'est un fait). Là encore, il faut savoir ce qu'on veut, quels choix on fait. La petite bourgeoisie est fort estimable, ce sont mes amis. Mais un socialiste doit d'abord penser aux classes populaires (ce sont mes origines). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La &lt;em&gt;classe moyenne&lt;/em&gt; c'est comme la génoise : le corps du gâteau est fait de biscuit sec avec une couche de chocolat ou de confiture au milieu. Le biscuit c'est le gros de la classe moyenne ; le nappage c'est la &lt;em&gt;classe moyenne supérieure&lt;/em&gt;, c'est à dire les gens aisés qui refusent de se dire riches. Vous avez compris : ce n'est pas la cerise (trop voyante) sur le gâteau, c'est la fève (assez volumineuse) dans la galette. Ne cherchez pas le peuple : il est du côté de la brioche ! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je termine par où j'avais commencé : les attaques de la droite contre François Hollande. Quelques camarades se scandalisent. Moi je me réjouis : en politique les critiques, les agressions, les injures sont des brevets, des décorations, des médailles. Le pire est de susciter l'indifférence. Hollande &lt;em&gt;fou dangereux&lt;/em&gt; ? Traduction : c'est un excellent candidat pour la gauche, c'est un sérieux danger pour la droite. Vivement les prochaines attaques ! Et à bas le quotient familial ! Politiquement, la mesure ne va pas de soi. Elle ne peut être défendue que par tout un travail de pédagogie qui désarme les préjugés (destruction de la famille, atteinte aux classes moyennes, etc). Mais je viens de dire que la politique était un combat ...&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Mais saviez-vous que la fin du monde avait eu lieu hier ? Ce matin pourtant, en ouvrant mes volets, je n'ai rien remarqué : le monde semblait toujours debout. C'est en allumant la radio et en écoutant les journaux que j'ai compris : la fin du monde avait eu lieu la veille, en fin d'après-midi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'endroit ? Un tunnel de RER, un bon endroit pour voir finir le monde : sous terre, plus rien n'existe de la surface. Quelques centaines de personnes, voyageurs de la rame, ont été les témoins de l'événement (ce qui explique qu'on ne l'ait pas su immédiatement). Je ne galèje pas : "apocalypse" et "enfer" ont été les termes les plus fréquemment employés par les témoins et les journalistes pour décrire ce qui s'est passé. Il ne manquait que la formule "fin du monde", mais les commentaires la suggéraient implicitement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les faits ? Un train de RER tombe en panne entre &lt;em&gt;Etoile&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;La Défense&lt;/em&gt;, à l'heure de pointe, dans la foule des bourgeois et hommes d'affaires qui fréquentent ces quartiers. La fin de monde s'en prenait donc à la tête de la civilisation, comme si on menaçait de décapiter un canard. Il leur a fallu attendre trois heures, l'évacuation se faisant progressivement. Une fin du monde un peu particulière : pas de mort, pas de blessé, pas de destruction mais pire que tout ça, une peur, une angoisse, une frousse de fin du monde !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'abord l'obscurité, le conducteur ayant dû par sécurité couper le courant : malgré les veilleuses, la pénombre est anxiogène, elle annonce la mort. Les confortables wagons s'étaient brusquement transformés en possibles cercueils. Et puis il y a la séparation d'avec le reste de l'humanité : impossible de communiquer avec l'extérieur, pas de réseau, le téléphone mobile inutilisable ! Vous imaginez le drame pour un cadre supérieur ou tout autre individu ... C'est comme si notre identité nous était arrachée. C'est ce que promet la fin du monde, qui est surtout la fin de chacun d'entre nous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le conducteur a demandé aux passagers d'attendre sagement que les secours les délivrent, ce qui prend inévitablement un certain temps. Mais qui accepte aujourd'hui, dans la société de l'immédiat et de l'urgence, d'attendre trois heures ? Plus personne. Trois minutes c'est déjà de trop ("Une minute", dit-on généralement à quelqu'un d'impatient). Trois heures c'est inconcevable, infernal, dantesque, "mortel" comme disent les jeunes ; nous avons complètement perdu l'habitude, nous n'acceptons plus. La fin du monde c'est ici le dérèglement du temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que s'est-il alors passé ? Ce qui devait se passer en période de fin du monde : énervement, affolement, débordement, les voyageurs ont perdu la tête, ouvert les portes au détriment de leur sécurité, tenté de rejoindre une station en s'éclairant à la lueur de leur téléphone mobile (il fallait bien que le talisman de la société moderne serve à quelque chose). Pris de folie, ces zombies errant dans les couloirs ont craint que des rats ne les attaquent (je vous jure que je l'ai entendu ce matin à la radio !). La faim, la soif, le désespoir conduisent à ce genre de délire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A 20h30, tout était rentré dans l'ordre : un banal accident, sans danger ni tragédie, comme il en existera toujours dans les sociétés les plus évoluées technologiquement. La fin du monde était terminée, mais elle a révélé ce que nous sommes devenus, des êtres facilement apeurés, très impatients, complètement dépendants des autres, de la technique, de la société, ne supportant plus l'inconfort même provisoire. Moi aussi je suis impatient : j'attends la prochaine fin du monde.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Ce qui surprend dans ses propos à &lt;em&gt;L'Aisne Nouvelle&lt;/em&gt;, c'est qu'il vise beaucoup plus la droite que la gauche (dont il ne parle pratiquement pas) : "&lt;em&gt;On fera tout pour faire battre Xavier Bertrand&lt;/em&gt;". Notez bien : il ne dit pas "&lt;em&gt;battre&lt;/em&gt;" mais "&lt;em&gt;faire battre&lt;/em&gt;", comme s'il ne croyait pas pouvoir y parvenir lui-même. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la foulée, le frontiste annonce la venue de Bruno Gollnisch à Vendeuil le 4 février, pour une galette des rois (sic !). Et Marine Le Pen "&lt;em&gt;peut-être entre les&lt;/em&gt; &lt;em&gt;deux tours&lt;/em&gt;", "&lt;em&gt;pourquoi pas à Fervaques&lt;/em&gt;". Si un pareil malheur advenait, j'espère que la gauche saurait susciter une manifestation de protestation ... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quoi qu'il en soit, cette candidature est périlleuse pour la gauche, qui a déjà été éliminée par l'extrême droite aux dernières élections cantonales. Non seulement le danger n'est pas écarté (pourquoi le serait-il ?) mais il est accru : les cantonales ont une forte tonalité locale, avec laquelle le FN n'est pas très à l'aise, étant donné sa faible implantation et son absence sur le terrain (du moins sur le terrain le plus visible). Une élection législative a une dimension nationale qui favorise beaucoup plus les "petits" partis. Pour le PS, le FN continue donc de représenter un danger de mort, c'est à dire d'exclusion au premier tour. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A l'autre extrême, c'est le POI (parti ouvrier indépendant) qui présente son candidat, là aussi sans grande surprise : Michel Aurigny. Et là aussi, là encore, il y a &lt;em&gt;péril en la demeure&lt;/em&gt;. Le canton nord, de l'avis de tous les observateurs, était gagnable en mars 2011 pour les socialistes. J'avais même écrit à l'époque, présentant ma candidature à la candidature, qu'&lt;em&gt;on&lt;/em&gt; &lt;em&gt;n'avait pas le&lt;/em&gt; droit de &lt;em&gt;le perdre&lt;/em&gt;, tellement les circonstances d'alors étaient exceptionnellement favorables à une victoire. Certes, quand on perd, en politique comme dans la vie, il faut d'abord s'en prendre à soi-même. Mais comment ne pas constater aussi que le score du POI, déjà représenté par Michel Aurigny, nous a pris les quelques pourcentages de voix qui auraient permis au PS de figurer au second tour et peut-être de l'emporter ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si le POI n'était pas notre alliée au conseil municipal, je n'aurai rien à en redire : chaque force politique est libre de présenter des candidats, surtout lorsque sa ligne politique diffère considérablement de celle du PS (le POI trotskiste n'a évidemment rien à voir avec le parti socialiste en matière de programme). Mais voilà : les lambertistes prennent nos voix et nous leur donnons nos places ! C'est un vrai scandale, que je ne cesserai de dénoncer. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Michel Aurigny s'est fait un nom, une image par ses interventions sérieuses et argumentées en conseil municipal (le rapporteur critique, si j'ose dire, du dernier budget de la Ville, c'était lui). Comment ne pourrait-il pas en engranger électoralement des bénéfices ? Lorsqu'on sait que dans la circonscription le combat contre Xavier Bertrand sera extrêmement difficile pour la gauche, c'est je le redis un &lt;em&gt;scandale&lt;/em&gt; de voir un allié (dont je n'ai pas voulu mais que je suis bien obligé d'accepter) menacer les chances d'Anne Ferreira.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je connais la réponse de Michel Aurigny, elle est dans le journal d'aujourd'hui : &lt;em&gt;au&lt;/em&gt; &lt;em&gt;premier tour on choisit, au deuxième on élimine&lt;/em&gt;. Merci bien pour cette mansuétude du révolutionnaire envers la social-démocratie, mais quelle est la réalité saint-quentinoise ? Municipales 2001 le PS éliminé au premier tour ; législatives 2007 le PS éliminé au premier tour ; municipales 2008 le PS éliminé au premier tour ; cantonales 2011 le PS éliminé au premier tour. Moi aussi, je sais rappeler des chiffres, très élémentaires, quand il le faut. Vous m'avez compris : à Saint-Quentin on choisit et en même temps on élimine, sans attendre un second tour. Est-ce que ça ne devrait pas faire réfléchir ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour terminer, comment ne pas évoquer le curieux "incident" (c'est ainsi que &lt;em&gt;L'Aisne&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Nouvelle&lt;/em&gt; le qualifie) qui est advenu à Jussy vendredi soir, entre son maire Richard Trépant et Anne Ferreira ? Une cérémonie des voeux est généralement un moment de concorde et de convivialité puisqu'on se souhaite mutuellement une &lt;em&gt;bonne année&lt;/em&gt;. Or le &lt;em&gt;Courrier Picard&lt;/em&gt;, sous la plume de son correspondant Sylvain Duquenne, brossait hier une scène de "&lt;em&gt;tensions&lt;/em&gt; &lt;em&gt;politiques&lt;/em&gt;", une "&lt;em&gt;friction&lt;/em&gt;" entre le premier magistrat de la commune et la vice-présidente du conseil régional, celle-ci ayant été "&lt;em&gt;éconduite&lt;/em&gt;". Explication du journal : le maire n'aurait pas apprécié cette présence inhabituelle, le faisant savoir en feignant de ne pas reconnaître l'élue, en ne lui donnant pas la parole au moment des allocutions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Anne rectifie ce matin, dans le même &lt;em&gt;Courrier&lt;/em&gt;, auprès de Nicolas Totet, le déroulement des faits : la méconnaissance du maire n'était pas jouée mais authentique, il y a eu "&lt;em&gt;quiproquo&lt;/em&gt;", "&lt;em&gt;malentendu&lt;/em&gt;" mais pas "&lt;em&gt;clash&lt;/em&gt; &lt;em&gt;politique&lt;/em&gt;". Pour preuve : Richard Trépant a donné la parole, après coup, à Anne Ferreira, qui n'a pas souhaité intervenir. &lt;em&gt;L'Aisne&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Nouvelle&lt;/em&gt; reprend cette version, avec un élément supplémentaire : Anne Ferreira soupçonne Xavier Bertrand d'avoir "&lt;em&gt;instrumentalisé&lt;/em&gt;" ce "&lt;em&gt;non événement&lt;/em&gt;" lors de la cérémonie des voeux à Séraucourt-le-Grand.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'avoue ne pas savoir trop quoi penser de ce qui apparaît comme une anecdote tournant en &lt;em&gt;polémique&lt;/em&gt;. J'ai souvenir qu'Odette Grzegrzulka nous gratifiait souvent il y a dix ans de ce type d'incidents dans les villages, entorses au protocole, gerbes non livrées, propos vachards d'élus. J'avais alors l'impression d'une campagne réac encerclant la grande ville de gauche. Mon jugement était sommaire, mais j'étais quand même dubitatif. Aujourd'hui, ma seule certitude c'est que la politique ce n'est pas ça, c'est le débat d'idées, y compris très vif, dans le respect des personnes. C'est ce que je souhaite à tous les candidats pour cette élection législative qui donne le sentiment d'avoir débuté ce week-end dans le Saint-Quentinois.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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C'est sans doute le sujet qui prédisposait à cet intérêt : &lt;em&gt;Le travail peut-il échapper à la souffrance ?&lt;/em&gt; L'idée m'est venue en constatant qu'une expression nouvelle avait fait son apparition dans notre vocabulaire depuis quelques années : le &lt;em&gt;travail en souffrance&lt;/em&gt;. Formule étrange : naguère, on parlait de souffrance au travail. Mais là, c'est comme si le travail en tant que tel était devenu une activité douloureuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est d'autant plus problématique que le travail, par définition, est une activité pénible puisqu'elle réclame des efforts. Se plaindre qu'on en souffre est donc, a priori, incongru. Je souhaitais depuis longtemps une réflexion collective là-dessus, c'est ce qui s'est passé hier. Je n'ai pas été déçu, même si j'ai regretté, par moments, que l'indignation (une valeur montante depuis le livre à succès de Stéphane Hessel !) ou les clichés l'emportent sur la pensée et les idées. Mais j'ai remarqué, c'est là aussi une surprise qui rend perplexe, que le thème du travail était aujourd'hui beaucoup plus délicat, polémique, passionné que d'autres pourtant chargés d'émotions, la mort, la justice ou la religion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le &lt;em&gt;travail en souffrance&lt;/em&gt; s'illustre par de multiples phénomènes, tous contemporains, qu'on finit par accepter sans trop y réfléchir. Ainsi la notion de &lt;em&gt;stress&lt;/em&gt; au travail, qui fait désormais problème, alors qu'on pourrait se demander au contraire si le stress n'est pas un élément constitutif de tout travail dans lequel on s'implique vraiment, jusqu'à devenir un indispensable stimulant, du moins à un degré raisonnable. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le &lt;em&gt;harcèlement moral&lt;/em&gt; c'est autre chose, mais peut-être très ancien : le fait que le travail est rarement indépendant, qu'il soumet l'individu à une hiérarchie, qu'on y reçoit des ordres parfois insistants et désagréables. Je le dirais de façon triviale : travailler c'est se faire engueuler, jusqu'à ce que le travail soit bien fait. Là aussi il y a des limites dans l'exercice de l'autorité. N'assistons-nous pas à un déni du travail, comme il y a un déni de l'autorité dans la société contemporaine ? Ce dont on peut par ailleurs se réjouir ou bien au contraire se désoler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le &lt;em&gt;burn out&lt;/em&gt;, connaissez-vous ? C'est une notion en vogue, qui désigne l'épuisement au travail, en particulier chez les enseignants. Comme si le travail nous mettait &lt;em&gt;à bout&lt;/em&gt;, littéralement &lt;em&gt;hors de nous&lt;/em&gt;. La conséquence tragique, qui a frappé dans certaines corporations, c'est le suicide : travailler jusqu'à en mourir ! Mais dans quelle société vivons-nous ? Pourtant les conditions de travail se sont considérablement améliorées si on les compare aux siècles passés : on peut parler, en général, d'un travail &lt;em&gt;confortable&lt;/em&gt; et mieux rémunéré qu'autrefois. Il n'empêche qu'un formidable besoin de &lt;em&gt;reconnaissance&lt;/em&gt; agite et parfois traumatise le monde du travail.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La notion de &lt;em&gt;pénibilité&lt;/em&gt;, dans le débat sur la réforme des retraites, est elle aussi très problématique puisqu'on y retrouve ce sophisme : tout travail n'est-il pas par nature &lt;em&gt;pénible&lt;/em&gt; ? Vouloir en mesurer le degré et l'importance n'est-il pas un objectif impossible, contradictoire en soi ? D'autant que la &lt;em&gt;pénibilité&lt;/em&gt; est une notion très subjective : j'ai été durant sept ans gardien de nuit, boulot qui me semblait épouvantable avant de devoir m'y plier (la nuit est faite pour dormir, pas pour travailler) ; en réalité, j'ai passé sept années agréables, où je me suis senti libre et heureux, quoique chichement rétribué.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La liberté, venons-y : autrefois le travail était contraint, quasiment héréditaire, les fonctions se transmettaient de père en fils. Aujourd'hui le choix s'est répandu, l'école consacre du temps à l'&lt;em&gt;orientation&lt;/em&gt;, une préoccupation inconcevable il n'y a pas si longtemps. La technologie a puissamment soulagé nos efforts au travail, en supprimant les tâches physiquement les plus dures. La figure presque humiliante du &lt;em&gt;manoeuvre&lt;/em&gt;, que j'ai connue dans mon enfance, a disparu. La scolarisation massive, l'acquisition de diplômes et de qualifications ont donné au travail un cachet, une valeur dont il était jadis dépourvu, à tel point que les classes dirigeantes, les aristocrates, trouvaient infamant de travailler, réservant cette malédiction biblique au peuple. Dans la critique contemporaine du travail, n'y aurait-il pas un retour, mais démocratisé, du vieux ressentiment aristocratique ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'en veux pour preuve le souci de rendre &lt;em&gt;ludique&lt;/em&gt; le travail. Nous sommes là encore dans le lapsus, le refoulé : travailler n'est pas jouer ! Le travail est un plaisir quand on en a fini, fier du &lt;em&gt;travail bien fait&lt;/em&gt;. Mais le processus du travail ne sera jamais étranger à l'effort. De même, on s'inquiète de l'&lt;em&gt;ennui&lt;/em&gt; des élèves à l'école. Mais tant qu'il y aura des enfant qui iront à l'école, ils résisteront, refuseront et l'exprimeront par l'ennui, et pour les plus mauvais élèves par la paresse. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La polémique autour des &lt;em&gt;travailleurs pauvres&lt;/em&gt; s'inscrit dans la désaffection à l'égard du travail, dans l'expression même, puisque le travail a longtemps été vécu comme une protection contre la pauvreté (le pauvre extrême est sans emploi, sans rémunération, sans domicile). Ce qui a frappé, choqué l'opinion, c'est l'image pourtant très marginale du salarié couchant dans sa voiture, son tout dernier bien ! Il s'ensuit une incroyable peur du &lt;em&gt;déclassement&lt;/em&gt; (autre terme en vogue) qui gagne des catégories pourtant bien intégrées dans la société.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ce grave débat sur le &lt;em&gt;travail en souffrance&lt;/em&gt; se glisse une suggestion amusante, presque surréaliste et pourtant fort sérieuse : l'introduction de la sieste, comme dans les écoles maternelles ! Après le jeu, il n'y a pas plus opposé au travail que le repos. Mais là, dormir a pour finalité de mieux travailler ! J'ai fait hier un aveu difficile au café philo : ayant la chance d'avoir un emploi du temps &lt;em&gt;à trous&lt;/em&gt; et d'habiter tout près de mon lycée, il m'arrive de rentrer et de dormir une demi-heure ou plus entre deux cours (au passage, c'est le secret qui me permet de faire beaucoup de choses sans faiblir !).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je repère quatre grandes séries de questions, philosophiques et politiques, pour terminer provisoirement cette réflexion sur le travail :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1- Travailler &lt;em&gt;comment&lt;/em&gt; ? faut-il travailler &lt;em&gt;plus&lt;/em&gt;, travailler &lt;em&gt;moins&lt;/em&gt; ou travailler &lt;em&gt;autrement&lt;/em&gt; ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2- Travailler &lt;em&gt;pour quoi&lt;/em&gt; ? Le travail ne manque pas, les besoins sont immenses mais quels objectifs faut-il affecter au travail ? L'industrie, les services ? Le travail implique aussi un choix de société, un modèle économique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;3- Notre société vit depuis trente ans dans le chômage de masse. Ce n'est plus un accident, une transition, une crise passagère mais une réalité structurelle. Comment organiser notre société en prenant acte de cette situation ? Si le travail est &lt;em&gt;en&lt;/em&gt; &lt;em&gt;souffrance&lt;/em&gt;, c'est d'abord sous l'effet du manque : entre le désir des individus et les besoins de la société, la jointure ne se produit pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;4- &lt;em&gt;Vous faites quoi ?&lt;/em&gt; C'est la question spontanée qu'on pose à des inconnus, pour faire connaissance. Nous réduisons dramatiquement la personne à son travail. Chacun en aura fait l'expérience. Il m'arrive parfois, parmi des gens qui ne savent pas qui je suis, de ne pas décliner mon activité professionnelle, parce que je ne veux pas qu'on réduise mon identité à celle-ci, pourtant, dans mon cas, perçue très positivement. Le travail serait probablement moins &lt;em&gt;en souffrance&lt;/em&gt; si nous savions nous en détacher, raisonner en d'autres termes, avec d'autres critères que celui-là.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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De ce point de vue, celui de la forme, qu'est-ce que j'ai pensé du discours de Xavier Bertrand hier soir à Fervaques ? A l'image, il passait bien : ton vif, rapide, texte lu mais bien lu, corps et tête mobiles, sourire présent mais pas trop et quelque chose dans le regard qui accroche l'assistance. Reproche : un peu long et surtout trop énumératif, genre &lt;em&gt;catalogue&lt;/em&gt; qui assomme à force. En même temps, le spectateur est entraîné par ce tourbillon d'actions et de mesures (peu importe qu'elles soient petites ou grandes, nouvelles ou anciennes, c'est leur accumulation qui crée le mouvement, qui fait impression). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un bon discours ciselle quelques aphorismes, des slogans qui émaillent le propos. L'an dernier, le maire de Saint-Quentin nous avait gratifiés d'un "&lt;em&gt;Plus d'habitants,&lt;/em&gt; &lt;em&gt;plus d'étudiants, moins de chômeurs&lt;/em&gt;" qui est resté dans les mémoires. Mais cette année ? Xavier Bertrand a recyclé une de ses anciennes répliques :"&lt;em&gt;La vérité est sur le terrain, pas derrière son bureau&lt;/em&gt;". Celle-là est efficace. Deux nouvelles tenaient tout à fait la route :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour illustrer son ancrage local : "&lt;em&gt;On me dit que je dois beaucoup à Saint-Quentin.&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Non, je lui dois tout&lt;/em&gt;". Technique : un apparent reproche est exagéré et tourné en qualité. Pour défendre la concurrence entre restaurateurs dans le centre-ville et inviter à ne pas y renoncer : "&lt;em&gt;Les clients des uns sont les&lt;/em&gt; &lt;em&gt;clients des autres&lt;/em&gt;". J'aime beaucoup (ce n'est pas "&lt;em&gt;Aimez-vous les&lt;/em&gt; &lt;em&gt;uns les autres&lt;/em&gt;" d'un illustre prédécesseur mais on n'en est pas loin).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une dernière formule m'a paru singulière, discutable, et j'hésite à dire si elle est géniale ou mauvaise : "&lt;em&gt;Je ne toucherai pas aux taux d'imposition de Saint-Quentin,&lt;/em&gt; &lt;em&gt;vous pouvez lire sur mes lèvres&lt;/em&gt;". L'invitation est bien sûr impossible à satisfaire, on ne devine pas grand-chose sur des lèvres. Et puis elle semble inutile : c'est la parole qui importe, pas les mouvements de la bouche. Enfin elle rappelait étrangement que sur l'écran de télévision qui transmettait les voeux une traductrice s'affairait au langage des signes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une vilaine expression a été utilisée : "&lt;em&gt;incubateur d'entreprises&lt;/em&gt;", mais c'est le terme officiel. On ne voit pas très bien ce que ça signifie, on devine quand même un peu : un site qui aide à la création d'entreprises. "Incubateur", le mot ne fait pas joli à l'oreille et même un peu peur : ça renvoie à la technique, à un monde froid, artificiel. Il y a un synonyme plus chatoyant : "&lt;em&gt;couveuse&lt;/em&gt;". Mais le défaut maintenant est de suggérer trop bizarrement les nouveaux-nés dans l'hôpital ou les oeufs de poules dans les élevages industriels. "&lt;em&gt;Pépinière&lt;/em&gt; &lt;em&gt;d'entreprises&lt;/em&gt;" serait beaucoup plus agréable à entendre, bucolique, printanier, sylvestre, plein de bonnes odeurs de campagne, sauf qu'il ne désigne pas tout à fait la même chose. Difficile de concilier le mot juste et le mot évocateur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En général, je trouve que le discours de Xavier Bertrand manquait de formules percutantes et de fortes métaphores, qu'on retient en rentrant chez soi et dont on se souvient le lendemain. Sa rhétorique est trop lisse. L'avantage c'est qu'elle évite du coup toute polémique, qui naît inévitablement entre les aspérités. Si le maire de Saint-Quentin était en mal de slogan, il pouvait emprunter celui-ci : "&lt;em&gt;Les&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Saint-Quentinois sont formidables&lt;/em&gt;". Je connais son auteur, je sais qu'il ne s'en formaliserait pas.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Je prends soin, en montant les marches, de passer par le tapis bleu au milieu (pourquoi n'est-il pas rouge ?).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au rez-de-chaussée, l'orchestre est classique, à l'étage c'est jazzy, le BRB, qui ne suscite que quelques maigres applaudissements en attendant le maire ; car tout le monde est là que pour lui. Justement : une dame me dit "Y'a moins de monde que l'an dernier". Je souris : ça fait treize ans que j'assiste à la cérémonie, ça fait treize ans qu'on me dit "Y'a moins de monde que l'an dernier". A ce compte, il ne devrait plus y avoir personne ! La vérité c'est que Fervaques est plein à craquer (et ce n'est pas une image : il y a des gens qui craquent de chaleur, d'impatience ou de promiscuité). 1500 ou 2000 personnes au bas mot.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'équipe municipale est sur scène, en pleine lumière : c'est son jour de gloire. Les élus sont soigneusement rangés, chacun à leur place. Même Antonio Ribeiro est là : il a perdu sa délégation mais pas la tête. Pierre André est absent mais c'est comme s'il était présent, à attendre les applaudissements à son nom. Les actuels conseillers d'opposition sont les seuls à avoir refusé la lumière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le discours de Xavier Bertrand est long, dense, énumératif. Qu'est-ce qu'un spectateur en retient ? Une impression, une image, celle d'un homme actif, énergique, qui mobilise et modernise sa ville. Fait-il bien ou mal ? c'est selon les opinions de chacun, mais il &lt;em&gt;fait&lt;/em&gt;, c'est incontestablement ce qui ressort de son intervention. Son objectif : 2020. Pourquoi cette date ? A l'évidence les élections municipales, comme si celles de 2014 étaient pliées. Tiens, moi aussi je le sens bien ce scrutin de 2020 : huit ans, qu'est-ce que c'est en politique ? Rien ... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La plupart des gens ne regardent pas Xavier Bertrand à quelques dizaines de mètres d'eux mais, comme moi, sur l'écran des téléviseurs, ce qui est amusant. Deux femmes blondes l'encadrent, son épouse et la députée ; la tête du sous-préfet apparaît juste derrière, comme si elle avait poussé sur l'épaule du maire. Non loin, le préfet de l'Aisne et le recteur d'académie : c'est à ces présences qu'on mesure l'importance des voeux municipaux. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une fois le discours terminé, le BRB remet ça, c'est la traditionnelle ruée vers les coupes et les petits fours, à laquelle je m'abstiens de participer, par décence. Mais je fais le tour : les voeux c'est sacré et l'occasion économise l'envoi d'une carte. On me parle de quoi ? De mon livre (que du bien, sans forfanterie) et de mon blog, assez peu de mes animations philosophiques et rien du tout sur mes activités à la tête de la FOL : il est curieux de voir comment une image publique s'installe, excluant ce qui me tient pourtant à coeur et qui emploie pas mal de mon temps et de mes efforts.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La salle du bas serait-elle occupée plutôt par l'opposition (comme il y a une &lt;em&gt;France&lt;/em&gt; &lt;em&gt;d'en bas&lt;/em&gt; !) ? De fait j'y croise plus de personnes de gauche qu'en haut, dont Corinne Bécourt et Olivier Tournay. Stéphane Monnoyer, qui n'est pas de gauche mais opposant quand même, est interviewé au pied de l'escalier par Jérôme Poinsu, de &lt;em&gt;L'Aisne Nouvelle&lt;/em&gt; : verre de champagne à la main, il pose sérieusement en leader d'opposition, lui qui n'est ni élu ni même représentant local du MoDem. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je sors de Fervaques par le même tapis bleu qui m'a fait entrer. En bas, je croise le sous-préfet, qui me demande si l'ego n'est pas flatté quand on devient auteur à succès, à quoi je réponds que non, me disant intérieurement que mon ego aurait été satisfait par autre chose, tentée mais ratée. Prochaine cérémonie des voeux : ceux d'Anne Ferreira ?&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Demain sera un autre jour, avec sûrement une nouvelle polémique. Ainsi fonctionne notre société. Faut-il s'en désoler ? Il y a tant de choses désolantes, nous n'en finirions pas de nous désoler. Un sain mépris serait sans doute plus approprié. De quoi s'agit-il ? Vous le savez : François Hollande a parlé de "sale mec" à propos de son probable adversaire présidentiel, dans un entretien privé, sous forme de blague. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'y a pas si longtemps, personne n'y aurait fait attention, la presse n'en aurait rien dit. Mais plus aujourd'hui : la blague devient événement public, scandale politique, affaire d'Etat, au moins pour quelques heures. Des ministres s'indignent, estiment qu'il y a offense au président de la République, demandent au candidat socialiste de retirer ses propos, de présenter des excuses. Le chef de l'UMP s'offusque lui aussi. Le grand jeu quoi. Drôle de société celle dans laquelle nous vivons : les humoristes ont le droit absolu de faire de l'humour et ne s'en privent pas, mais les hommes politiques n'ont pas le droit de rigoler, y compris en privé. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Sale mec&lt;/em&gt;, qu'est-ce que c'est ? Un jugement un peu vif, pas vraiment une insulte (j'en connais de beaucoup plus riches, plus colorées, plus percutantes). Si je vous disais en quels termes je désigne mes adversaires politiques quand je suis entre amis, vous n'en reviendriez pas, je n'ose même pas m'exprimer de cette façon en rédigeant ce blog. Si je savais ce que disent de moi mes adversaires politiques, je n'en reviendrais pas non plus, c'est certain. Alors laissons tout cela de côté, qui fait partie de la vie, à quoi il ne faut pas accorder grande importance. Ne montons pas sur nos grands chevaux là où il n'y a que des querelles de poneys.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais tout de même, me direz-vous, il s'agit de la personne du chef de l'Etat qui est visé ? Oui, ce chef d'Etat qui a traité lors d'une visite publique cette fois un simple citoyen de "pov con" parce que celui-ci ne voulait pas lui serrer la main. C'est autrement plus grave que le petit mot de François Hollande. Mais cette agressivité présidentielle, pas très conforme à l'idée qu'on se fait de la fonction, ne m'avait pas plus choqué que ça : il y a un langage de la vie, parfois vert, qui pousse à des réactions surprenantes mais sans graves conséquences, et qui ne méritent pas en tout cas qu'on en fasse tout un plat. A Saint-Quentin, Pierre André a régulièrement des mots un peu rudes à l'égard de ses adversaires politiques ou des journalistes locaux sans qu'on songe vraiment à lui en tenir rigueur. Les propos haut en couleur font partie du personnage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis je crois que la langue doit être libre (c'est ça aussi la liberté d'expression, qui est une liberté de ton et de style). De plus en plus s'impose dans le débat public une parole lisse, aseptisée, passe-partout, qui ressemble à une musique d'ascenseur. La moindre note discordante provoque la stigmatisation. Un puritanisme lexical décide de la ligne à suivre : après les bien pensants, nous avons affaire aux bien disants. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu'on y réfléchisse : aux heures les plus glorieuses de la République, les noms d'oiseaux s'échangeaient fréquemment, la démocratie était aussi à ce prix. Nous le savons tous : François Hollande et Nicolas Sarkozy , chacun dans leur style, sont de bons candidats pour leur camp respectif et la campagne présidentielle qui s'annonce permettra un beau débat entre les deux, projet contre projet. Ils ont bien le droit, par moments, de se lâcher, bordel de merde ! (excusez-moi)&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Ainsi, corrigeant hier des copies sur le sujet "&lt;em&gt;Faut-il aimer&lt;/em&gt; &lt;em&gt;la vérité plus que tout&lt;/em&gt; ?" je tombe sur cette phrase dans le devoir de Mélany, qui me fait inévitablement sursauter : "&lt;em&gt;Il est devenu rare de&lt;/em&gt; &lt;em&gt;trouver un homme politique parfaitement honnête et sincère&lt;/em&gt;". &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est évidemment faux, injuste, outrancier même si le "parfaitement" pousse l'exigence très haut, à un niveau inaccessible. Il n'empêche que ce point de vue, fréquent dans les travaux d'élèves, est préoccupant, inquiétant quant à leur devenir de citoyens, d'électeurs. Comment la République saurait-elle fonctionner dans une telle défiance, un regard si négatif porté sur sa classe politique ? Je me suis contenté de mettre en marge de la dissertation de Mélany un sobre "&lt;em&gt;préjugé&lt;/em&gt;" qui l'amènera, j'espère, à réfléchir ... Par ailleurs son travail est correct puisque je lui ai attribué la note 11. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ne suffit pas de se désoler de l'état de la jeunesse, d'autant qu'il est aussi celui d'une majorité de l'opinion à propos de ses hommes politiques. Il faut réagir, corriger, non pas à travers de beaux discours ou des leçons de civisme mais en montrant l'exemple : en politique je ne crois qu'à la force de l'exemple. C'est pourquoi j'émets trois voeux en direction des hommes politiques, petits et grands, locaux et nationaux :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1- En finir avec l'insupportable cumul des mandats, non pas par la loi (un débat politiquement compliqué, des points de vue différents et tous légitimes) mais par l'état d'esprit : quand un homme dispose d'un mandat important, il devrait s'y consacrer tout entier, exclusivement, et ne pas chercher à en conquérir un autre. C'est une demande forte et ancienne de l'opinion, qui si elle était satisfaite modifierait profondément l'image que donnent d'eux-mêmes les femmes et les hommes politiques de notre pays.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2- La politique est une pédagogie qui passe par l'art et la maîtrise de la parole. On n'imagine pas à quel point bien des discours politiques, par ailleurs excellents, sont obscurs, abscons, étrangers à la perception du plus grand nombre. Une logorrhée contemporaine, mélange de vocabulaire technocratique et de langage à la mode, est inaudible, insupportable à la plupart des citoyens. La rhétorique classique, à la de Gaulle ou à la Mitterrand, a été abandonnée, jugée vieillotte. J'aimerais qu'on y revienne. Il faut aussi des hommes politiques qui parlent à notre coeur et pas seulement à notre raison. Je déplore que leurs interventions fourmillent de chiffres qui finissent par ne plus vouloir rien dire et soient au contraire pauvres en métaphores.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;3- Notre classe politique doit cesser de faire des classes moyennes, de la mentalité petite-bourgeoise leur boussole. Les thèmes, les préoccupations du débat politique s'alignent sur ces fameuses et fantasmatiques "classes moyennes", qui sont le Saint-Sacrement de l'activité publique. Leurs moeurs se sont partout répandues. Il faut rompre avec cette "pensée unique" sociologique, remettre à leur place ce ventre mou et cette tête vide que sont les &lt;em&gt;classes moyennes&lt;/em&gt;. L'oublié, le grand refoulé de la politique contemporaine ce sont les &lt;em&gt;classes populaires&lt;/em&gt;, que certains chercheurs ont qualifié d' "invisibles" tellement on en parle peu, puisqu'elles n'exercent aucune hégémonie culturelle, puisqu'elles n'ont aucune reconnaissance dans l'idéologie officielle. Pourtant, les catégories qui souffrent le plus dans notre société sont de ce côté-là. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le problème, c'est que les classes populaires sont rarement représentées dans les grands partis politiques français. C'est politiquement très grave. Historiquement, la République est un régime bourgeois, s'appuyant au XIXème siècle sur les couches les plus éclairées de la bourgeoisie. Les ouvriers en étaient alors exclus (ils penchaient pour l'anarchisme ou le socialisme révolutionnaire) ainsi que l'immense classe paysanne, qui soutenait elle les partis conservateurs. C'est au cours du XXème siècle que la République a fini par intégrer les classes populaires, qui ne lui étaient pas au départ acquises. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd'hui, nous assistons à un mouvement inverse, très lent lui aussi : les classes populaires se détournent de la politique, rejettent violemment les hommes publics et se tournent vers les anti-républicains les plus anciens et les plus conséquents, l'extrême droite, ou bien disparaissent dans l'abstention. C'est périlleux pour la démocratie. C'est pourtant remédiable, si les hommes politiques répondent aux trois voeux simples que je viens de prononcer, des voeux pour la République. Alors peut-être que Mélany et ses camarades n'écriront plus dans leurs dissertations de philosophie qu' "&lt;em&gt;il est devenu rare de trouver un homme politique&lt;/em&gt; &lt;em&gt;parfaitement honnête et sincère&lt;/em&gt;".&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Veste sombre, très sombre, aussi sombre que l'air et les propos du président de la République, au visage tendu, grave, pour nous parler de la crise. Debout, sourire rare, avec une chemise blanche sans la fantaisie d'aucunes rayures (ce n'est d'ailleurs plus à la mode), tissu immaculé qui renforçait encore plus, qui faisait ressortir jusque dans notre appartement, comme dans un film en 3D, la noirceur du costume. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais pas de deuil, pas de désespoir non plus : à sa gauche, les drapeaux nationaux et européens apportaient de la couleur, atténuaient un peu l'atmosphère stricte et austère de l'allocution présidentielle. Nous en avons tout de même connu de plus joyeuses, de plus festives. Le fond &lt;em&gt;vert prairie&lt;/em&gt; attendrissait lui aussi la rigueur de l'intervention, introduisant une touche bucolique prompte à apaiser, à dédramatiser. L'homme en noir ne broyait pas que du noir, il donnait à espérer pour ceux qui croient en lui et en sa politique, dont je ne fais pas partie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Excusez-moi de commencer par étudier l'image, mais les voeux du président sont un exercice tellement obligé, encadré, refait et surfait que le discours importe sans doute moins que l'impact médiatique. Il faut quand même parler du contenu : Nicolas Sarkozy a voulu montrer de lui qu'il était un président &lt;em&gt;social&lt;/em&gt;, préoccupé par les souffrances des Français, soucieux de la formation des chômeurs, souhaitant taxer les importations pour consolider la protection sociale (c'est un thème favori de la &lt;em&gt;gauche de la gauche&lt;/em&gt;) et même frapper la finance internationale en reprenant une idée chère à l'extrême gauche, la taxe Tobin. J'y vois quoi ? Que le président désormais &lt;em&gt;social&lt;/em&gt; s'apprête à affronter le candidat &lt;em&gt;socialiste&lt;/em&gt; en lui disputant son territoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le candidat socialiste, mon &lt;em&gt;champion&lt;/em&gt;, justement : je pensais aussi hier à lui, devant ma télévision, l'imaginant en surimpression de l'actuel président, me demandant si dans un an exactement, devant le même écran, ce serait lui, François Hollande, à la place de Nicolas Sarkozy, que je verrai apparaître ? Les sondages, même fluctuants, lui donnent toujours une bonne longueur d'avance, à quatre mois du scrutin présidentielle. Mais à vrai dire je ne sais absolument rien du résultat, je ne sens rien se lever autour de moi, ni pour ni contre. Sarkozy irrite, mais Hollande plaît-il ? J'ai payé pour être très prudent dans ce genre de pronostics. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'évidence, c'est que les électeurs, la société étant ce qu'elle est, se décideront au dernier moment, sur des critères et à partir d'événements que nous ne connaissons pas, qui nous échappent. La mentalité contemporaine vit dans l'urgence, est mobile dans ses choix et d'une mémoire infidèle. J'ai le pressentiment que l'écart entre les deux protagonistes sera très réduit, que rien n'est gagné pour l'homme à la rose et que rien n'est perdu pour l'homme en noir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lecteurs et amis,&lt;br /&gt;de gauche et de droite,&lt;br /&gt;d'ailleurs et de nulle part,&lt;br /&gt;bonne année à vous et à vos proches.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Sa décision est politiquement contre-nature, presque monstrueuse : on a rarement vu un homme de pouvoir refuser le pouvoir, d'autant que Jean-Pierre était quasiment certain de se faire réélire. Ni l'âge, ni la santé, pour ce que j'en sais, ne justifient cet incompréhensible retrait. La lassitude ? Non, quand on s'appelle Balligand, on n'est pas las de politique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu'on ne me dise pas non plus que Jean-Pierre Balligand n'a que faussement quitté la politique, qu'il demeure maire, conseiller général, président de ci et responsable de ça. Non, rien à voir avec le titre prestigieux en République de parlementaire : Balligand hors de l'Assemblée nationale ne fréquentera plus le coeur du pouvoir, ne croisera plus fréquemment les membres du gouvernement, ne pèsera plus dans les grands débats nationaux qui animent l'hémicycle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n'ai pas, dans l'Aisne, d'exemple comparable, du moins aussi spectaculaire. Je ne connais que le conseiller général de Vic-sur-Aisne, Alain Sautillet, qui n'ait pas renouvelé son mandat alors que rien ne l'en empêchait. Mon expérience me fait constater que le pouvoir appelle le pouvoir, et pas sa vacance. Certains en jouissent même âgés, même malades, le pouvoir jusqu'à la lie, jusqu'à la civière. Mais c'est peut-être le devoir poussé à l'extrême, une admirable ascèse ...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le plus étonnant qu'il m'ait été donné d'observer, c'est la lutte pour des places non éligibles ou dans des combats sans espoir, perdus d'avance. Comme si l'essentiel était de participer et pas de gagner, un peu comme dans le sport. C'est ce qui fait que la politique n'est jamais en manque de candidats, même lorsqu'il s'agit de kamikazes ou de figurants. Nous ne sommes pas loin d'une forme d'absurdité, en tout cas d'une pulsion irrationnelle que je ne retrouve pas ailleurs que dans l'activité politique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Allez savoir si Jean-Pierre Balligand n'a pas fini par saisir dans toute son acuité cette dimension dérisoire, vaine, parfois mesquine de l'ambition politique, qui n'est belle que dans son idéal. Il reste à mon camarade encore beaucoup d'années à vivre, sans doute sous un autre soleil que celui, pâlichon, faiblard de la politique. &lt;em&gt;La vraie vie est ailleurs&lt;/em&gt;. A tel point que je me demande, à quelques heures de la nouvelle année, si je ne devrais pas à mon tour m'inspirer de cette sagesse, devenir aussi philosophe que le philosophe Balligand. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand je vois les tonnes de lectures qui m'attendent, quand je constate les demandes croissantes d'animations philosophiques qui me parviennent, quand je mesure le travail que va représenter le deuxième volume de mon livre (et d'autres certainement qui suivront, dans d'autres domaines), je me dis qu'il est fou de continuer à avoir des prétentions politiques, surtout en restant à Saint-Quentin. Le fait que je défende une ligne politique pertinente, que les événements me donnent au fur et à mesure raison, que la situation parle pour moi ne sont pas des justifications valables et suffisantes. Il faudrait avoir le courage de renoncer, ne pas assimiler cet abandon à une lâcheté : ce n'est pas facile alors que c'est pourtant si simple. Il y a de l'orgueil à s'obstiner, sous couvert de ténacité et de persévérance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si la décision de Jean-Pierre Balligand m'incline à ces réflexions, j'en vois aussi la limite, car comparaison n'est pas nécessairement raison : Jean-Pierre part, mais en pleine gloire, fier de tout un héritage, avec un passé à son actif, trente ans de fidélité à sa circonscription. C'est un départ la tête haute, contraint par aucune défaite ni même risque de défaite. Dans mon cas, il faudrait peut-être que je fasse &lt;em&gt;de nécessité vertu&lt;/em&gt;, que j'admette que la force des choses ne porte pas atteinte à l'honneur, que de toute façon personne à gauche pour l'instant ne fait mieux que moi. Faire en sorte de vouloir ce qui nous est imposé par les événements, c'est aussi la leçon du stoïcisme, philosophie du renoncement. Puisque qu'approche le moment des bonnes résolutions, je dois me résoudre à ce genre de pensée. L'exemple de Balligand m'y aide un peu.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Trois ont retenu mon attention en 2011 : la tablette tactile, le gyropode, la 3D. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Fini le smartphone pour frimer, le BlackBerry n'est plus l'apanage des gens aisés, des hommes de pouvoir ou qui veulent passer pour tels : les classes populaires s'en sont emparés, les ados ... Tripoter son mobile pendant une réunion ne suffit pas à se distinguer, à se faire remarquer, à laisser croire qu'on n'est pas n'importe qui. C'est désormais une vanité de plouc. Non, pour dominer, briller, c'est une &lt;em&gt;tablette&lt;/em&gt; &lt;em&gt;tactile&lt;/em&gt; qu'il faut, outil et sceptre à la fois, à quoi on reconnaît le personnage important, l'homme à forte responsabilité, qui à l'image de Napoléon fait plusieurs choses en même temps, travaille incessamment, a donc besoin d'une tablette tactile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La tablette tactile est un instrument de roi : DSK à Pékin en avait une, tout comme Xavier Bertrand au conseil municipal de Saint-Quentin. Les simples élus en sont encore au smartphone pour vaincre l'ennui des séances. La tablette tactile est un corps qu'on caresse, des images qui apparaissent, une technologie très sensuelle, un appareil de séducteur, sophistiqué, bluffant. A côté, le smartphone est un jouet de gamin. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le gyropode, c'est tout à fait autre chose, plus prolo, plus laborieux : ce sont de drôles de véhicules électriques, à deux roues, sur lesquels sont perchés des agents SNCF ou des policiers municipaux (j'en ai vus à Saint-Quentin), pour exercer leur métier. Les utilisateurs se penchent bizarrement pour faire avancer l'engin. L'objectif : aller vite sans se fatiguer (c'est la morale de notre société).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut faire l'hypothèse d'une extension prochaine du gyropode à d'autres corps de métiers où il y a nécessité à se déplacer. La généralisation à l'ensemble des citoyens pour des activités non professionnelles n'est pas à exclure : au lieu de marcher, ne serait-il pas plus économe en durée et en effort de filer en gyropode, plus facile et plus rapide ? L'efficacité, la rationalité, la performance vont dans ce sens. Nous allons peut-être vers la fin du piéton et l'hégémonie du gyropodeur. Les corps âgés y trouveront un soulagement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La 3D a triomphé en 2011 au cinéma. Même Martin Scorsese l'a adoptée. Ce n'est pas une technologie de pouvoir (la tablette tactile) ou de travail (le gyropode) mais de divertissement, cependant en phase elle aussi avec l'esprit contemporain : en mettre plein la vue, abolir toute forme de distance, donner le sentiment qu'on participe au film. On soigne les apparences, on jubile aux prouesses techniques, le fond devient secondaire, tout le monde est ravi. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces trois &lt;em&gt;technologies cultes&lt;/em&gt; de l'année 2011, qui seront sans doute détrônées par de nouvelles en 2012 (la logique de la technique est de toujours inventer, de ne jamais s'arrêter, d'où l'obsession actuelle pour la recherche et l'innovation), ont de forts points communs, aussi différentes soient-elles :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'abord elles renvoient toutes les trois à un univers fantastique et merveilleux : la tablette tactile met la connaissance à portée de main, elle obéit au doigt (et à l'oeil), sa manipulation fait penser à l'ET de Spielberg pointant son index. Le gyropode nous donne des ailes, nous transforme en Eole. La 3D relève du conte de fée, du monde onirique, science-fiction ou bande-dessinée (un film un tant soit peu profond, grave est inimaginable en 3D).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ensuite ces technologies bouleversent les rapports à notre corps, font de nous des sortes de mutants. La tablette tactile, mais aussi le clavier du téléphone et de l'ordinateur, développent la main. Le gyropode au contraire, mais déjà la voiture et l'escalier mécanique, neutralisent les jambes. La 3D aiguise la vue, exerce le regard. On nous prépare ainsi une société où l'on bougera de moins en moins par ses propres forces, où la vue et le toucher seront très sollicitées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin comment ne pas rapprocher ces hautes technologies du monde de l'enfance ? Aussi complexes soient-elles, elles renvoient à la naïveté, à la puérilité, au jeu. La tablette tactile fait penser à l'ardoise magique, le gyropode est une trottinette électrique, la 3D est un album en relief. La technologie avancée nous transforme en grands enfants, c'est sûrement son côté le plus sympathique.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Mon objectif : les étrennes des hommes et des femmes politiques de Saint-Quentin. Mais oui, je ne les oublie pas ! Je suis revenu avec des cadeaux pour neuf d'entre eux, les plus en vue (les autres m'excuseront, mes moyens sont limités) :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour Xavier Bertrand : à tout seigneur tout honneur, l'ouvrage &lt;em&gt;Comment devenir&lt;/em&gt; &lt;em&gt;président de la République en dix-huit leçons&lt;/em&gt;, assorti d'exercices pratiques et d'un manuel de rattrapage en cas d'échec. Mais en a-t-il vraiment besoin ? Peu importe, comme dans tout cadeau c'est l'intention qui compte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour Anne Ferreira : le &lt;em&gt;Kit de survie en milieu hostile&lt;/em&gt;, accompagné d'ustensiles adéquats, poignard, lampe-torche et échelle de corde, un cadeau sans doute trop viril pour une dame mais fort précieux pour une camarade qui se lance dans le plus rude combat de sa vie, celui des prochaines élections législatives contre le redoutable ministre-maire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour Pierre André : un séjour tous frais payés dans un lieu de villégiature qu'il apprécie, l'émirat de Dubaï, plus précisément dans l'hôtel &lt;em&gt;Jumeirah Zabeel Saray&lt;/em&gt;, où officie mon frère en tant que &lt;em&gt;executive assistant manager&lt;/em&gt; (c'est comme ça qu'on appelle là-bas un maître d'hôtel). Je lui devais bien ça, après l'ouverture d'esprit dont il a fait preuve à mon égard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour Antonio Ribeiro : un magnifique &lt;em&gt;siège éjectable&lt;/em&gt;, que j'ai acheté aux &lt;em&gt;puces&lt;/em&gt; de Clignancourt et qui m'a donné un mal de chien à transporter dans le train. Il est multi-fonctions, inclinable à gauche autant qu'à droite, doté d'un accélérateur de vitesse et modulable selon l'usage. Attention : le maniement de l'appareil est fort délicat, il faut veiller à ne pas être propulsé dans le mur ou dans le vide lors d'une manipulation hasardeuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour Michel Aurigny : un très ancien &lt;em&gt;Traité de pédagogie élémentaire&lt;/em&gt;, découvert dans la librairie &lt;em&gt;Gibert&lt;/em&gt;, qui lui permettra des interventions plus claires et plus accessibles en conseil municipal. L'auteur déconseille fortement le recours immodéré et obscur aux chiffres dans les démonstrations politiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour Stéphane Monnoyer : une carte du Parti socialiste qu'il ne lui reste plus qu'à signer, puisqu'il est à Saint-Quentin, hors élus, l'opposant le plus virulent à Xavier Bertrand. Après le MPF, après l'UMP, après le MoDem, il n'est pas décent que Stéphane reste sans parti. Je lui en propose un, le mien tant qu'à faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour Daniel Wargnier : un gros bouquet de roses rouges, en signe de réconciliation. Mais je ne veux pas que Daniel m'embrasse en guise de remerciements !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour Corinne Bécourt et Olivier Tournay : j'ai pensé un instant à un portrait de feu Kim Jong-Il, mais je ne suis pas certain qu'ils auraient apprécié mon humour coréen. J'en suis donc resté à un poster de Georges Marchais, tout sourire et regard pétillant, pour leur porter bonheur dans la campagne législative.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour Eddy Tombois et Yannick Lejeune : rien du tout pour ces &lt;em&gt;champions&lt;/em&gt; du FN et tombeurs des socialistes aux dernières cantonales.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A tous, sauf aux deux précédents, un exemplaire dédicacé de mon livre &lt;em&gt;Les Saint-Quentinois sont formidables&lt;/em&gt;. A eux de l'être à leur tour, s'ils veulent nous épater de nouveau en 2012.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Encore de DSK ? Non, vous n'y êtes pas. Des prochaines présidentielles et de Marine Le Pen ? Oui un peu, mais ce n'est pas encore ça. Saint-Amand est divisé, depuis trois ans déjà, par une histoire de grilles qui met tout le monde en émoi, c'est à dire quelques personnes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais quelles personnes ! Le prêtre de la paroisse, le maire UMP et un docteur en histoire de l'art. C'est donc du sérieux, du &lt;em&gt;très lourd&lt;/em&gt;, une querelle de grilles comme il y a des querelles de clochers. De quoi s'agit-il exactement ? D'une belle grille en fer forgé qui a disparu de l'église du XIIè siècle : elle entourait le choeur, j'en sais quelque chose puisque j'ai servi en ce lieu la messe quand j'étais enfant (de choeur). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Généralement, quand un mur tombe, c'est la fête ( mur de Berlin, par exemple). Ici, une grille qu'on enlève et c'est la polémique. Pourquoi ? Pour des raisons à la fois juridique, esthétique, théologique et politique. Quand je vous disais que c'était du &lt;em&gt;très lourd&lt;/em&gt;, aussi lourd que les grilles du scandale ! Bon, je vous explique :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le conflit est d'abord juridique : le curé, Philippe Régnault de la Mothe, d'une vieille famille aristocratique berrichonne, avait-il le droit d'abattre les grilles de son église ? Il répond que oui, que le curé c'est lui ! Mais Julien Noblet, docteur en histoire de l'art, répond que non, que les &lt;em&gt;monuments historiques&lt;/em&gt;, qui protègent selon lui l'église et la grille, n'ont pas donné l'autorisation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le conflit est ensuite esthétique : Noblet, dans le journal local "Le Berry républicain" accuse le pasteur de "vandalisme" et d' "agression contre le patrimoine". Le dit pasteur rétorque dans sa feuille paroissiale que "les églises ont été faites pour le culte divin et pour le peuple et non pour être des musées ou des salles de concert". C'est &lt;em&gt;chaud bouillant&lt;/em&gt;, comme vous le constatez.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le conflit est aussi théologique : là, c'est le curé qui passe à l'attaque, normal. Il affirme que le docteur est nul en droit canon et pastorale chrétienne, mésinterprétant l'usage des grilles, qui servent à la table de communion et pas à séparer fidèles et clergé, selon Régnault de la Mothe, s'appuyant sur le concile de Trente. Quant à l'enlèvement des grilles, c'est au concile de Vatican II qu'il fait référence : on a beau être aristo, les signes d'exclusion ne plaisent pas et c'est pourquoi les grilles ont été arrachées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le conflit est enfin politique : Noblet, qui n'est pas noble, accuse le maire UMP de collusion avec le curé et de se mettre "en dehors de la loi". &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà, vous savez tout, je vous laisse choisir votre camp. Ah si, une dernière chose : ce matin, je suis retourné dans un autre lieu de mon enfance, après l'église, le petit jardin public, que j'ai toujours connu entouré d'un simple muret. Devinez par quoi a-t-il été récemment surmonté ? Par des grilles ! La municipalité a sûrement voulu le sécuriser, comme on dit aujourd'hui. Grilles qu'on abat d'un côté, qu'on dresse de l'autre, qu'en penser ? Je serai à nouveau à Saint-Amand-Montrond à Pâques, je vous raconterai la suite ...&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Tout le monde s'attend à un fort score de Marine Le Pen, sans pouvoir dire bien sûr si on s'achemine vers un nouveau 21 avril. Les législatives aussi préoccupent. Jean-Pierre Balligand, dans &lt;em&gt;L'Union&lt;/em&gt; d'il y a quelques jours, craint une défaite des candidats PS dès le premier tour devant l'extrême droite dans les circonscriptions de Soissons et Château-Thierry. Il aurait pu ajouter Saint-Quentin, où le danger est grand. Les dernières cantonales l'attestent. D'autant que le leader frontiste saint-quentinois, Yannick Lejeune, est un ouvrier du bâtiment bien implanté dans le quartier Saint-Jean, sympathique quoique extrémiste. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mes camarades se divisent sur deux stratégies opposées. La première consiste à ignorer le Front national et à concentrer nos attaques sur l'UMP, en vertu des trois arguments suivants : plus on parle du FN, plus on le fait monter dans les intentions de vote. Ensuite, le critiquer c'est dissuader ses électeurs, d'origine populaire, ne nous rejoindre au second tour. Enfin, l'adversaire qu'il faut battre pour remporter l'élection c'est l'UMP, pas l'extrême droite. Je comprends le raisonnement, je ne le partage absolument pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui il faut que nous parlions du FN, matin, midi et soir. Pourquoi ? Parce que c'est un danger, pour les socialistes, pour les Français, pour la République. Ne rien en dire, se taire en vertu d'arguties tactiques, ce serait irresponsable. Au contraire, nous payons nos années de silence : oui il faut faire de la pub au FN, une sacrée pub, la plus négative qui soit. C'est le seul moyen, je n'en vois pas d'autres, pour stopper sa progression, pour ramener à gauche les électeurs égarés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le report de voix au second tour ? Encore faudrait-il qu'il y ait, lors d'une législative, un second tour ! A défaut de taper sur le FN, de le diaboliser comme il convient, les électeurs se sentent libres de le rejoindre. Voilà l'erreur. Ceux qui le soutiennent par idéologie ne reviendront plus jamais à gauche. Ceux qui l'adoptent par souci de protestation nous retrouveront non pas parce que nous aurons cessé de critiquer l'extrême droite mais parce que nous aurons enfin un projet mobilisateur en direction des classes populaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car le vrai débat n'est pas dans notre positionnement vis à vis du FN mais des ouvriers et des employés. Je veux que mon parti, issu des classes moyennes, arrête de ne parler qu'aux classes moyennes. Sociologiquement ce n'est pas évident, puisque les ouvriers sont peu nombreux dans nos rangs. Mais il faut absolument que l'urgence aille aux classes populaires, par exemple en reparlant d'une augmentation de l'impôt sur le revenu des classes &lt;em&gt;moyennes supérieures&lt;/em&gt;, comme on les appelle (ça fait quand même du monde, qui ont les moyens de payer, pas trop touchés par la crise). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'attends un langage de gauche, des propositions de gauche, pas un alignement centriste, suffisamment représenté par Bayrou. Rien à voir évidemment avec une radicalisation, que je déteste : simplement un recentrage sur nos fondamentaux, le réformisme, la redistribution fiscale, l'ancrage dans les milieux populaires. Alors on ne parlera plus, ou beaucoup moins, du FN.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Depuis le début de ce conflit social, il n'y a pas eu un seul ministre intervenant sur ce sujet qui n'emploie cette formule, généralement à répétition. Quand on est à ce niveau de représentation, on ne parle qu'à bon escient, en soupesant prudemment ce qu'on dit. A l'évidence, le gouvernement s'était donné le mot, celui-là : "prise d'otages". &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La reprise systématique d'un terme est une très ancienne opération magique : conjurer la réalité par le langage en répétant à satiété la même formule. A force de ressasser que les grévistes sont des "preneurs d'otages", ils le deviennent, le point de vue se transforme en indiscutable vérité, en réaction de bon sens. Le mot est un réflexe, une évidence qui évite toute question, toute réflexion. C'est pratique, efficace mais c'est faux. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, la &lt;em&gt;prise d'otages&lt;/em&gt; renvoie à un acte délictueux, assassin, barbare, une méthode de gangsters ou de terroristes, pas de grévistes. Le droit de grève est constitutionnel, ce n'est pas un geste de haute délinquance. Vous me direz peut-être que la &lt;em&gt;prise d'otages&lt;/em&gt; est une métaphore pour qualifier le blocage des usagers. Oui je sais, mais je conteste la pertinence de cette métaphore, pour les raisons que je viens de donner. L'expression est en vérité une insulte, une injure, une diffamation, pas une image juste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ou alors n'importe quelle grève est une &lt;em&gt;prise d'otages&lt;/em&gt; : quand les cheminots font grève, ils prennent en otage les voyageurs ; quand les enseignants font grève, ils prennent en otage les élèves ; quand les ouvriers font grève, ils prennent en otage la production, etc ... Non, ça ne tient pas : la grève est un droit qui doit être intégralement respecté, d'abord par les plus hautes autorités de l'Etat, qui sont les garants du droit, ce qu'en l'occurrence elles ne font pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous m'objecterez peut-être que la grève des agents de sûreté des aéroports va trop loin, est trop dure, que la date est mal choisie, que les conséquences sont désastreuses. Je n'en disconviens pas, je reconnais que ça se discute, j'admets surtout qu'on peut fort bien contester le bien fondé de ce mouvement social (même si personnellement je le soutiens, étant donné les salaires et les conditions de travail de ces personnels, qui n'ont vraiment rien de mirobolant). Mais le droit reste le droit : quel que soit le motif ou le contenu, sa forme juridique est valable et son recours, permis par la loi, ne supporte pas qu'on le qualifie de &lt;em&gt;prise&lt;/em&gt; &lt;em&gt;d'otages&lt;/em&gt;. De même, le droit à l'avortement ne préjuge pas des raisons d'avorter. Un chef d'Etat ou un ministre, dont les convictions l'opposent à l'avortement, ne va pas traiter celui-ci d'&lt;em&gt;assassinat&lt;/em&gt;, même s'il le pense en son for intérieur, puisque la loi autorise l'interruption volontaire de grossesse et pas le meurtre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais voilà : la politique n'est pas exclusivement une affaire de droit mais de ruse, de rapports de forces, d'électoralisme. N'importe quel citoyen est furieux quand on l'empêche de librement circuler. &lt;em&gt;Surfer&lt;/em&gt; sur ce mécontentement est donc payant, évoquer la &lt;em&gt;prise d'otages&lt;/em&gt; est irresponsable mais permet de se faire comprendre, de parler comme beaucoup de gens, d'aller dans le sens du courant, de flatter l'opinion. Sauf qu'un homme d'Etat ne devrait pas se rabaisser à ça. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rien ne l'empêche évidemment d'exprimer son désaccord avec les grévistes, d'en appeler à l'intérêt général, de mettre tout en oeuvre pour que la circulation des avions soit rétablie : c'est un choix politique, qui n'est pas le mien mais que je respecte, dont je reconnais la valeur. En revanche, ce que je n'admets pas et n'admettrai jamais, c'est cette facilité, cette démagogie et ce danger qui reviennent à assimiler des grévistes à des &lt;em&gt;preneurs d'otages&lt;/em&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La droite n'est pas moins républicaine que la gauche mais elle a, dans les profondeurs de l'opinion qui la constitue, dans la mentalité qui est la sienne, une répulsion instinctive à l'idée de &lt;em&gt;faire grève&lt;/em&gt;, un mot qui ne peut être pour elle qu'un &lt;em&gt;gros mot&lt;/em&gt;, qu'il faut stigmatiser par un autre encore plus gros, &lt;em&gt;prise d'otages&lt;/em&gt;. Dans l'imaginaire du peuple de droite, la grève est associée à un désordre, une perturbation de la production économique (ce qui est exact), que rien ne saurait vraiment justifier, sauf sans doute cas rares et exceptionnels. La droite éternelle s'identifie au parti de l'ordre, du travail, de l'autorité, que toute contestation heurte, interroge, scandalise. C'est pourquoi le droit de grève, même inscrit dans la Constitution, demeure pour elle une forme d'outrage, quelque chose d'inacceptable, autant que peut l'être une &lt;em&gt;prise d'otages&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certes, en tant que réformiste, social-démocrate, je ne suis pas un fanatique de la grève et je désapprouve le slogan stupide de "grève générale". Je préfère, et de loin, la négociation et son pendant, le compromis. La grève est toujours le signe d'un échec dont les protagonistes sortent souvent perdants. Mais je le répète : la grève est un droit, et pas n'importe lequel, un droit rattaché à l'existence même de la République, au même titre que le droit d'expression, dont il est d'ailleurs la déclinaison dans l'ordre social. Si je n'étais pas laïque, je parlerai d'une règle sacrée. Voilà pourquoi le rapprocher de la &lt;em&gt;prise d'otages&lt;/em&gt;, même ponctuellement, m'est insupportable. Quand le simple citoyen s'y livre, on ne peut pas fondamentalement lui reprocher ce laisser aller langagier. Mais quand c'est le premier des Français et des membres de son équipe gouvernementale, chez moi ça ne passe pas.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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La rumeur court, la presse locale en parle, le parachutage se ferait au dessus de la Thiérache, orpheline de Jean-Pierre Balligand (pour Saint-Quentin, personne ne demande, personne ne se bat ...). Lang dans l'Aisne, au pays des vaches, j'ai envie de reprendre l'interjection de Laurent Gerra, plus Lang que nature : &lt;em&gt;C'est chié, non ?!&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'avoue que l'hypothèse m'emballe : Jack est populaire, nul doute que les militants et les électeurs l'adopteraient affectueusement. Quelle affiche, quelle promotion pour notre département ! &lt;em&gt;L'Aisne it's open&lt;/em&gt;, la géniale campagne décalée du conseil général, trouverait là un partenaire de choix. Notre territoire rural, pauvre, souvent oublié serait représenté par une personnalité nationale, de tempérament parisien, originale dans l'âme et de réputation internationale. Quel coup de pub ! L'énergie, la modernité et la notoriété de Jack nous feraient un bien fou, même si nous n'avons pas attendu après lui pour innover et nous développer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'imagine Lang et l'Aisne évoqués fréquemment dans les médias, devenant de quasi synonymes. J'imagine Jack débordant d'idées pour créer, bousculer les habitudes, faisant venir vedettes et stars françaises et mondiales dans nos campagnes. Socialistes et axonais, nous ne pourrions qu'en être fiers, flattés. D'autres certainement nous jalouseraient, paieraient chers pour avoir le Jack chez eux, avec eux. Cet homme-là est une valeur sûre, un investissement en or. Je suis persuadé qu'il attirerait sur sa circonscription et le département des financements qui sont toujours les bienvenus, quand ils ne sont pas indispensables. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais le contraste entre le Parisien et le Thiérachien n'est-il pas fâcheux ? Je ne le crois pas. Au contraire, c'est la différence qui est stimulante et en l'occurrence profitable. Et puis quel contraste ? Jack Lang est aimé, sympa, il a su nouer une histoire entre les Français et lui, on se souvient de son action culturelle, on sait de quoi il est capable : ce n'est pas si fréquent que ça en politique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qui est capable de citer un autre ministre de la Culture, à part Malraux ? Ne méprisons pas en laissant penser que certaines populations ne seraient pas en capacité de recevoir un personnage brillant, une sorte de &lt;em&gt;dandy&lt;/em&gt; au bon sens du terme : à l'inverse je pense que le peuple apprécie les esprits hauts en couleur, qu'il est plus ouvert et plus avancé que ne le croient ceux qui n'en sont pas et s'en font une fausse idée. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, mon enthousiasme risque d'être contrarié puisque c'est loin d'être fait. Dans &lt;em&gt;L'Aisne Nouvelle&lt;/em&gt;, Jack Lang met les choses au point : "&lt;em&gt;Dans l'Aisne&lt;/em&gt; &lt;em&gt;non, sauf si on m'y contraint de force&lt;/em&gt; (sic). &lt;em&gt;C'est un très beau département, j'y ai&lt;/em&gt; &lt;em&gt;de très bons amis. Mais la question ne m'a pas été posée ...&lt;/em&gt; " Sacré Jack, il est &lt;em&gt;chié&lt;/em&gt;, vous ne trouvez pas ? Il nous la joue très politique, finement, en trois temps : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'abord ce non hyperbolique qui, en politique comme en amour, veut souvent dire oui sans l'oser, repoussant les avances pour mieux les provoquer. Ensuite Jack entre-ouvre la porte pour ne pas décourager complètement le désir, il évoque très classiquement le "très beau département" et ses "bons amis", clin d'oeil complice, roucoulade comme il en existe tant en politique, quand on veut sans dire qu'on veut tout en montrant qu'on veut (pareil en amour, je vous dis !). Ce "non, sauf" de Jack Lang, il faut le décrypter comme un "oui, si". &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a cependant un os, levé par Eric Leskiw dans &lt;em&gt;L'Aisne Nouvelle&lt;/em&gt; : la venue possible de Lang en Thiérache résulterait d'un "complot" de Jean-Pierre Balligand pour barrer la route à Jean-Jacques Thomas. J'avoue ne rien comprendre à ces prétendues rumeurs de brouille, fâcherie et désamour entre mes deux camarades. Les a-t-on déjà entendus publiquement se disputer entre eux, exprimer l'un envers l'autre la moindre réticence ? Non, jamais. En politique, il n'y a pas de mystère : les conflits de personnes sont des affrontements entre lignes politiques. Franchement, entre Thomas et Balligand, voyez-vous une différence politique fondamentale, comme il peut en exister entre certains socialistes et moi à Saint-Quentin ? Non, absolument pas. Alors &lt;em&gt;laissons pisser le mérinos&lt;/em&gt;, comme on dit en Berry et en Thiérache aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lang dans l'Aisne, ça ne me suffit pas ! Dans trois jours c'est Noël, donc je rêve, j'ai une envie de cadeau : Jack Lang à Saint-Quentin, tête de liste aux municipales de 2014, pourquoi pas ? Si le parachutage se fait en douceur en Thiérache, il suffit d'une légère saute de vent pour pousser le Jack tout à côté, dans le Vermandois. A un camarade aussi mobile tout est permis, quelques kilomètres ne peuvent pas le dissuader. Jack Lang contre Xavier Bertrand, quel combat ! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car soyons réalistes : pour battre le maire de Saint-Quentin, il faudra une &lt;em&gt;locomotive&lt;/em&gt;, quelqu'un qui boxe dans la même catégorie, très supérieure. &lt;em&gt;Jack contre XB&lt;/em&gt;, c'est une annonce belle comme un match de catch ! Je suis convaincu que Jack Lang serait ravi de partir à la conquête d'une ville d'art, de culture et d'histoire. Quelle ironie du sort, quel signe du destin ! Lang, ancien maire de Blois, s'implanterait à Saint-Quentin dix-sept ans après son adjointe blésoise Odette Grzegrzulka ... Jack Lang maire de Saint-Quentin, et moi son adjoint à la culture (tant qu'à faire, autant poursuivre le conte de Noël et se faire un cadeau à soi-même), &lt;em&gt;c'est chié, non ?!&lt;/em&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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François Hollande adopte un comportement très mitterrandien et Nicolas Sarkozy se giscardise en "président des riches" très impopulaire. Je pense cependant que la comparaison est trompeuse. Outre le fait que l'histoire se répète rarement, les mentalités ont complètement changé et la campagne qui s'annonce sera inédite car quatre axiomes politiques, pertinents en 1981, sont caducs en 2012 :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;1- Les majoritaires défendent leur bilan et leur projet, les minoritaires critiquent et proposent une alternative&lt;/em&gt; : vrai en 1981, faux en 2012. Nicolas Sarkozy et l'UMP s'en prennent à François Hollande et au PS comme si les premiers étaient dans l'opposition et les seconds au gouvernement. Il y a inversion volontaire des rôles traditionnels. Il y a trente ans, s'attaquer aux minoritaires quand on était majoritaire était perçu comme une faiblesse et une maladresse. C'est maintenant une tactique qui se veut payante (voir aussi le positionnement de Xavier Bertrand à l'égard de l'opposition municipale à Saint-Quentin, en véritable chef de guerre).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;2- Une bonne campagne présidentielle est courte, il faut entrer en mouvement le plus tard possible&lt;/em&gt; : vrai en 1981, faux en 2012. François Mitterrand, désigné candidat en novembre 1980, visite en janvier la Chine ! et n'entre vraiment en campagne qu'en février. Inimaginable aujourd'hui : Nicolas Sarkozy est déjà candidat, même si ce n'est pas officiel. C'est le quinquennat qui a tout changé : la campagne électorale devient quasi permanente. De plus, la tranquillité mitterrandienne ("laisser du temps au temps") est battue en brèche par une société qui vit dans l'urgence et dans l'instant, où tout passe très vite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;3- La constance est préférable à la nouveauté, on ne change d'image qu'à ses dépens&lt;/em&gt; : vrai en 1981, faux en 2012. Il y a trente ans, Giscard se mue de rénovateur ouvert en souverain méprisant : il perd. Mitterrand demeure fidèle à son image de rassembleur, façonnée en 1965 et 1974, face à un Michel Rocard qui veut donner une nouvelle image à la gauche : il gagne. Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy affirme qu'il a &lt;em&gt;changé&lt;/em&gt; et qu'une &lt;em&gt;nouvelle rupture&lt;/em&gt; s'impose : nous ne sommes plus dans la continuité mais dans le renouvellement, face à une opinion publique moins attachée au passé qu'auparavant, plus friande d'innovation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;4- La télévision ne déplace pas un nombre significatif de voix, l'élection ne se joue pas fondamentalement dans les médias&lt;/em&gt; : vrai en 1981, faux en 2012. Nous sommes entrés dans l'ère des médias, sans comparaison possible avec 1981. La communication joue un rôle majeur dans les résultats d'un vote, alors qu'elle n'était que marginale et artisanale il y a trente ans. Les partis politiques ont été largement dépossédés de leur influence. Même les élus et les notables n'ont plus le poids d'autrefois. L'internet a bouleversé pas mal de choses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Finalement, chaque campagne présidentielle a son originalité, et c'est avec passion, sur ce blog, que je commenterai la prochaine, comme je l'avais fait en 2007 sur mon précédent blog.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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C'est qui ? L'inspecteur d'académie, récemment nommé dans l'Aisne. Dans l'Education nationale, nous parlons par sigles, c'est une manie. Peut-être pour aller plus vite, pour dire plus de choses. Par exemple le &lt;em&gt;pépé&lt;/em&gt; n'est pas chez les enseignants un grand-père mais le &lt;em&gt;professeur&lt;/em&gt; &lt;em&gt;principal&lt;/em&gt; (PP). Quand on parle de l'IA, c'est donc l'inspecteur d'académie. Et ainsi de suite ...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Contrairement à ce qu'on pourrait croire, l'IA n'inspecte pas l'académie d'Amiens puisqu'il séjourne dans l'Aisne. C'est peut-être aussi pourquoi on l'appelle l'IA et pas l'inspecteur d'académie. La personne qui gère l'académie (de Picardie) s'appelle le recteur. On ne dit pas pourtant le R. L'IA, lui, gère les écoles et les collèges du département. Le recteur aussi, mais avec les lycées. Bref c'est compliqué, aussi compliqué que le labyrinthe de couloirs et de bureaux du rectorat à Amiens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce qui complique encore la situation, c'est que l'IA n'est pas le seul inspecteur dans l'Education nationale. Il y a les IEN (inspecteurs de l'Education nationale), dont le titre est évasif mais la mission administrative très précise : inspecter les enseignants des écoles dans une circonscription. Il y a les IPR (inspecteurs pédagogiques régionaux) qui inspectent les professeurs d'une discipline. Il y a les IG (inspecteurs généraux), l'équivalent des IPR mais au niveau national. Bref c'est compliqué. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce matin, je suis allé à la rencontre de ce monde compliqué avec des idées simples : présenter au nouvel IA les activités de la Ligue de l'enseignement (la FOL, puisqu'il faut s'exprimer en sigle), dont je suis dans l'Aisne le président. Pour se faire, j'ai mis mes habits de président : costume et cravate. Ce n'est pas trop mon style mais c'est mon devoir. Certes la cravate est surfaite depuis quelques années. Elle tient tout de même bon. Entre gens importants, c'est un signe de distinction. Quand on veut laisser croire qu'on est important, c'est une obligation. L'habit fait le moine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'étais donc fin prêt, costume repassé de la veille, pour cette rencontre au sommet, dans la froide cité administrative sur les hauteurs de Laon. Sauf que j'ai fait une connerie : sortant de ma voiture, j'enfile mon manteau et j'oublie ma veste. J'en prends conscience une fois dans le bureau de l'IA, enlevant mon manteau et me retrouvant en chemise à la BHL, comme un pingouin dont le noir du dos aurait été effacé par le blanc du ventre. Heureusement que je suis prof de philo, à qui on pardonne toutes les étourderies, qui font même partie de la panoplie !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une connerie en annonce souvent une autre : quand l'IA est arrivé pour servir le café, j'ai senti le danger. Le sucre dans son emballage m'a résisté. Je veillais en même temps à ne pas faire trop de bruit en dépliant le papier. Opération risquée : un mauvais geste et c'est la tasse qui pouvait se renverser sur ma chemise blanche ou, pire, sur le pantalon de l'IA. J'ai anticipé le possible incident et j'ai bien joué.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A part ça, on s'est dit quoi ? Le nouvel IA est un homme sympathique, ouvert, attentif et plein de projets. J'en suis ressorti, ainsi que mes camarades de la Ligue, avec plusieurs idées : étendre l'expérimentation des ateliers philo dans les écoles, préparer des modules d'animation sur la laïcité, organiser la commémoration du 300ème anniversaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, relancer les opération de lectures en direction des plus jeunes, faire mieux connaître les actions de la Ligue en faveur des enfants handicapés, ...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En sortant de l'entretien, retrouvant ma voiture, j'ai retrouvé ma veste, amoureusement repassée pendant une heure pour rien ! Sur le chemin du retour, je me suis posé cette question philosophique et pédagogique : un homme avec cravate mais sans veste est-il moins important que le même avec veste ?&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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Le &lt;em&gt;Burger Speed&lt;/em&gt; s'apprête à faire de même place du marché. La rumeur annonce &lt;em&gt;Mac Do&lt;/em&gt; quai Gayant. Le &lt;em&gt;Courrier Picard&lt;/em&gt; se demandait cette semaine s'il n'y avait pas trop de restau dans le centre de Saint-Quentin. Ce qui est certain c'est que la bouffe a pris dans notre société une importance qu'elle n'avait pas il y a quarante ou cinquante ans. Si les hommes ont toujours eu besoin de se nourrir, ils n'ont pas toujours mangé de la même façon. Nous devrions plus souvent regarder dans le fond de notre assiette : c'est un bon miroir de la civilisation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand j'étais ado, dans les années 70, s'intéresser à la cuisine n'était pas très bien porté, à la limite réac : les fourneaux étaient considérés comme le bagne de la femme (à juste titre), parler bouffe faisait plouc, la gastronomie était un plaisir bourgeois, la faim dans le monde était la préoccupation (qui interdisait de réfléchir au bien manger), les nourritures intellectuelles étaient les seules vraiment valorisantes, faire la cuisine était une distraction de vieux, "La grande bouffe" de Marco Ferreri donnait le ton. A l'époque, la conserve et le surgelé symbolisaient l'émancipation de l'humanité. Qu'est-ce que j'ai pu en bouffer (surtout des boîtes de raviolis et du poisson à coins carrés) ! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voyez aujourd'hui : les émissions culinaires sont nombreuses à la télévision et font un carton, les magazines suivent la tendance, les maisons d'édition aussi. La bouffe n'est plus une affaire de &lt;em&gt;beauf&lt;/em&gt;. Tout le monde s'y met, en parle ! Mais nos assiettes ont changé de décor en moins d'un demi-siècle. La table d'autrefois c'est terminé. Un véritable &lt;em&gt;maniérisme&lt;/em&gt; culinaire se développe : bio, light, petites portions, grande diversité, buffet à volonté, plats exotiques, barbecue d'appartement, verrine, raclette, fondue, café gourmand, pierrade, tout ça n'existait pas ou n'était pas répandu quand j'étais gamin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Même la forme de nos assiettes a changé ! Avant, elle était ronde comme l'auréole des saints chrétiens. Maintenant, les assiettes au restau ont une drôle de gueule, déformée, un peu comme les pendules de Dali. Les verres aussi font désormais des manières. Ce n'est pas beau mais ça fait &lt;em&gt;style&lt;/em&gt; : c'est le comble du maniérisme. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce qui explique cette tendance lourde, c'est d'abord l'individualisme : fini les convives qui attendent autour de la table que la maîtresse de maison, prise dans ses aller et retour entre la cuisine et le salon, apporte les plats dans lesquels tous se servent. Depuis pas mal d'années, le &lt;em&gt;must&lt;/em&gt; est de déposer les ingrédients au milieu de la table, chacun s'occupant de sa popote et de la cuisson. C'est libre, convivial et ludique, une sorte de dînette pour adultes, où l'on mange autant qu'on s'amuse à manger, comme les grands enfants que nous sommes de plus en plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce qui explique aussi cette évolution (qui ressemble à une révolution si l'on compare avec le sage et solennel repas de jadis) c'est l'irruption de la technologie sur la nappe, entre les couverts : les appareils sont nos invités, ils font la cuisine autant et aussi bien que la cuisinière, ils ne sont plus enfermés dans la cuisine. La fourchette et le couteau ont de sérieux concurrents électriques. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais ce nouveau rapport à l'assiette et à la nourriture est à la fois une réalité, une pratique et un discours, une forme d'idéologie culinaire. En marxiste que je suis un peu, je sais qu'il y a souvent un hiatus entre l'idéologie et le réel, entre ce qu'on dit et ce qu'on fait (hiatus ou lapsus chez Freud : le langage cache quelque chose qui se dévoile tout de même dans la parole et les actes). Je vois trois contradictions qui remettent en question le souci culinaire contemporain :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1- La cuisine exige d'y consacrer du temps, beaucoup de temps. Or nous en avons de moins en moins, sollicités que nous sommes par tous les attraits de la société contemporaine. La cuisine implique aussi effort et sacrifice. Ce n'est pas vraiment dans l'air du temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2- La sortie au restaurant est devenue fréquente, parfois banale alors qu'elle était autrefois réservée aux grandes occasions. On confie plus souvent la cuisine à d'autres qu'on ne la fait soi-même. La démocratisation de la restauration a aidé à ce mouvement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;3- Autrefois, dans une société largement rurale, devenue aujourd'hui largement urbaine, la cuisine était liée au jardin et à l'élevage, dans un petit circuit d'économie domestique : on cultivait fruits et légumes, on élevait poulets et lapins et tout ça terminait dans les fourneaux et sur la table. Plus question maintenant du travail ingrat de la terre. Les secrets et le savoir faire culinaires ont disparu. La cuisine de grand-mère n'existe plus (d'ailleurs les grands-mères ne ressemblent plus à des grands-mères depuis quelque temps déjà).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref, derrière la mode culinaire actuelle, je sens une hypocrisie de plus dans notre société, ou une frime sociale si vous préférez. Mais il n'y a pas de société sans hypocrisie ni frime ... Le fond de l'assiette est un miroir déformant auquelle nous demandons qu'il nous dise, comme celui du conte, que nous sommes les meilleurs et les plus beaux.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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C'est à peine croyable : certes Jean-Pierre ne s'était pas porté candidat devant ses camarades, mais j'y voyais une forme de coquetterie coutumière en politique, le retrait pour mieux susciter le désir, peut-être une tactique pour dérouter d'éventuels rivaux. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non, rien de tout ça : Balou tout simplement arrête, pose son sac, pense à autre chose. L'âge n'y est pour rien : "La vie commence à 60 ans" chantait Tino Rossi, qui n'était pas thiérachien ; Balligand en a 61, un jeune homme en politique ! René Dosière en a dix de plus et n'hésite pas à repartir au combat. Ce soir, une page de la vie politique axonaise se tourne et me rend un peu triste. Le seul qui doit être vraiment content, qui va peut-être s'endormir avec des rêves dans la tête, c'est Frédéric Meura.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Balligand ! Le nom colle à l'homme : un géant, un chêne, un rocher c'est à quoi j'ai pensé quand je l'ai vu pour la première fois il y a treize ans. Un costaud aux allures d'ours, se déplaçant dans une sorte de balancement des épaules, assez lentement : une bête oui, mais une &lt;em&gt;bête politique&lt;/em&gt;, qui épate le socialiste saint-quentinois que je suis, habitué aux défaites à répétitions alors que le Thiérachien gagne sans discontinuer depuis 1981. Et puis, c'est un homme qui a quelque chose à dire, des réflexions et des propositions personnelles, une envergure nationale. Ce n'est pas si fréquent parmi les élus. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Balligand c'est un modèle, presque une icône : sa circonscription n'est pas spontanément de gauche, son monde rural n'est pas le plus facile à séduire pour un socialiste, mais Jean-Pierre en a fait un fief, un bastion du PS. Les séismes nationaux ne l'atteignent pas : en 1993, nos élus et candidats tombent comme des mouches, Balligand reste l'aigle de Thiérache. Au Moyen Âge, il aurait été seigneur ; au XIXème siècle, maréchal d'empire. J'aurais aimé qu'il devienne président de la région Picardie : c'était possible, souhaitable, ça ne s'est pas fait mais c'est souvent comme ça en politique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Attention : si Jean-Pierre Balligand est mon modèle, ce n'est pas mon idole. Je n'est pas le tempérament idolâtre. Au début des années 2000, je me retrouvais sur sa ligne politique, contre le NPS et &lt;em&gt;Nouveau Monde&lt;/em&gt; (ne cherchez plus ce que ces appellations signifient, elles n'existent plus, tout change sans cesse au parti socialiste). A l'époque, JPB était strauss-kahnien et invitait DSK à Guise. Nos chemins se sont séparés en 2005, lui rejoignant Fabius et les partisans du non au traité constitutionnel européen, moi continuant avec Strauss, Dosière et les partisans du oui. Je n'ai pas compris. Tout change en politique mais moi je ne change pas. On s'est retrouvé au congrès de Reims, en soutenant ensemble Aubry, puis lors des &lt;em&gt;primaires citoyennes&lt;/em&gt; en rejoignant tous les deux Hollande.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quoi qu'il en soit, Jean-Pierre Balligand termine sa vie de député en nous donnant une belle leçon de politique : oui on peut décrocher de cette &lt;em&gt;drogue dure&lt;/em&gt;, oui on peut passer à autre chose, non un mandat ne doit pas trop durer, même si on est plébiscité par ses camarades et par ses électeurs. La décision de Balligand est d'autant plus admirable qu'il aurait pu continuer, se faire une fois de plus facilement réélire. Rien de sérieux ne le menaçait. Renoncer au pouvoir, c'est très rare quand on est un homme de pouvoir, où la tendance est forte d'accumuler fonctions, postes et responsabilités. L'opinion appréciera, qui ne supporte plus le cumul des mandats, en nombre et en durée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean-Pierre Balligand a un héritage. Mais a-t-il un héritier, nommément désigné ? Non et c'est très bien ainsi, j'applaudis. Les socialistes qui pensent qu'un élu doit préparer sa succession en adoubant un dauphin sont de drôles de socialistes, tendance monarchiste : en République, un mandat n'est pas un blason à transmettre. Je n'aime pas les dynasties, même non héréditaires, même de gauche. C'est le parti qui décidera de la suite, par le choix de ses adhérents. Qui sera le futur candidat, le nouveau député de Thiérache ? Des noms courent, laissons-les courir, l'avenir finira par en rattraper un, très vite. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean-Pierre Balligand ne sera plus député. C'est la fin, mais qui connaît la suite ? Sa vie politique continue, peut-être va-t-elle renaître ? Pour conjurer ce soir la mélancolie de ce départ, je me paie un petit délire personnel : et si Balou nous jouait un coup à la &lt;em&gt;Columbo&lt;/em&gt;, une fausse sortie en attendant un retour fracassant ? Sacré Balligand, il en serait bien capable, mais dans ma tête seulement ... Il n'y a pas que Meura qui rêve depuis hier.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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C'est la possible venue de Jack Lang en Picardie, à Amiens, pour les prochaines élections législatives, à la place de mon copain Borgel, qui me conduit à cette réflexion. La métaphore du "parachuté" est inexacte (il faut toujours utiliser avec précaution les métaphores) : elle appartient au domaine militaire, je la trouve inadaptée à qualifier une candidature qui n'est pas du cru. Surtout, elle se veut péjorative et là je ne suis plus du tout d'accord : le parachutage politique ne me dérange absolument pas, malgré l'ironie ou la désapprobation qu'il suscite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Remarquons que l'usage fréquent de cette métaphore et sa critique sont relativement récentes. Il y a quelques décennies, pas si lointaines, le parachutage n'émouvait pas ou beaucoup moins. Au contraire, la population était flattée de voir une personnalité s'intéresser à elle, briguer la circonscription ou la mairie. Et puis l'électeur en espérait un gain en matière d'emploi, de subvention et de notoriété. Un monsieur venu de Paris et passant à la télé, qui s'installait dans l'ingrate province, ce n'était pas un parachuté mais une aubaine, presque un miracle. Plus aujourd'hui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au nom de quoi ? D'un localisme idiot, d'un esprit de clocher, de ces "imbéciles heureux qui sont nés quelque part" brocardés par Georges Brassens. La gauche, normalement internationaliste, ne devrait pas céder à ce particularisme qui postule qu'un bon candidat doit naître, vivre, travailler et habiter là où il se présente (et pourquoi pas s'engager à mourir et à être enterré dans sa terre d'élection ?). Quant à la connaissance du terrain, elle n'est pas mieux garantie chez un indigène que chez un parachuté. L'homme politique efficace apprend vite et la buse ne donne rien, tout issue du terroir qu'elle est.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais l'argument le plus puissant est encore ailleurs : il relève du principe républicain. La République est &lt;em&gt;une et indivisible&lt;/em&gt;. Elle n'est pas une mosaïque de territoires, elle s'oppose au féodalisme. Les circonscriptions évidemment existent, par nécessité administrative, par procédure électorale. Mais elles n'ont aucune réalité politique. Un parlementaire ne représente pas un bout de terre ou de population mais le peuple français dans sa totalité. Et quand cela n'est pas, c'est une erreur, une déviance, une imperfection qu'il n'est pas recommandé de suivre, qui n'a pas valeur d'exemple.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vive le parachutisme donc, mais à trois conditions : d'abord un parachutage ne doit pas être imposé mais demandé, si l'on veut que le parachute s'ouvre correctement (c'est ce qui s'est passé en 1997 à Saint-Quentin, où la section socialiste souhaitait une candidature extérieure). J'y vois bien un inconvénient : cette demande prouve qu'on n'a en son sein personne de valable. Mais si c'est la vérité, autant l'admettre et en tirer les conséquences.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ensuite le vote des adhérents est indispensable. Un candidat parachuté doit commencer par convaincre ceux qui vont militer pour lui, sinon il n'arrivera pas à convaincre ses électeurs. Enfin le parachutage, même politique, est un sport qui ne se juge pas au départ mais à l'arrivée, à l'instant de l'atterrissage, sa phase la plus délicate, la plus difficile. C'est dans la durée de son mandat que le parachuté prouve ou non sa réussite. Un parachutage n'a lieu qu'une fois : après, c'est à l'élu de s'enraciner, de se faire adopter et réélire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le &lt;em&gt;must&lt;/em&gt; du parachutage politique, hélas extrêmement rare, c'est le largage au dessus d'un bastion imprenable, en territoire ennemi, avec la DCA qui canarde pendant la descente et le terrain truffé de mines qui vous attend au sol. Là oui, le parachutage politique prend tout son sens guerrier, la métaphore devient légitime. Dommage que les hommes politiques soient si peu à le pratiquer dans de telles conditions.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;

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